JE CONNAISSAIS LE KUNG-FU

Avec MAN OF TAI CHI, Keanu Reeves ne choisit pas forcément la facilité pour son premier film en tant que réalisateur : production internationale, casting principalement chinois, premier rôle quasi-inconnu et bastons à gogo… Mais même les meilleures intentions ne suffisent pas à sauver les projets les plus bancals, surtout quand les différents compromis qu’il a fallu faire pour les mener à terme crèvent à ce point l’écran !

Pour obtenir 25 millions de dollars et pouvoir porter à l’écran l’histoire de MAN OF TAI CHI – une vision très romancée du parcours de son interprète principal Tiger Hu Chen, Keanu Reeves a dû accepter beaucoup de choses, et notamment d’apparaître dans son propre film de manière conséquente pour assurer au studio des ventes sur le marché international. Première erreur particulièrement grossière : il s’est attribué le rôle du méchant promoteur de combats illégaux occidental qui sera le premier à corrompre l’âme pure de notre héros. À l’écran, cela signifie que Keanu Reeves diabolise son personnage à outrance, en jouant avec toute la panoplie du méchant tour à tour suave et colérique, et qui n’hésite jamais à tuer quelqu’un sans sourciller. La logique derrière cette décision émane probablement des meilleures intentions du jeune réalisateur, qui ne souhaite pas interpréter lui-même le rôle principal de peur de pervertir la philosophie typiquement asiatique du personnage, mais il n’en reste pas moins qu’elle tire clairement le projet vers le bas. En effet, un méchant aussi peu nuancé est déjà difficile à incarner pour un interprète d’envergure, et comme Keanu Reeves n’est pas forcément le comédien le plus éclectique de sa génération, son interprétation du méchant Mark Donaka déséquilibre clairement un projet à la thématique particulièrement difficile à retranscrire.

Image de prévisualisation YouTube

Ce choix malheureux n’est pas le seul à tirer MAN OF TAI CHI vers le bas. Au delà du charisme tout relatif de Tiger Hu Chen (qui sait au moins porter les coups à l’écran), il faut également compter sur une écriture particulièrement paresseuse, notamment lorsque le scénario se concentre sur une intrigue policière vue et revue, dont le but est probablement d’impliquer les spectateurs occidentaux dans l’intrigue principale. Problème : cette sous-intrigue occupe trop de place et empiète lourdement sur le véritable projet du film, à savoir faire ressortir les véritables valeurs philosophiques du Tai Chi. Reste quelques combats bien exécutés (Maître Yuen-Woo Ping oblige) dont les enjeux sont généralement liés à l’âme et à la vertu du personnage principal et de son parcours vers le côté obscur. Malheureusement, étant donné que les spectateurs ne ressortiront pas de MAN OF TAI CHI en ayant appris ou retenu les préceptes fondamentaux de la pratique martiale, leur implication dans les combats est proche du zéro, à plus forte raison car le montage à proprement parler annule régulièrement les quelques mouvements de caméra dynamiques que Keanu Reeves et son équipe ont tenté sur le plateau, au moment du tournage. Au final, malgré les intentions initiales, malgré la bonne volonté de Keanu Reeves, MAN OF TAI CHI n’a pas plus de profondeur qu’un bon vieux film de kickboxer des années 90. Les quelques cinéphages tolérants qui ont malgré tout passé un bon moment diront qu’il leur a fait penser à un film de Hong Kong de la même période. Soit. À un mauvais film de Hong Kong alors…

TITRE ORIGINAL Man of Tai Chi
RÉALISATION Keanu Reeves
SCÉNARIO Michael G. Cooney
CHEF OPÉRATEUR Elliot Davis
MUSIQUE Kwong Wing Chan
PRODUCTION Lemore Syvan, Daxing Zhang & Noah Weinzweig
AVEC Keanu Reeves, Tiger Hu Chen, Karen Mok, Simon Yam
DURÉE 105 mn
DISTRIBUTEUR Universal Pictures International France
DATE DE SORTIE 30 avril 2014

7 Commentaires

  1. JLP

    Le dernier paragraphe semble s’adresser directement à Yannick Dahan 🙂

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Pas que ^^

  2. Thomas

    Je suis allé voir le film parce que j’avais vu cette démo il y a quelques années, qui m’avait bien mis l’eau à la bouche : http://youtu.be/cuvYBph4YBg

    Mais à l’écran il n’en est malheureusement rien. C’est dommage, un tel rendu aurait pu être vraiment spectaculaire !

  3. Niko

    Oui il faut reconnaître que Dahan a été particulièrement indulgent avec ce film surtout au final pour ces combats qui sont mous au possible.
    Ils sont bien chorégraphiés mais jamais dynamiques, jamais funs, super rigides comme Keanu quoi.
    Ils n’ont pas la folie justement de certaines productions hong kongaises. Ni la violence.
    C’est tout plat comme film.
    Dommage car en effet il y a une prise de risque intéressante, on sent que Keanu a des envies, mais ça ne marche quasiment jamais.
    Dommage.

  4. jackmarcheur

    Dommage car Keanu peut être terrifiant quand il est bien dirigé (cf INTUITUIONS de Sam Raimi, surement le meilleur du pere d’Evil Dead!)

  5. benoit

    Petite question: Le film a-t-il eu du succès à Hong Kong ou a-t-il fait un bide à l’image de sa sortie US?

Laissez un commentaire