LA BAFFE !

Aussi prépondérant qu’ait pu être le jeu de plate-forme à travers plusieurs générations de consoles, force est de reconnaître que rares sont ses représentants qui auront su traverser les époques. Certes, Mario, le père fondateur du genre, est toujours là et les titres qui le mettent en scène viennent souvent redéfinir les limites et les possibilités du genre. Oui, Sonic fait encore son bonhomme de chemin tant bien que mal, la qualité de la production du hérisson bleu étant plus qu’aléatoire. Ces deux icônes sont cependant les arbres qui cachent la forêt et l’on ne compte plus les créations aujourd’hui reléguées aux limbes de l’histoire vidéoludique tels Bubsy, Aero the Acro-Bat et autres Gex. Même Crash Bandicoot, pourtant un sérieux concurrent à l’époque, aura fini par sombrer à force de jeux allant à l’encontre du concept de base. Et la plate-forme est majoritairement représentée aujourd’hui à travers une intégration à d’autres genre. Dès lors, la création même de RAYMAN ORIGINS fait office d’acte militant, en ce que Michel Ancel et son équipe tentent de toute évidence de remettre au premier plan tant leur héros emblématique que le genre en lui-même.

Alors que la série principale avait réussi à imposer le personnage comme une alternative crédible aux deux mastodontes sus-nommés, en plus de véritablement lancer la carrière de Michel Ancel, Rayman s’était vu depuis quelques années relegué au rang de second rôle suite au succès fulgurant des célèbres Lapins Crétins (jusqu’à finir par même disparaître totalement de ce qui est devenu une licence parallèle juteuse pour Ubisoft). RAYMAN ORIGINS se positionne donc comme un moyen de réparer cette injustice en redonnant au héros la place qu’il mérite au panthéon de la plate-forme. Le titre de « ORIGINS » n’a d’ailleurs rien d’innocent, en ce qu’il marque un retour aux sources à la fois pour la série, qui revient à son mode de représentation initial, comme pour le genre abordé, le jeu favorisant une approche résolument vieille école de la plate-forme 2D. C’est donc avec une joie non dissimulée que l’on retrouve le plaisir simple des enchaînement de saut millimétrés, des courses contre le scrolling parallaxe, des passages secrets à trouver ou de la collecte d’éléments en nombre donné dans le niveau. Le tout appuyé par un level design savamment étudié et constamment enrichi par les nouvelles aptitudes qui se débloquent au fur et à mesure de la progression, ainsi que par une maniabilité au cordeau. Cerise sur le gâteau, Michel Ancel ne se contente pas de regarder en arrière mais prend en compte les évolutions récentes du genre, particulièrement celles apportées par NEW SUPER MARIO BROS, pour offrir un mode multijoueur foutrement sympathique. Jouant dans un même élan la carte de la coopération et du compétitif (il est possible de se mettre des baffes dans la tronche, à la façon de LITTLE BIG PLANET !), celui ci vient en plus, en choisissant sciemment de limiter l’offre au offline, ressusciter la bonne vieille époque où on se tirait la bourre dans la même pièce lors des parties à plusieurs joueurs.

L’autre pièce maîtresse de la réussite du jeu est bien évidemment son aspect graphique. Bâti sur le moteur maison « UbiArt Frameworks », qui permet aux artistes et aux designers de se focaliser sur la partie artistique, RAYMAN ORIGINS vient proposer rien moins que la 2D la plus belle vue sur cette génération de consoles, pour ne pas dire un des plus beaux jeux tout courts. L’expression est certes galvaudée, mais elle ne s’est peut-être jamais autant justifié que dans le cas présent : jouer à RAYMAN ORIGINS, c’est tenir entre ses mains un véritable dessin animé, tellement l’écran dégorge de couleurs chatoyantes, d’animations expressives et autres backgrounds richement détaillés. La filiation avec l’animation se retrouve d’ailleurs également, une fois n’est pas coutume, dans l’approche appliquée au design sonore du jeu puisque l’emploi est fréquemment fait du « mickey mousing », cette technique qui consiste à faire correspondre très précisément la musique et les actions à l’écran, la musique agissant dans le cas présent comme un accompagnateur du joueur, plus que comme une simple toile de fond sonore. A l’heure où la débauche technologique tend trop souvent à se substituer à une véritable direction artistique, Ancel vient démontrer, si besoin en était encore, que le soin apporté à cette dernière reste une composante essentielle du plaisir de jeu. Et là encore, il y a un certain plaisir à retirer du fait que le jeu le plus beau de l’année soit aussi le plus résolument « old-fashioned ». Le proverbe le dit, « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes », et RAYMAN ORIGINS tombe à point pour démontrer que l’adage reste d’une certaine pertinence. Que ce soit à travers son sens esthétique ou son gameplay savamment dosé et parvenant à créer du challenge sans jamais être frustrant, le jeu est un enchantement de tous les instants, qui vient réveiller en nous un sentiment trop peu souvent suscité par le jeu vidéo : l’émerveillement. Il importe dès lors peu que la dimension narrative du jeu soit réduite à sa portion congrue, puisque le joueur est emporté par une dynamique autre que celle de la progression dans une intrigue. Plaisir des yeux, plaisir du jeu, voilà le programme auquel RAYMAN ORIGINS se cantonne et cela tombe bien, il s’y cantonne de la plus belle manière qui soit.

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