JUSQU’EN ENFER

Disponible depuis le début de l’été en DVD et Blu-ray, RED STATE de Kevin Smith aurait mérité une sortie en salles chez nous. D’abord, parce qu’il s’agit probablement du film le plus abordable du réalisateur, d’un point de vue culturel. Ensuite, parce que c’est tout simplement son meilleur film depuis longtemps…

Le meilleur bonus de cette édition DVD / Blu-ray est l’intervention de Kevin Smith au festival de Sundance 2011 : surprenant son auditoire composé de plusieurs producteurs et distributeurs influents, le réalisateur annonce qu’il a décidé de distribuer RED STATE lui-même, en organisant une série d’avant-premières dans plusieurs cinémas à travers les États-Unis, avant de proposer le film en vidéo quelques six mois plus tard. Le pari est d’autant plus gonflé que Smith décide de ne pas dépenser un centime en publicité, préférant se baser uniquement sur le bouche à oreille généré sur Internet. L’idée est de démontrer qu’il existe un marché pour des films d’horreurs vraiment jusqu’au-boutistes, ce qui est difficilement concevable dans une économie qui dépense plus d’argent pour le marketing du film que pour le film lui-même. On imagine que le fait que RED STATE ait été financé en indépendant, après avoir été refusé par les frères Weinstein – qui ont pourtant pour habitude de travailler avec Kevin Smith – a également été un facteur décisif dans la décision du réalisateur.

Mais ce n’est pas le premier risque que Kevin Smith prend sur un tel projet. Habitué à son propre univers (au point de se planter sévère quand il s’en éloigne, voir TOP COPS), le réalisateur excelle peut-être dans la comédie, mais il doit faire ses preuves dans le cinéma d’horreur, à plus forte raison car il s’agit d’un genre qui, malgré ce qu’on pourrait en penser, n’excuse pas vraiment la médiocrité. Concrètement, cela signifie que Kevin Smith doit devenir un cinéaste à part entière, et ne pas se reposer sur la qualité de son écriture pour véhiculer son propos. Ici et là, RED STATE fait montre d’une véritable volonté de mise en scène, mais les idées les plus gonflées et les plus payantes sont bien celles qui ont démarré sur le papier. Prenant pour cible certaines organisations religieuses, et notamment celle dirigée par le révérend Fred Phelps (le genre de gus qui appelle à la peine capitale pour l’homosexualité), Kevin Smith oppose les intérêts des fanatiques religieux et du gouvernement dans une prise d’otage qui n’est pas sans rappeler le siège de Waco, au Texas. Et il serait dommage de déflorer les nombreux retournements de situation de RED STATE, d’autant que Kevin Smith oriente clairement son écriture vers une radicalité dont la volonté principale est de choquer le spectateur, notamment durant l’explosion de violence du 3ème acte, qui prend la forme d’une longue et intense fusillade durant laquelle aucun des personnages n’est à l’abri de se prendre une balle perdue. 

Mais s’il fait mouche à intervalles réguliers, malgré une surexploitation du procédé, le réalisateur est cependant plus efficace quand il met le spectateur dans la position inconfortable des ouailles de son personnage principal, le révérend Abin Cooper, interprété avec brio par Michael Parks. Son long discours de haine, qui doit approcher la durée d’une bobine, est probablement le passage le plus marquant et le plus (volontairement) pénible de RED STATE, d’autant qu’il repose sur le charisme fascinant du comédien, de toute évidence habité par son personnage. Même s’il faut reconnaître au final que le film a un train de retard dans sa dénonciation (le film a été écrit en 2007) et qu’il manque tout de même d’une certaine finesse (dont le réalisateur savait parfois faire preuve dans la comédie, si si !), RED STATE nous réconcilie avec son réalisateur, que l’on croyait désormais à court de sujets personnels. Il arrive même, au détour d’une pique finale, qu’on retrouve son amusante irrévérence des premiers jours, une forme d’immaturité qui nous avait quand même bien manqué ! C’est dire si RED STATE vaut quand même le coup d’œil !

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1 Commentaire

  1. j’ai jamais trop compris kevin smith au cinoche (j’aime bien ses comics en revanche), et CLERKS et le reste m’emmerdent un peu je dois dire. je suis donc d’autant plus curieux sur RED STATE…

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