LA CAGE AUX FOUS

Liberty City, c’est fini ! Dernière aventure à prendre place dans la Babylone « Next-Gen » de Rockstar, THE BALLAD OF GAY TONY conclue GTA IV par un véritable pied de nez au nihilisme dépressif des aventures de Niko Bellic et Johnny Klebitz. Il n’en reste pas moins que l’aspect épicurien des péripéties survoltées de Luis Lopez ne remet pas en cause l’incroyable aura cinématographique de l’une des plus célèbres licences de l’histoire du jeu vidéo, loin s’en faut…

Célébré par la critique anglo-saxonne comme un équivalent vidéo-ludique du PARRAIN de Francis Ford Coppola (en France, c’est « un jeu à la con » selon nos « experts » !), GRAND THEFT AUTO IV s’est rapidement avéré aussi populaire que SAN ANDREAS ou VICE CITY, ses prédécesseurs. Malgré les dithyrambes, certains joueurs se sont néanmoins plaints d’un relatif manque de variété (en comparaison aux précédents jeux), ainsi que d’une écriture au premier degré trop assumé, et qui irait ainsi à l’encontre du pur plaisir de jeu. Ces voix discordantes se sont d’ailleurs suffisamment élevées pour que la concurrence ne se gêne pas pour vendre leur camelote sous-développée en brocardant les activités principales de GTA IV. Oui, on fait ce qu’on peut quand on vend 15 fois moins d’exemplaires…

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Toujours est-il que Rockstar semble avoir tendu l’oreille pour écouter les fans de la première heure, comme en témoigne l’orientation prise par THE BALLAD OF GAY TONY (TBOGT pour les intimes). Meneur public et scénariste principal de la licence, Dan Houser a déjà déclaré au moment de la sortie de GTA IV qu’il a toujours été question d’en proposer plus à chaque nouvel épisode, et TBOGT abonde effectivement dans ce sens, en permettant aux joueurs de participer à quelques activités supplémentaires, comme le golf, la gestion de club et surtout le Base Jumping. Dans la même logique, l’ambiance asphyxiante et souvent radicale de GTA IV et de THE LOST & DAMNED est ici remplacée par une atmosphère d’insouciance décomplexée tant réclamée par les fans, ce qui sied d’ailleurs très bien au nouveau protagoniste de la franchise : le bagarreur et coureur de jupons Luis Lopez. Associé au roi de la nuit « Gay » Tony Prince, Luis sert donc d’homme de main au personnage en titre, qu’il assiste notamment dans la gestion de deux des nightclubs les plus populaires de Liberty City. Contrairement à ce que le titre du jeu laisse donc sous-entendre, Rockstar ne propose pas au joueur d’incarner un personnage homosexuel. Certes, cela aurait été un choix couillu (si tant est que le terme soit approprié) mais peut-être trop dirigiste dans le cadre d’un jeu à monde ouvert, qui base son principe de jeu sur la variété des choix proposés aux joueurs. A vrai dire, les développeurs de Rockstar semblent tellement persuadés que leurs fans ne veulent pas jouer un pédé qu’ils mettent tout en œuvre pour démontrer l’hétérosexualité de Luis en multipliant ses conquêtes et en le plaçant dans des situations ou celui-ci exprime ses préférences sans aucune équivoque. Tant pis pour le progressisme appliqué aux préceptes du jeu vidéo, mais il faut cependant reconnaître que l’orientation sexuelle du personnage n’est pas vraiment au centre du sujet, même si elle donne lieu à des séquences mémorables, comme le « coming out » absolument hilarant de ce gros refoulé de Brucie…

Les joueurs ne veulent pas se prendre la tête en jouant à GTA ? Très bien, le générique de TBOGT donne d’entrée de jeu le ton de cette nouvelle aventure, enprésentant Luis dans toute son insouciance, traversant les rues de Liberty City à la façon du Tony Manero de LA FIÈVRE DU SAMEDI SOIR (la référence est évidente), alors qu’il vient pourtant d’être témoin principal de l’anthologique braquage « à la Heat » de GTA IV. Le flegme du personnage est bien au centre de cet épisode, qui trace cependant un véritable parcours héroïque pour le joueur, même s’il a ici affaire à un avatar/protagoniste à la frivolité pour le moins inhabituelle. Comme Niko et Johnny, Luis est confronté aux actions et aux commentaires de ses proches, d’autant qu’il est tiraillé entre ses origines modestes (il vient du nord de Liberty City comme le lui rappelle sa mère et ses amis d’enfance) et les richesses éphémères et matérialistes promises par le monde de la nuit. Tout est une question de choix dans GTA, et TBOGT ne déroge pas à la règle puisqu’il met le joueur dans la position initiale de Luis, qui sert de larbin à « Gay » Tony en le conduisant un peu partout (c’est carrément l’objet de la première mission !) et face à une série d’événements musclés qui vont lui permettre d’accéder au rang social désiré (n’est-ce pas là le but des GTA pré-Niko Bellic ?) et à l’acceptation de sa nouvelle famille de la nuit.

