ILS SONT GRANDS CES PETITS

Dans le paysage si formaté de l’animation française, MINUSCULE – LA VALLÉE DES FOURMIS PERDUES (sorti dans les salles mercredi dernier) détonne clairement. Enfin un dessin animé bien de chez nous qui offre le double avantage d’afficher de saines ambitions artistiques et de s’adresser à son public sans un gramme de condescendance. Et ça, ça fait rudement plaisir !

L’éternel paradoxe français. Dans notre beau pays, grâce à une formation que nous envient nombre d’autres pays, nous avons à notre disposition un vivier d’animateurs particulièrement doués et inventifs. Mais comme il n’y a pas d’industrie de l’animation française à proprement parler, tous ces talents s’en vont chaque année grossir les rangs des studios hollywoodiens. Résultat : notre production nationale se résume la plupart du temps à de petits « one shots » à la poésie gentiment désuète ou au discours moralisateur approuvé par l’Éducation nationale. Bonne nouvelle : MINUSCULE – LA VALLÉE DES FOURMIS PERDUES rompt clairement avec cet état de fait en proposant un vrai projet de cinéma à son spectateur. Car si les auteurs/réalisateurs du film, Hélène Giraud et Thomas Szabo (respectivement la fille et le gendre du regretté Moebius, à qui le film est d’ailleurs dédié), ont pu parvenir à monter leur projet sur la base du succès de leur série télévisée, ils ne sont pas reposés sur leurs lauriers. En effet, la première grande qualité du film MINUSCULE est déjà de mettre de côté la forme courte à laquelle était habitués les fans de la série (après tout, entre les mains de gens paresseux, le long-métrage aurait pu se présenter sous la forme d’un empilement de saynètes) pour choisir une approche purement cinématographique, en l’occurrence celle du film d’aventures. Car, en racontant l’odyssée d’une petite coccinelle entraînée malgré elle dans la guerre opposant les fourmis noires aux fourmis rouges, Giraud et Szabo pose ouvertement leur note d’intention épique, assumant par là même le statut d’œuvre cinématographique de leur projet.

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Encore mieux : en nourrissant sa narration de tout un jeu de références à des grands classiques du cinéma (de PSYCHOSE au SEIGNEUR DES ANNEAUX en passant par STAR WARS ou les films de monstres de Ray Harryhausen), MINUSCULE ne fait pas qu’assumer son statut. Il le revendique ouvertement. En jouant sur les échelles et les focales, en exploitant au mieux les paysages naturels grandioses qui lui servent de décor et en mixant diverses méthodes de fabrication (prises de vue réelles, images de synthèse mais aussi décors reconstitués en studio – comme c’est le cas pour la fourmilière-forteresse), le film joue la carte du grand spectacle de manière totalement décomplexée. De même, délaissant la formule brève de la série télé pour un récit mythologique mieux adapté au format du long-métrage, le film reprend à son compte la méthodologie des sagas de George Lucas et Peter Jackson citées plus haut en calquant sa trame narrative sur le célèbre « Voyage du héros » de Joseph Campbell. C’est notamment très frappant dans le passage où la coccinelle quitte la forteresse assiégée pour aller chercher l’objet qui permettra à ses amis fourmis noires de remporter la victoire (une boîte d’allumettes). Pour cela, son parcours devra passer à travers la représentation métaphorique d’une descente aux enfers, en l’occurrence le repaire souterrain et insalubre de l’araignée, dont notre petite héroïne s’extraira d’ailleurs de manière surprenante et inattendue. En outre privé de dialogues et doté d’une bande sonore très riche, MINUSCULE atteint ainsi une expressivité émotionnelle qui évoque la pureté et l’évidence du cinéma originel. Bref, une narration dont l’universalité est sans aucun doute le meilleur moyen de toucher à la fois le public des enfants et celui des adultes. C’est dire la réussite aussi franche que remarquable de ce long-métrage d’animation français déjà bien parti pour devenir un succès du box-office et qui risque également de très bien s’exporter. Là où il est, le grand Moebius doit être très fier de sa fille.

RÉALISATION Hélène Giraud et Thomas Szabo
SCÉNARIO Hélène Giraud et Thomas Szabo
DÉCORATEUR Franck Benezech
MUSIQUE Hervé Lavandier
PRODUCTION Philippe Delarue
DURÉE 89 mn
DISTRIBUTEUR Le Pacte
DATE DE SORTIE 29 janvier 2014

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