L.A. BLANCHE

Normalement, on ne crache pas sur un petit film de gangsters bien énervé. Mais dans le cas de GANGSTER SQUAD, le réalisateur Ruben Fleischer semble mettre de côté les classiques du genre pour faire des œillades à… DICK TRACY et ROGER RABBIT. Forcément, pour les plus de 12 ans, ça va pas le faire !

Avec son casting de haute volée et sa première bande-annonce musclée et efficace, rythmée par la prose de Jay-Z (voir la vidéo ci-dessous), GANGSTER SQUAD avait réussi à nous mettre l’eau à la bouche, malgré la présence de Ruben Fleischer derrière la caméra, le réalisateur responsable des mornes BIENVENUE À ZOMBIELAND et 30 MINUTES MAXIMUM. Il faut dire que le film de gangsters est un genre si peu représenté au cinéma ces dernières années que la simple évocation de ses figures archétypales et iconiques suffit à titiller notre fibre cinéphile. Ceci étant dit, la problématique liée à la tragédie d’Aurora dans le Colorado aurait pu nous mettre la puce à l’oreille quant au fonctionnement général de la production. En effet, une séquence présentant une fusillade dans un cinéma a été jugée trop indélicate, du fait qu’elle se rapprochait de la réalité de la situation, comme on peut le voir très brièvement dans la bande-annonce. Elle a donc été coupée et remplacée par un passage équivalent qui se déroule dans le Chinatown de Los Angeles. Après vision du film, la logique politiquement correcte de ce reshoot de dernière minute (le film devait sortir en septembre, il a été repoussé pour tourner la séquence et l’incorporer au montage) semble particulièrement absurde, étant donné que ledit passage n’a que très peu d’intérêt narratif à hauteur de l’intrigue globale, si ce n’est qu’elle révèle l’approche plutôt timorée et relativement puérile qui est réservée au sujet.

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Évidemment, quand on cite les films de Warren Beatty et Robert Zemeckis comme influences, on se doute bien que ce ne sont pas celles de Ruben Fleischer à l’origine. D’ailleurs, GANGSTER SQUAD se veut clairement un film de gangster violent et décapant, comme en attestent une classification R-Rated et quelques accès de violence graphique. Sur le papier, le troisième long-métrage de Fleischer apparaît donc comme un film adulte et mature, dark & gritty comme disent les cinéphiles ricains ! À l’écran, c’est une autre paire de manches. Passons rapidement sur le casting pas très inspiré de l’éternelle ado Emma Stone dans le rôle de la femme fatale de service (au look de Jessica Rabbit donc) ou encore sur le grimaçant Sean Penn, qui livre une prestation à la hauteur de son maquillage buriné dans le rôle du gangster Mickey Cohen. Le véritable problème de GANGSTER SQUAD réside dans la caractérisation de ses personnages principaux, entre un meneur de groupe (Josh Brolin) qui est materné par sa propre femme, un séducteur beaucoup trop suave pour être crédible quand il pique une crise (Ryan Gosling) et des seconds couteaux totalement inexistants puisqu’ils n’ont aucune scène à défendre ou presque, qu’il s’agisse de Robert Patrick, Anthony Mackie, Robert Pena ou encore Giovanni Ribisi. Dans le cas de ces derniers, c’est d’autant plus flagrant qu’ils ont le droit au même traitement que les hommes de main de Mickey Cohen, comprendre qu’ils sont réduits à des silhouettes patibulaires comme c’est généralement le cas dans la plupart des films policiers génériques. Le moteur des films de gangsters réside dans la façon dont le spectateur peut appréhender la violence inhérente au genre, d’autant que celle-ci émane directement des pulsions psychologiques des protagonistes principaux, comme de leur rapport à un environnement social très spécifique, dont ils ont tendance à exploiter les failles dissimulées par le vernis des apparences. C’est le cas de James Cagney et de sa relation avec sa mère dans L’ENFER EST À LUI, comme c’est également la problématique du SCARFACE d’Al Pacino, ou encore des flics borderline qui forment l’escouade des INCORRUPTIBLES, étant donné que la logique narrative fonctionne des deux côtés de la loi.

Étant donné que la plupart des personnages de GANGSTER SQUAD ne sont que des porte-manteaux ou des portes flingues, il n’est pas étonnant que le film de Ruben Fleischer apparaisse comme une relecture relativement infantile des classiques du genre, faute de pouvoir accorder une quelconque substance émotionnelle à cette quête d’une poignée de policiers assermentés pour détruire l’empire du gangster Mickey Cohen. Le plus bel acte manqué de l’intrigue ressemble d’ailleurs à une réécriture commandée par les chefs du studio, notamment quand la crainte (et le suspense autour) d’une fausse couche débouche littéralement sur… un accouchement forcé, mais sans aucune conséquence malheureuse ! En d’autres termes, il n’y a finalement que le vernis qui compte dans GANGSTER SQUAD : les belles sapes, les beaux décors, le glamour de façade et une violence tellement aseptisée qu’elle semble se rapprocher d’un cartoon par moments. Bref, rien ici même ne devrait impressionner ceux qui ont déjà vu quelques véritables films de gangsters dans leur vie de cinéphile.

RÉALISATION Ruben Fleischer
SCÉNARIO Will Beal
CHEF OPÉRATEUR Dion Beebe
MUSIQUE Steve Jablonsky
PRODUCTION Michael Tadross, Dan Lin & Kevin McCormick
AVEC Sean Penn, Josh Brolin, Ryan Gosling, Emma Stone…
DURÉE 113 mn
DISTRIBUTEUR Warner Bros France
DATE DE SORTIE 06 février 2013

4 Commentaires

  1. Alexis

    très bonne critique. Je dois avouer que le film ne m’inspire pas des masses, ayant vu Les incorruptibles à 10 ans, je trouve que Gangster Squad essaye de refaire Les incorruptibles mais tout sonne faux. Par exemple l’amourette entre Gosling et Stone, le méchant (Sean Penn essaye d’imiter De Niro ?) pas vraiment inquiétant.
    Non ce film ne m’inspire vraiment pas.

  2. Alain MERCIER

    à juste titre, Sean Penn me fait plus penser à Pacino dans Dick tracy qu’à DeNiro dans les Incorruptibles.

  3. Greg

    Le seul acteur qui s’en sort je trouve, c’est Robert Patrick, petit rôle mais le mec défonce gentiment en vieille ganache surdouée de la gâchette. Echappé d’un bon Western des familles, avec sa moustache frétillante et son port altier du colt, il m’a fait plaisir le Robert.

  4. jean pierre fourrière

    Belle chiotte de film.
    Mais le mieux c’est pas le côté porte manteau, c’est les actes d’intelligences des personnages : les flics qui agissent sans masque, qui retournent sur le parvis de la maison qui s’est fait canarder pour fumer une clope, qui rigolent un bon coup après avoir buté une dizaine de mecs…
    On se demande comment un script pareil a pu générer une telle connerie…

    Et putain, Sean Penn, faut qu’il arrête avec ses rôles de « composition ».

    Vivement Fast and Furious 6, au moins, ça n’essaie pas de se faire passer pour « quelque chose ».

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