KRATOS UNCHAINED

Avec la généralisation du principe de sortie annuelle au-delà des simples jeux de sports auquel il était auparavant réservé, cette génération aura vu une exploitation sans précédent des franchises les plus porteuses. En l’espace de six petites années, nous aurons ainsi eu droit à pas moins de cinq jeux estampillés HALO, quatre GEARS OF WAR, six ASSASSIN’S CREED ou, champion toute catégories en la matière, huit CALL OF DUTY. Et encore ne comptons nous pas dans le lot les diverses déclinaisons sur portables.

À côté de ça, le GOD OF WAR : ASCENSION qui nous intéresse aujourd’hui n’est que la deuxième incursion de Kratos sur Playstation 3 (exception faite donc des portages HD des deux épisodes PSP). Et pourtant, il semble régner autour de ce titre en particulier comme une atmosphère de lassitude, perceptible tant dans le buzz auprès des joueurs que dans les réactions de la presse, la plupart des critiques s’attachant à souligner que l’épisode marquerait un déclin certain et serait le signe d’une franchise fatiguée. Des réactions que les derniers épisodes issus des licences pré-citées auront pourtant globalement évitées. Alors, le barbare serait-il la victime expiatoire des fâcheuses tendances de l’industrie ? Ou bien l’équipe de Sony Santa Monica aurait-elle réellement raté son coup ? Comme souvent dans ce genre de cas, la réponse se situe quelque part entre ces deux extrêmes.

Sans forcément la partager, on peut effectivement comprendre la perception qu’il s’agirait simplement là d’un « épisode de plus ». Après tout, GOD OF WAR 3 se concluait avec une certaine finalité quant au parcours de son héros, qui avait réussi à décimer le panthéon grec dans sa quasi-totalité. Or, en choisissant de situer à nouveau une aventure au sein de cette même mythologie, les développeurs n’avaient pas d’autre choix que de partir sur le terrain de la préquelle. Problème : ce terreau là avait déjà été bien exploité par les deux opus sur portables. Difficile donc pour ASCENSION de justifier un réel apport à l’historique de son personnage. La solution choisie par les concepteurs aura été de remonter aux sources du mythe, en nous contant le moment où Kratos décide de rompre son pacte avec Arès (mettant ainsi en branle les évènements du tout premier jeu) et sa lutte qui s’ensuit contre les trois Erynies, chargées de faire respecter les serments envers les dieux. Une bonne occasion pour montrer un Kratos plus humain, car il n’est pas encore devenu le bloc de rage présenté dans les précédents opus. Mais ces bonnes intentions tendent un peu trop à en rester à ce stade. S’il est appréciable que Kratos sorte un peu de la presque caricature qu’il avait fini par devenir, au point de le voir même développer un rapport amical avec un personnage secondaire, la narration en elle-même est beaucoup trop ténue pour soutenir l’aventure sur la durée. Ainsi, l’intrigue manque notablement de liant et donne trop souvent le sentiment de nous balader d’un lieu à l’autre sans raison immédiatement perceptible. Et si la structure non-linéaire est intéressante sur le principe, elle finit surtout par apparaître comme un moyen de justifier la présence de l’énorme et inévitable set-piece en ouverture. De plus, le procédé tend à obscurcir les enjeux réels de l’histoire pendant trop longtemps. Le constat est assez attristant, dans la mesure où GOD OF WAR s’est toujours distingué du reste des beat them all par la volonté de proposer un package complet, dans lequel combat, plate-formes, puzzles et narration faisaient jeu égal. Voir  un de ces éléments réduit à une portion congrue et maladroitement gérée induit donc un déséquilibre inédit dans l’histoire de la série.

Heureusement, pour le reste, Sony Santa Monica connait bien son affaire et coche diligemment les cases attendues. Le gigantisme des décors, la grandiloquence de la mise en scène, la brutalité jouissive et les combats de boss titanesques répondent donc bien présents, et toujours dans un enrobage technique dont la qualité n’est plus à démontrer (comprendre que visuellement, ça en jette). Sans bouleverser la formule, Santa Monica l’affine cependant par petites touches. Les modifications apportées au système de combat amènent ainsi une emphase plus poussée sur la défense, d’autant qu’elles se couplent avec des ennemis plus agressifs, et la gestion des éléments associés aux lames du chaos sera cruciale à la survie dans les modes de difficultés plus élevés (ou lors d’un éprouvant passage vers la fin). La traversée de l’environnement a pour sa part été fluidifiée et les énigmes bénéficient de l’apport de nouvelles mécaniques qui les rendent plus retorses qu’auparavant. En somme, GOD OF WAR ASCENSION fait très bien ce qu’on lui demande, et c’est peut-être bien là ce qu’on pourra lui reprocher. En l’absence d’un nouveau setting ou d’un nouveau protagoniste, il aurait peut-être fallu un plus grand chamboulement de fondamentaux désormais éprouvés pour parvenir à dissiper une impression de déjà joué.

On ne s’étonnera alors pas que la plus grande surprise vienne finalement du mode multijoueur. Basé sur une proposition atypique (les brawlers en ligne restent encore rares), celui-ci transpose avec succès le système de combat du solo (via un équilibrage façon pierre-feuille-ciseaux punitif pour les bourrins), tout en proposant des modes de jeux qui parviennent à conserver l’esprit épique de la série dans un cadre compétitif. Une réussite inattendue, qui permet le surcroît d’originalité nécessaire et assure en grande partie la justification de l’existence du jeu. Sans être l’épisode de trop, GOD OF WAR ASCENSION reste donc néanmoins une indication sûre qu’un hypothétique GOD OF WAR 4 se devra d’amener son lot de changements (utiliser une autre mythologie comme toile de fond serait un bon début) si Sony veut assurer la pérennité d’une de ses séries phares.

En savoir plus sur GOD OF WAR ? Voici notre critique de GOD OF WAR III et celle de GOD OF WAR : GHOST OF SPARTA.

TITRE ORIGINAL God of War Ascension
GENRE Action-Aventure
ÉDITEUR Sony Computer Entertainment
DÉVELOPPEUR Sony Santa Monica Studio
CONSOLE PS3
DATE DE SORTIE 12 Mars 2013

2 Commentaires

  1. Ma série de jeux phare, mon fantasme absolu, la meilleur et la plus démeusuré adaptation non officielle, à la sauce grece antique, de Conan qu’on pouvait esperer en jeu vidéo! Bon c’est sur, ce Ascention marqura moins les esprits que le troisième opus qui avais pris les fesses à la concurence au moins vingt fois, mais je le prendrais quand même en occasion a 20 euros.

  2. Les épisodes sur PSP, je n’y ai pas joué, ils n’on aucun interets pour moi, a part expérimenter et paufiner la série pour les opus console de salon… Ils ont un minimum d’interet finalement.

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