Mais forcément, la caractérisation appuyée mise en place dans GTA IV et dans THE LOST & DAMNED (le passé de Luis est à peine évoqué et son séjour en Irak juste accentué par un portrait militaire accroché au mur de sa planque), ainsi que leur volonté réaliste, est mise de côté au profit d’une action totalement débridée. TBOGT propose ainsi une multitude de missions dignes des plus gros blockbusters hollywoodiens, en mettant l’accent sur la volonté spectaculaire, quitte à refondre légèrement les possibilités de gameplay du jeu original. Ainsi, s’il n’est généralement pas possible de voyager sur le toit d’un métro en mode libre, une mission spécifique nous propose cependant de voler un wagon pour le compte du richissime Yusuf Amir, fils taré et pourri par le fric d’un émirat arabe dont le complexe paternel fait d’ailleurs écho au parcours de maturation de Luis. Dans un autre passage totalement décomplexé, Lopez fout la pression à un bloggeur (!!!) en le balançant dans le vide du haut de son hélicoptère pour le rattraper in extremis avec son parachute, la mission se terminant sur le gag le plus scatologique de la licence. Enfin, puisqu’il fallait vraiment signifier l’esprit « over the top » de TBOGT, les scénaristes assignent un frère aîné du nom de Mori à Brucie, avec tous les abus de stéroïdes et de contenance machiste que cela sous-entend ! Bref, le spleen slave de GTA IV laisse ici la place à un jeu d’action explosif et défoulatoire, digne des plus gros buddy-movies (comme le surligne d’ailleurs une écriture à punchlines) et qui profite d’ailleurs de cet esprit extravaguant pour utiliser les dernier recoins de la ville encore inexploités, en proposant ainsi des fusillades sur les toits et même dans le luna-park abandonné de Broker/Brooklyn dans des missions carrément intenses !

Même s’il propose vraiment une autre facette de Liberty City (ici, la ville est d’ailleurs éclairée différemment de nuit, au point de ressembler parfois à ungigantesque nightclub dans ses quartiers les plus populaires !), TBOGT boucle le trio narratif mise en place par GTA IV et THE LOST & DAMNED dans une logique de multiplicité des points de vue à la façon de PULP FICTION, notamment en ce qui concerne l’incontournable affaire des diamants volés. Grand fan de films de gangsters, comme en témoigne la licence depuis GTA III, Dan Houser se devait donc de citer l’œuvre palmée de Quentin Tarantino, à plus forte raison puisqu’il en applique des préceptes post-modernes identiques en digérant lui aussi ses influences cinématographiques pour mieux les régurgiter dans le monde du jeu vidéo. Malgré cela et quelques étranges pointes morbides (la rencontre avec Margo, une conquête suicidaire de Luis), il est permis de préférer les introspections psychologiques et les fêlures personnelles de Niko Bellic et Johnny Klebitz, véritables personnages en chair et en pixels qui font clairement avancer la cause de la narration dans le jeu vidéo, là ou Luis Lopez s’impose généralement comme un roc qui s’accomplit principalement dans l’action. Il faut pourtant reconnaître que TBOGT est probablement la version la plus aboutie et la plus ludique de GTA IV en matière de gameplay, et ce n’est pas le moindre des paradoxes de cet épisode, qui impose d’ailleurs si bien son ambiance faussement superficielle aux joueurs qu’il en arrive même à les faire remuer du cul en les faisant écouter de la bonne bouillie musicale ! Comment qu’il disait déjà l’autre ? Rockstar, c’est plus fort que toi ?

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10 Commentaires

  1. PaZu

    Yeah ! Ça m'a toujours pas donné envie d'y jouer (bon si un peu quand même, j'avoue) mais c'est en tout cas super intéressant même pour n'y avoir jamais joué. Il va dépoter ce blog en 2010, je vous le dis :p

    Bon promis, en 2010, j'essaye GTA IV…

  2. Thomas Cappeau

    Il le faut ! Je vais te passer le jeu et te bloquer chez toi jusqu'à ce que tu l'ai fini !

  3. arnobordas

    Putain, n'empêche, ils pourraient les sortir sur PS3, The Lost and Damned et TBOGT. C'est vrai quoi, fait chier, j'aimerais bien assister au outing de Brucie moi…

  4. Anonymous

    Booty Luv Mon petit Moïs ! Très bon papier. Viens, on fait un magazine de jeux !?!

    rozo

  5. Stéphane Moïssakis

    Cimer Rozo ! Mais la presse, c'est mort malheureusement, non ?

  6. Thomas Cappeau

    Il reste encore Canard PC qui se démarque des autres…

  7. PaZu

    IG est pas mal du tout (bon j'ai lu une trentaine de pages seulement du dernier numéro) mais je salue l'effort du bimensuel sans publicité. Pourquoi je sens qu'ils vont pas avoir une longue vie…

  8. Stéphane Moïssakis

    Je ne voulais pas dire qu'il n'y a pas de bons magazines de jeux vidéos, mais je parlais de l'état de la presse papier en général.Si tu lances un canard aujourd'hui, il y a des grandes chances que tu te casses la gueule, c'est ce que je voulais dire…

  9. David

    Moi je rejoins Arnaud Bordas, ON VEUT THE LOST AND DAMNED et TGOBT sur PS3 !!!!!

    Merde, j'ai troqué ma PS3 FAT silencieuse pour une PS3 SLIM bruyante donc j'ai autant le droit de jouer aux extensions de GTA IV que les pocesseurs de XBOX 360 non ??

    Sinon, Stéphane, qu'est-ce que c'est beau ce que tu écris ^^

  10. David B.

    Arnaud !!!! ON AURA THE LOST AND DAMNED et TGOBT sur PS3 en MARS !!!
    C’est ma femme qui va être contente ^^

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