LA DERNIÈRE CIBLE

En salles depuis hier, LE GUETTEUR de Michele Placido tente de jouer la carte du grand polar européen fédérateur, casting de luxe à l’appui. Les intentions sont louables, mais le résultat n’est malheureusement pas à la hauteur des ambitions.

Sur le papier, un projet comme LE GUETTEUR a tout pour plaire : un casting d’envergure, un budget confortable, un scénario qui tente le grand écart entre les diverses représentations du genre (un mélange qui n’existe que très rarement en France), et un metteur en scène connu pour faire des films plutôt directs. Pourtant, dès les premières minutes, il devient évident que le film de Michele Placido ne fonctionne pas. On devrait se réjouir d’assister à une scène de braquage de banque en plein Paris, mais l’ombre de Michael Mann, et HEAT évidemment, est un peu trop écrasante pour que cette séquence d’ouverture puisse vraiment convaincre. Et ce n’est pas l’interprétation de Daniel Auteuil, qui tente ici d’insuffler une certaine intensité – à la Vincent Hanna – dans son rôle de policier vindicatif, qui risque de nous faire changer d’avis. Même si le personnage de Mathieu Kassovitz (plutôt convaincant dans le rôle) et les intrigues qui le concernent retiennent plus volontiers l’attention, il faut pourtant reconnaître que LE GUETTEUR souffre d’une écriture compacte, qui fait parler tous les personnages – ou presque – sur le même mode, celui du roulement de mécaniques. Et cela vaut d’ailleurs pour la très courte apparition de Fanny Ardant ! À la décharge des auteurs, le montage laisse rarement le temps aux séquences de respirer, comme s’il fallait passer à la séquence suivante, une fois que l’information nécessaire a été relayée. Il ne serait donc pas étonnant que certaines nuances soient passées à l’as.

http://www.dailymotion.com/video/xsdvwf

Les influences marquantes (et pour certaines, difficilement égalables, il faudra s’y faire), le montage expéditif, les comédiens pas toujours dans le ton : ce sont autant de problèmes qui taillent dans les énormes ambitions du film. Mais il faut reconnaître ici et là que les auteurs tentent souvent des digressions inattendues, qui auraient pu tirer le projet vers le haut, si le virage avait été pleinement négocié. On pense à ces moments où le polar prend un détour pour virer dans le film d’horreur pur, comme cette mise à mort sadique qui ouvre le second acte, ou encore la dérive très proche du survival horror qui risque bien de surprendre plus d’un spectateur vers la fin du film. Des bonnes idées, mais qui sont malheureusement tuées dans l’œuf, car au final, rien ne vient vraiment justifier ces changements de ton, si ce n’est une approche très mécanique de la narration. Et c’est tout le souci d’un film comme LE GUETTEUR, qui n’hésite pas à voir grand et à s’offrir un décor spectaculaire pour son climax (le quartier du quai des orfèvres, carrément), mais qui ne propose malheureusement pas suffisamment de chair et d’émotion – de l’incarnation en somme – pour soutenir l’intérêt du spectateur. De si louables intentions méritaient un bien meilleur résultat.

RÉALISATION Michele Placido
SCÉNARIO Cédric Melon & Denis Brusseaux
MUSIQUE Nicolas Errera
PRODUCTION Fabio Conversi, Eric Tavitian & Jérôme Rougier
AVEC Daniel Auteuil, Mathieu Kassovitz, Olivier Gourmet, Francis Renaud, Nicolas Briançon, Violante Placido…
DURÉE 89 mn
DISTRIBUTEUR Studio Canal
DATE DE SORTIE 5 septembre 2012.

Pas encore de commentaire

Laissez un commentaire