IT’S ELECTRIC !

2009 fut une année faste pour les amateurs de super-héros, jusqu’alors pas franchement gâté par les différents avatars vidéoludiques de leurs icônes en costume. Si BATMAN : ARKHAM ASYLUM débarqua avec fracas pour s’imposer haut la main comme le meilleur représentant du genre, quelques mois avant ce fut INFAMOUS qui frappa un grand coup. Premier essai de jeu à monde ouvert du développeur Sucker Punch, jusque-là plutôt connu pour les jeux de plate-forme bon enfant de la série des SLY, l’exclu PS3 sut s’imposer comme une tentative réussie de proposer une déclinaison ludique d’une histoire d’origines d’un super-héros, notamment en ce qu’elle permettait aux joueurs de façonner le personnage pour en faire soit un super-héros, soit un super vilain. Le succès critique et publique ayant été au rendez-vous, c’est très logiquement qu’un inFamous 2 fait aujourd’hui son apparition. Une suite qui, sous des dehors « bigger and louder », s’avère en fait plus subtile qu’il n’y parait au premier abord.

L’excellent accueil reçu par INFAMOUS premier du nom s’était essentiellement focalisé sur son gameplay. A raison, certes, puisque c’est la combinaison d’un open world réussi et d’une jouabilité mélangeant le TPS et la plate-forme qui faisait en grande partie la réussite du titre, dans le sens où ces deux éléments conspiraient à créer une relation véritablement organique entre le héros et son environnement, le plaisir de traverser le monde faisant ainsi jeu égal à celui retiré du combat (rien d’étonnant à ce que l’un des sommets de la campagne soit la simple ascension d’une gigantesque tour). La partie narrative du jeu n’aura en revanche suscitée que peu de commentaires, à tort car cet aspect constituait selon nous la vraie bonne surprise du titre. Dans sa tentative de créer une forme de version interactive des « origin stories » telle qu’on en trouve dans la littérature super-héroïque et son pendant cinématographique, Sucker Punch adoptait une ligne narrative somme toute classique (puisque largement inspirée de ce que pouvait faire par exemple le premier SPIDER-MAN de Raimi), mais qui permettait aux scénaristes du studio d’atteindre une efficacité structurelle indéniable, notamment en ce que la conclusion voyait tous les arcs narratifs de l’intrigue bouclés, tout en ouvrant intelligemment sur l’incontournable suite. On peut penser qu’il s’agit là d’un minimum, mais on voit passer tellement de jeux n’arrivant même pas à ça de nos jours que cette qualité se devait d’être soulignée. Dès lors, on pouvait logiquement s’attendre à ce que cet INFAMOUS 2 s’inscrive, dans sa narration, dans la droite lignée d’autres deuxième épisodes, en se terminant également sur une ouverture vers un troisième jeu qui viendrait boucler la trilogie. Impression confirmée par le fait que l’intrigue démarre dans la foulée de la fin du premier en ouvrant sur la confrontation notre héros Cole et The Beast, la super menace meta-humaine annoncée à la fin du premier. Une confrontation qui laisse Cole sur le carreau et l’envoie à la recherche de nouveaux pouvoirs à même de l’aider à vaincre dans la ville de New Marais, sous la coupe d’une milice fascistoïde.

Or c’est précisément sur ce point que Sucker Punch réussit à réellement surprendre le joueur. Si, à l’instar du premier épisode, INFAMOUS 2 boucle ses arcs narratifs au terme de son mode solo, la fin est loin, mais alors très loin d’ouvrir sur une inévitable séquelle, ou alors à condition d’une réinvention drastique de la franchise. Car là se situe la grande réussite du jeu en termes d’intrigue : les scénaristes choisissent d’aller jusqu’au bout de la logique de leur histoire, et ce quelle que soit l’orientation morale choisie par le joueur, plutôt que de sacrifier celle-ci aux impératifs commerciaux exigeant que tout jeu à succès soit décliné jusqu’à plus soif. Dans le contexte actuel, un tel geste apparait comme franchement couillu, et mérite d’être applaudi. De ce parti-pris découle en outre une meilleure intégration des choix moraux, qui viennent ici s’insérer de manière plus fluide, moins arbitraire dans l’intrigue. Et même s’ils demeurent assez binaire dans l’esprit, là encore ils aboutissent à une conclusion implacable, qui demande au joueur d’aller au bout de ses choix, particulièrement si ce dernier opte pour l’approche du super vilain (on n’en dira pas plus pour ne pas spoiler). Dès lors, INFAMOUS 1 & 2 forment un exemple rare de dyptique vidéoludique apparaissant vraiment pensé comme tel, chose assez rare pour être soulignée. Pour autant, le tableau n’est pas totalement rose, les scénaristes n’arrivant pas à éviter quelques écueils, dont certains directement hérités du premier. Si Zeke, le sidekick pas drôle du premier opus, parvient ici à prendre une réelle dimension humaine au point de ménager par sa présence quelques belles plages émotionnelles, on ne peut pas en dire autant des deux personnages féminins (représentant les deux facettes morales de Cole) qui flirtent dangereusement avec la caricature (même si elles réservent une belle surprise lors du climax). Et si l’idée de tenir The Beast à l’écart de l’intrigue pendant une grande partie du jeu tout en rappelant constamment au joueur de l’imminence de son arrivée permet d’introduire un élément de pression, le méchant de substitution manque d’envergure et ses motivations sont révélées bien trop tardivement pour convaincre. Et une fois The Beast entrée en scène, le scénario se permet quelques détours « bigger than life » pas forcément bienvenus car dommageables pour la crédibilité de l’intrigue. L’ensemble reste cela dit de bonne tenue, d’autant que les rebondissements fréquents donnent toujours envie de progresser dans l’histoire, mais on aurait aimé que l’exigence de Sucker Punch quant à la finalité de son écriture se retrouve à tous les niveaux.

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S’il s’avère donc parfaitement complémentaire de son prédécesseur, INFAMOUS 2 ne le transcende jamais réellement. Itérant sur la formule du premier plus que cherchant à la révolutionner, le jeu reste parfaitement plaisant, d’autant que le gameplay s’avère toujours aussi accrocheur et offre encore plus de possibilités super-héroïques (les pouvoirs plus nombreux et spectaculaires, dont un qui permet carrément aux fanboys que nous sommes de se la jouer Spider-Man), le tout dans un univers encore plus réussi que celui du premier (l’inspiration Nouvelle-Orléans de la ville permettant une architecture plus variée que le simili New-York de son prédécesseur, avec tout ce que cela implique en terme de négociation de l’environnement). Mais il ne représente pas le saut qualitatif d’un épisode à l’autre qu’ont pu connaitre d’autres franchises made in Sony. On aurait ceci dit bien tort de reprocher à un jeu de n’être « que » bon, et INFAMOUS 2 est définitivement une valeur sûre, qui vient prouver s’il en était encore besoin que les super-héros dans le jeu vidéo ont finalement de beaux jours devant eux.

TITRE ORIGINAL inFamous 2
GENRE Action / Aventure
ÉDITEUR Sony Computer Entertainment
DÉVELOPPEUR Sucker Punch
CONSOLE PS3
DATE DE SORTIE 08 juin 2011

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