LA GUÉGUERRE DES ÉTOILES

Visible depuis hier dans les salles françaises, LA STRATÉGIE ENDER de Gavin Hood est l’adaptation d’une des plus grandes sagas littéraires de la science-fiction moderne. Une œuvre aussi radicale que prenante qui devient hélas un blockbuster émasculé et peu captivant sous la baguette du réalisateur de X-MEN ORIGINS : WOLVERINE. 

Le Cycle d’Ender d’Orson Scott Card est incontestablement l’une des grandes bornes de la science-fiction moderne. Puissante réflexion politique et métaphysique sur l’idée même de civilisation et sur son vecteur corollaire si paradoxal qu’est la guerre, cette saga littéraire impressionnante faisait partie des œuvres que tout bon fan de science-fiction rêvait de voir un jour portées à l’écran. Après un « development hell » de plusieurs années, l’adaptation du premier tome du cycle, La Stratégie Ender, arrive donc dans nos salles sous la houlette du réalisateur Gavin Hood. Le choix du réalisateur sud-africain de MON NOM EST TSOTSI (qui, rappelons-le, narrait les aventures d’un enfant délinquant des bidonvilles de Johannesburg) peut paraître compréhensible puisque le roman était avant tout axé sur des enfants surdoués que l’on forme à la stratégie militaire afin d’éradiquer les Doryphores, une civilisation extraterrestre en guerre contre la Terre. Pourtant, depuis, le cinéaste a signé le calamiteux X-MEN ORIGINS : WOLVERINE, qui le faisait davantage passer pour un yes-man docile que pour un réalisateur titulaire d’un Oscar du meilleur film étranger. Disons-le tout net : LA STRATÉGIE ENDER ne change pas vraiment la donne. Il faut dire que le film part déjà du mauvais pied en vieillissant ses personnages principaux, les comédiens interprétant les enfants de l’école de guerre ayant à peu près tous 16-17 ans alors que, dans le roman, le héros Ender Wiggin et ses camarades étaient âgés de 6 à 10 ans. On voit bien ici la raison de cette aseptisation : mettre sur pied une nouvelle franchise de SF pour ados calquée sur le succès de HUNGER GAMES (le titre original du Gavin Hood, ENDER’S GAME, se chargeant en outre de souligner avec une certaine ironie la proximité des deux produits). Mais du coup, l’empathie que l’on pouvait ressentir pour les personnages du livre et le caractère choquant de leur formation en sortent forcément amoindris.

Image de prévisualisation YouTube

Le travail d’adaptation suit à la lettre la progression du roman pour en retranscrire tous les éléments les plus marquants (les rivalités entre les enfants, le jeu vidéo chargé de former Ender, la fameuse salle d’entraînement en apesanteur, etc.) mais de manière systématiquement affadie. La description de la manipulation psychologique d’Ender, et notamment ses rapports complexes avec son formateur le colonel Graff (campé par un Harisson Ford effroyablement mou, ce qui n’aide pas), est ainsi traitée par dessus la jambe, capitalisant un peu trop sur le retournement de situation final, tandis que l’univers intime du héros est réduit à la portion congrue, en particulier ses relations conflictuelles avec son frère et sa sœur, expédiées lors de l’introduction. À partir de là, le visuel plutôt soigné (merci à la photo classieuse du vétéran Donald McAlpine, ancien chef opérateur de John McTiernan, et aux effets spéciaux de Digital Domain) ne parvient jamais à transcender le renoncement d’un scénariste/réalisateur qui se refuse à rentrer de plain-pied dans l’univers qu’il traite pour ne livrer qu’un film sans âme et sans tripes. Impuissant à conférer une réelle ampleur narrative et émotionnelle à l’histoire qu’il raconte, LA STRATÉGIE ENDER prend même les allures d’un petit film limité à quelques décors et à quelques péripéties : un comble pour un blockbuster qui a quand même coûté plus de 100 millions de dollars et qui est censé décrire les coulisses d’une guerre interstellaire. Là où le roman nous rendait la figure d’Ender terriblement attachante par le parallèle entre sa fragilité et la dangerosité de l’univers dans lequel il évoluait, le film de Gavin Hood s’avère beaucoup trop aseptisé et timoré pour convaincre. À l’arrivée, on finit même par se demander s’il était réellement possible, dans le contexte du blockbuster hollywoodien actuel, de représenter l’histoire d’un enfant formé pour génocider une espèce extraterrestre entière.

TITRE ORIGINAL ENDER’S GAME
RÉALISATION Gavin Hood
SCÉNARIO Gavin Hood, d’après le roman d’Orson Scott Card
CHEF OPÉRATEUR Donald McAlpine
MUSIQUE Steve Jablonsky
PRODUCTION Orson Scott Card, Robert Chartoff, Lynn Hendee, Linda McDonough, Roberto Orci, Alex Kurtzman, Gigi Pritzker et Ed Ulbrich.
AVEC Asa Butterfield, Harrison Ford, Hailee Steinfeld, Abigail Breslin, Ben Kingsley, Viola Davis…
DURÉE 114 mn
DISTRIBUTEUR Metropolitan FilmExport
DATE DE SORTIE 6 novembre 2013

1 Commentaire

  1. jackmarcheur

    le film est en train de se planter au box office, mais j’ai quand meme envie de le voir, rien que pour la salle d’entrainement.

Laissez un commentaire