LA FUREUR DU DARON

Aujourd’hui dans les salles, TAKEN 2 d’Olivier Mégaton tente de donner une suite au succès surprise de 2008, qui avait imposé la badass attitude de Liam Neeson auprès du grand public. Au moins, il aura tenté…

Le premier TAKEN était un film nécessaire. Ne serait-ce que pour clouer le bec des papis fouettard qui pensent encore que le téléchargement illégal vide les salles de cinéma. En plus des chiffres de fréquentation qui démontrent, année après année, qu’il n’y a jamais eu autant de gens dans les salles, TAKEN présentait donc l’avantage de porter le coup de grâce à cette théorie fumeuse. En effet, sorti aux États-Unis presque un an après la France, alors que le DVDrip du film était donc disponible sur le Net depuis belle lurette, cette production française tournée en anglais se payait le luxe d’engranger malgré tout 145 millions de dollars au box-office nord-américain. Soit, à l’arrivée, des recettes mondiales de 226 millions de dollars pour un budget de 25 millions de dollars. Manque de pot, TAKEN était aussi un mauvais film. Un pauvre petit film d’action à la facture de DTV de troisième zone qui n’aurait sans doute jamais dépassé ce statut si Luc Besson, producteur et co-scénariste du bidule, n’avait pas eu l’idée d’aller chercher Liam Neeson pour en incarner la tête d’affiche. En effet, si le nom du réalisateur Pierre Morel ne fera pas illusion longtemps à Hollywood (le metteur en scène de FROM PARIS WITH LOVE à la tête d’un remake de DUNE ? Nan, c’était pour rire les gars…), le comédien irlandais, jusque-là abonné aux rôles de mentors ou de personnages tragiques, confèrera un certain prestige au film et en obtiendra en retour une nouvelle aura cinématographique, entamant ainsi à 56 ans passés une carrière d’action hero physique et hargneux.

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Quatre ans plus tard, la nouvelle icône badass est donc de retour dans la peau de Bryan Mills, ex-agent de la CIA dont il vaut mieux éviter de kidnapper la fille. Les mafieux albanais s’y étant risqué lors du premier volet en savent quelque chose. Ou plutôt ils en ont su quelque chose l’espace d’une seconde puisque la seconde d’après, ils sont tous morts, fracassés par la main vengeresse du papounet furibard. Et c’est donc sur leurs tombes que s’ouvre ce TAKEN 2, lors d’une cérémonie d’enterrement au cours de laquelle le père de l’un d’entre eux (cette bonne veille trogne de Rade Serbedzija) va jurer vengeance sur la sépulture de son fils. En 5 minutes, le concept de cette suite est donc posé et ne changera pas d’un iota jusqu’à sa conclusion : le méchant réclame vengeance. Point barre. Les scénaristes étant de tempérament conciliants, ils se proposent même d’expatrier à nouveau Papounet et donc (comme c’est pratique !) de le rapprocher de son ennemi. Mais cette fois-ci, après les ruelles malfamées de Paris, ils l’envoient s’enfoncer encore un peu plus loin dans les contrées barbares d’outre-Amérique, en l’occurrence la ville d’Istanbul. Une démarche ethnocentriste qui titille clairement les fantasmes du ricain moyen et qui explique certainement, tout du moins en partie, le succès énorme du premier film aux États-Unis. Bref, on l’aura compris, TAKEN 2 n’essaie jamais de livrer une copie plus subtile et plus travaillée que son illustre prédécesseur. Bien au contraire.

Il faut dire que, derrière l’exécution hautement hasardeuse, le concept du premier film (qui, en gros, faisait de son héros le croque-mitaine des mafieux albanais) avait pour lui un potentiel aussi primaire que fascinant. Ici, Besson et son exécuteur des basses œuvres, Olivier Megaton, choisissent sciemment de torpiller ce concept en transformant la terreur des marchands de chair humaine… en victime kidnappée que sa fifille va tenter de retrouver ! Pour s’en convaincre, il faut voir la scène où Mills se fait alpaguer par les méchants : un beau moment de renoncement inexplicable pour notre machine à tuer, qui se transforme en chien docile en même pas deux secondes. Forcément, s’amuser à immobiliser pendant une partie du film l’élément moteur de la franchise donne lieu à quelques grands moments improbables, comme cette scène où Mills, entravé dans une cave mais ayant sur lui un téléphone portable miniature, parvient à joindre sa fille et la convainc de lancer des grenades un peu partout autour d’elle afin qu’il la localise à l’oreille et qu’il puisse la guider jusqu’à lui. L’importance accrue donnée à la fille du héros, qui n’était qu’une sorte de MacGuffin émotionnel dans le premier volet, assure d’ailleurs les aspects les plus consternants du film, comme ces marivaudages adolescents espionnés par le papounet inquiet, qui désacralisent clairement le personnage principal (si tant est qu’il ait été sacralisé à une époque) en le ravalant au niveau d’un garde-chiourme pour sitcom familial. Liam Neeson, l’air complètement absent, ne semble pas dupe de tout ce cirque : il a sans doute encaissé un cachet maousse (le film aurait coûté 80 millions de dollars alors qu’il n’offre rien de plus spectaculaire que son prédécesseur) et a d’ores et déjà signalé qu’il ne ferait pas un troisième numéro (t’as raison Liam, va plutôt bosser avec ton pote Carnahan). Et bien évidemment, au milieu de tout ce foutoir, la réalisation et le montage n’arrangent rien. Découpé à la scie sauteuse dès qu’il s’agit de mettre en place une scène d’action, faisant usage de procédés de montage grotesques (comme la scène d’enterrement inaugurale, au cours de laquelle chaque plan de chaque tombe de chaque mafieux est entrecoupé d’un bref flashback du premier film où l’on voit le mafieux en question se faire rectifier par Mills), TAKEN 2 ne propose rien de bien, ni rien de neuf. Pire : il laisse les mains propres à son héros lors d’un final aussi consternant qu’hypocrite. Elle est décidément bien loin l’époque où Charles Bronson n’hésitait pas à mettre les mains dans la merde dès qu’il s’agissait de bousiller du marlou…

RÉALISATION Oliver Megaton
SCÉNARIO Luc Besson et Robert Mark Kamen
CHEF OPÉRATEUR Romain Lacourbas
MUSIQUE Nathaniel Méchaly
PRODUCTION Luc Besson
AVEC Liam Neeson, Maggie Grace, Famke Janssen, Leland Orser, Rade Serbedzija, Alain Figlarz…
DURÉE 91 mn
DISTRIBUTEUR EuropaCorp Distribution
DATE DE SORTIE 3 octobre 2012.

7 Commentaires

  1. rapido

    Megaton, c’est bien lui qu’on voyait de dos sur le générique de Bas les masques ?

  2. David Bergeyron

    Et là tu te dis aussi que sans Taken, The Grey n’aurait peut être pas aussi bien marché en salles. Il est fort ce Bul Cesson.

  3. Danny Trejo

    Très bonne critique.

  4. Dabdas

    C’est pas pour la ramener, mais plutôt qu’anthropocentrique, ce serait pas ethnocentrique?

  5. Arnaud

    Bien vu Dabdas ! On va corriger ça d’ici demain. Merci !

  6. jean pierre coffe

    J’en sors.
    Pff quelle chiasse !
    Encore un film de Besson pour vendre des bagnoles…

  7. Mezko

    Bon, ben apparemment, le film fait péter les scores et un troisième épisode est en prépa. Poupoudoum…

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