JUSTICE POUR TOUS

Douze ans après le « sympathiquement bof » WAY OF THE GUN, le scénariste Christopher McQuarrie retourne derrière la caméra et dirige le « petit » Tom Cruise dans le rôle du « grand » Jack Reacher, pour les besoins de l’adaptation du roman « Folie Furieuse » de Lee Child. Et contre toute attente, cet apparent miscast est la plus grande force du film JACK REACHER.

L’écrivain anglais Lee Child a voulu créer un symbole avec le personnage de Jack Reacher : avec son mètre quatre-vingt-seize, sa carrure musculeuse, son regard bleu perçant et ses cheveux blonds et sales, cet ancien enquêteur militaire représente une certaine idée indéboulonnable de la justice, telle que la loi ne peut pas forcément l’appliquer. D’apparence unilatérale, il est donc suffisamment détaillé – et incarné – pour véhiculer un idéal, malgré l’emploi de sa force brute et ses actions répréhensibles. On comprend donc pourquoi Jack Reacher a intéressé Christopher McQuarrie et Tom Cruise, malgré le fait que ce dernier soit totalement à l’opposé du personnage, du moins en termes physiques. Mais justement, les deux hommes retournent cet « handicap » à leur avantage, en mettant constamment en avant l’aspect totalement pragmatique et frontal du personnage, y compris dans les situations les plus dangereuses. Plus volontiers silencieux dans les romans, Jack Reacher prend ici le temps d’expliciter ses motivations, autant par la parole que par l’action. Et à une ou deux punchlines près, ça fonctionne plutôt bien ! En effet, en mettant en avant le personnage jusque dans le titre du film, JACK REACHER procure des petits bonheurs de cinéphiles simples, notamment pour ceux qui sont biberonnés aux polars hard-boiled des 70’s. Cela va de Tom Cruise expliquant à cinq petites frappes comment il va disposer d’eux en quelques coups de lattes bien placés, en passant par la mise à mort expéditive des antagonistes du film ou encore par ce petit passage amusant qui ponctue une course-poursuite, lorsque les usagers d’un autobus aident Jack Reacher à semer la police. Ce sentiment de puissance mêlé à une idée très spécifique de la droiture et de l’intégrité est au cœur de JACK REACHER, jusque dans le traitement de l’inévitable relation amoureuse, avec le personnage d’avocate interprétée par Rosamund Pike.

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Cette vision très littéraire de l’anti-héroïsme monolithique et viril, alliée à une intrigue plutôt prenante (Jack Reacher doit découvrir pourquoi un ancien tireur d’élite de l’armée est faussement accusé d’avoir tué cinq personnes au hasard), sont les points forts du film de Christopher McQuarrie. Malheureusement, JACK REACHER a les défauts de ses qualités et pour un personnage principal bien campé, il propose des bad guys qui frisent le ridicule. Certes, les méchants des films d’action avec Tom Cruise ont rarement marqués les esprits (voir la franchise MISSION : IMPOSSIBLE pour s’en convaincre), mais ce n’est pas tant leur manque de charisme qui est ici remis en cause, mais bel et bien une caractérisation outrancière, qui n’est jamais transcendée par les interprétations de Jay Courtney (le futur McClane junior de DIE HARD 5 fait un piètre adversaire) et surtout de Werner Herzog, tout simplement risible en vieux taulard prêt à tout pour survivre en milieu hostile, quitte à se bouffer les doigts ! Mais de manière générale, ce souci d’incarnation est la problématique principale de JACK REACHER, qui démontre ses limites dans la mise en scène souvent impersonnelle de Christopher McQuarrie. Comme c’était déjà le cas dans WAY OF THE GUN (dont on se remémore la fusillade finale dans l’hacienda – un fantasme sur le papier mais au filmage très quelconque), le réalisateur peine à dynamiser les meilleures séquences du film, au-delà des quelques belles idées dont il a pu accoucher sur le papier. Certains passages clés, comme la réinterprétation de la scène du crime (avec les déductions de Reacher mises en image) et la partie de cache-cache entre notre héros et les policiers lors d’une course poursuite automobile, restent donc en mémoire pour leur importance narrative, mais pas vraiment pour leur exécution somme toute très banale. Toutefois, même s’il ne partait pas forcément gagnant dans son idée de nous vendre un Tom Cruise badass, JACK REACHER marque des points dans son approche honnête et plutôt directe du polar hard-boiled, à tel point que la problématique du PG-13 et son émasculation de la violence est habilement contournée par la manière dont le personnage en titre est représenté, dans toute la symbolique qu’il incarne à l’écran. Bref, il s’agit d’une pure figure de roman de gare en somme, dans le sens où elle est respectée à la lettre dans sa transposition à l’écran. En ces temps où Taylor Lautner et Matt Damon tentent de se faire passer pour des icônes badass, et que Jason Statham se disperse en faisant le kéké, on ne va pas bouder son plaisir non plus…

TITRE ORIGINAL Jack Reacher
RÉALISATION Christopher McQuarrie
SCÉNARIO Christopher McQuarrie, d’après le livre Folie Furieuse de Lee Child
CHEF OPÉRATEUR Caleb Deschanel
MUSIQUE Joe Kraemer
PRODUCTION Tom Cruise, Paula Wagner, Dana Goldberg, Don Granger, David Ellison, Gary Levinsohn, Kevin J. Messick.
AVEC Tom Cruise, Rosamund Pike, Jay Courtney, Richard Jenkins, Robert Duvall, Werner Herzog…
DURÉE 130 mn
DISTRIBUTEUR Paramount Pictures France
DATE DE SORTIE 26 décembre 2012.

4 Commentaires

  1. Fest

    C’est vrai que le final de Way of a Gun est filmé de manière très classique… Mais j’avais quand même trouvé ça bien efficace. Y a de quoi se faire plaisir en salles en cette fin d’année en tous cas, ça fait plaisir !

  2. Fest

    Vu et pris mon pied.

    J’ai retrouvé tout ce que j’avais aimé dans Way of the Gun et même plus. Tom Cruise est royal, la poursuite en bagnole est une des plus belles que j’ai pu voir ces dernières années et le final est mortel.

  3. THE koff

    Pareil, j’ai bien tripé. Un bon cheese, plus Burger King que McDo d’ailleurs.
    Limite, j’ai envie de le revoir.
    Parce que si Cruise en fait des caisses, rien que pour le fight de sniper et pour Rosamund Pike (sex + violence, n’oublions pas), j’achète.
    Solide, tendu, classe.
    Dommage que les chiffres soient décevants aux US, j’aurais bien vu une suite. Avec un coca, et un donut. Sucre + graisse. Yabon.

  4. saiyuk

    Bonjour,

    Je reviens un peu en arriére mais comme vous mentionnez les mission : impossible dans l’article, et que le dernier en date au ciné nous viens de la même équipe que celle de Jack Reacher, j’espérais une critique que je ne voit point venir….:-(

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