LA GIFLE ET LES GNONS

Et une nouvelle boîte de conserve « made in EuropaCorp », une ! Sorti hier dans nos salles après un gentil petit bide aux Etats-Unis, 3 DAYS TO KILL, le nouveau TAKEN-like de Luc Besson, tente de faire rentrer au chausse-pied un Kevin Costner impavide dans une formule désormais éprouvée (et éprouvante). Avis aux amateurs de thrillers d’action burnés : vous qui entrez dans cette salle, abandonnez tout espoir !

À l’occasion de la sortie en salles de NON-STOP, Stéphane vous parlait récemment de la « TAKENsploitation », ces films produits pour surfer sur le succès du hit de Pierre Morel. Mais si Liam Neeson s’est logiquement fait le porte-étendard de ce filon pour le moins rémunérateur, il ne faut pas oublier que notre Luc Besson national en reste le « big boss » incontesté puisque c’est lui qui a eu l’idée lumineuse de créer ce concept brillantissime. Un concept qui se résume, dans sa formule la plus pure, à une star vieillissante en attente d’un deuxième ou d’un troisième souffle + un script à base de coups de tatanes digne d’un DTV de Steven Seagal + un cadre parisien susceptible d’exciter l’imaginaire d’un public américain en mal d’exotisme ou de fantasmes européanophobes (car n’oublions pas que, après le carton américain inattendu de TAKEN, le marché yankee devenait de fait une cible essentielle pour le producteur). Après TAKEN, FROM PARIS WITH LOVE et TAKEN 2, voici donc 3 DAYS TO KILL, qui n’essaie même plus de cacher sa filiation. Jugez plutôt : de même que pour TAKEN, prenez un redoutable homme d’action proche de la retraite (Kevin Costner, l’œil éteint et la mandale molle) embringué dans une course contre la montre, mettez-lui sa fille dans les pattes (ici, Hailee Steinfeld, qui est en train de joliment bousiller sa carrière après la révélation TRUE GRIT), situez donc l’intrigue dans notre belle capitale, et vous obtenez à l’arrivée ce qu’on peut raisonnablement appeler un remake qui ne dit pas son nom. Et ce malgré quelques petits rajouts qui ne trompent personne, comme cette femme fatale aussi mystérieuse qu’inutile campée par la bombasse Amber Heard ou ce vaccin expérimental en échange duquel le héros, atteint d’une maladie incurable, accepte de remplir une ultime mission.

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Si le film, une fois ce cahier des charges lénifiant posé, essayait au moins de s’en émanciper, le spectateur aurait pu avoir l’impression fugace qu’il se passait quelque chose à l’écran. Manque de pot, 3 DAYS TO KILL choisit exactement la trajectoire inverse et élève la manipulation du cliché au rang d’art majeur. N’hésitant jamais à situer n’importe laquelle de ses séquences devant un paysage éminemment symbolique de notre capitale (dont une scène totalement nawak où papa Kevin apprend à faire du vélo à sa fille au pied des escaliers du Sacré Cœur – l’endroit parfait pour cela, c’est bien connu – devant une bande de petits vieux enthousiastes), enquillant les personnages tout droit sortis d’un téléfilm TF1 « prime time » (dont cette famille de sans papiers au grand cœur hébergée gracieusement par Costner et menée par un Eriq Ebouaney que l’on croirait échappé d’un épisode de JOSÉPHINE ANGE GARDIEN) et n’arrivant jamais vraiment à intégrer la sous-intrigue de la fille-à-papa dans l’intrigue principale, 3 DAYS TO KILL finit par ressembler à un croisement grotesque et bancal entre LA GIFLE et un « actioner » périmé des années 90. On vous laisse imaginer l’aspect grandiose du mélange. Au milieu de tout ce cirque, le réalisateur hollywoodien McG ne parvient jamais à imprimer un tant soit peu de personnalité ou de sens du spectacle à son film, semblant avoir baissé les bras pour laisser les équipes techniques habituelles d’EuropaCorp expédier les affaires courantes. Le résultat : le spectateur est obligé de se fader pendant presque deux heures un empilement soporifique de scènes d’action misérables et de scènes de sitcom familiale insupportables de mièvrerie. Bref, c’est dire le foirage complet de ce projet opportuniste, démago et mal foutu de A à Z, qui ne risque d’ailleurs pas de faire des petits, vu ses recettes sur le territoire américain. Allez Luc, vite, un TAKEN 3 et ça repart !

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TITRE ORIGINAL 3 days to kill
RÉALISATION McG
SCÉNARIO Luc Besson et Adi Hasak
CHEF OPÉRATEUR Thierry Arbogast
MUSIQUE Guillaume Roussel
PRODUCTION Luc Besson, Adi Hasak, Ryan Kavanaugh, Marc Libert et Virginie Silla
AVEC Kevin Costner, Amber Heard, Hailee Steinfeld, Connie Nielsen, Tomas Lemarquis, Richard Sammel…
DURÉE 117 mn
DISTRIBUTEUR EuropaCorp Distribution
DATE DE SORTIE 19 mars 2014

2 Commentaires

  1. Hiroshiman

    Passer des fréres Cohen à une production Europacorp, méme Lindsay Lohan n’aurait pas osé.
    Par contre deux questions m’obsèdent:
    Comment Luc Besson arrive t’il à convaincre des stars (mémes vieillissantes) à rempiler dans des nazeries pareilles, il a quand méme outre Liam Neeson réussit à ridiculiser Guy Pearce, John Travolta et maintenant Kevin Costner ?
    Aprés tant de bides comment arrive-t’il à financer ses daubes, les exploiter en salles sans passer par la case Direct to DVD ou DTV ?

  2. Sprütanh

    Au dela du concept takenien. Il est à noter que cette dernière production d’Europacorp est l’adaptation ciné de leur série No Limit.Rien se perd …

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