IL CAUSE PLUS, IL FLINGUE !

Dans les salles depuis mercredi dernier, GUNMAN est la première incursion de Sean Penn dans le cinéma d’action qu’il décide de teinter d’une conscience politique. Mais c’est aussi et surtout le nouveau film de Pierre Morel, « le réalisateur de TAKEN » comme indiqué sur l’affiche. Et oui, c’est un peu le grand écart entre les talents, et c’est donc le projet qui trinque !

Adaptation d’un roman français des années 80 signé Jean-Patrick Manchette (LA POSITION DU TIREUR COUCHÉ), GUNMAN se targue pourtant d’être entre deux époques. D’un côté, il y a le projet très actuel de proposer un film d’action tel qu’il se conçoit aujourd’hui, c’est à dire avec une vedette « noble » (comprendre oscarisée) qui n’a pas pour habitude de manier le tromblon. De l’autre, il y a un sujet « à l’ancienne » qui laisse la place aux convictions politiques de Sean Penn, l’acteur s’étant d’ailleurs accaparé le scénario pour y apposer sa très médiatisée conscience humanitaire. Au centre du film, il y a ce protagoniste principal, un tueur à gages qui tente de refaire sa vie au sein d’une ONG et qui se voit rattrapé par son passé quand ses anciens employeurs tentent de le faire éliminer quelques années après lui avoir demandé d’assassiner un politicien au Congo. Un beau personnage de cinéma qui tente de retrouver son amour passé, malgré des problèmes de santé hérités sur le champ de bataille et qui le condamnent à plus ou moins long terme.

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Avec cette volonté de provoquer l’empathie auprès des spectateurs, GUNMAN aurait pu créer la surprise mais c’était sans compter sur la réalité du marché. C’est ici que le « savoir faire » de Pierre Morel se fait ressentir : précisément choisi pour ce titre de gloire qui n’en est pas vraiment un, « le réalisateur de TAKEN » dépersonnalise totalement le projet, sa réalisation factuelle n’apportant aucune émotion aux séquences intimistes et aucune énergie aux quelques scènes d’action pauvrement exécutées (mais après BANLIEUE 13, TAKEN et FROM PARIS WITH LOVE, il n’y a rien d’étonnant à cela). S’il n’est finalement qu’un exécutant comme ce fut le cas sur ses précédents films (et ce malgré cette aura incompréhensible de petit « maître » de l’action justifiée par le succès de TAKEN), Morel est cependant représentatif de l’échec artistique d’un projet qui nécessitait une véritable vision de cinéaste pour concilier ses différentes ambitions et les mener à terme. Preuve en est que le film dévie la trajectoire de son personnage en cours de route, pour le faire passer de l’anti-héros condamné par le poids de ses actes à une sorte de fantasme typiquement hollywoodien de l’homme d’action à la bonne conscience libérale (une fin moins heureuse était de toute évidence envisagée au départ). Pour soutenir l’émotion inhérente au projet, quitte à tabler sur un réalisateur français à l’aura internationale (étant donné que les droits du roman appartiennent à StudioCanal), on aurait largement préféré que GUNMAN soit confié à un talent plus évident, comme Florent-Emilio Siri. Lui aurait su quoi faire avec ce matériau de qualité, malheureusement totalement sous-exploité en l’état !

TITRE ORIGINAL The Gunman
RÉALISATION Pierre Morel
SCÉNARIO Don MacPherson, Pete Travis & Sean Penn
CHEF OPÉRATEUR Flavio Martínez Labiano
MUSIQUE Marco Beltrami
PRODUCTION Ron Halpern, Sean Penn, Andrew Rona & Joel Silver
AVEC Sean Penn, Jasmine Trinca, Javier Bardem, Ray Winstone, Mark Rylance, Idris Elba…
DURÉE 117 mn
DISTRIBUTEUR StudioCanal
DATE DE SORTIE 24 juin 2015

2 Commentaires

  1. petaire

    Ca doit etre un record de longueur dans l’histoire des critiques de capture !

  2. jackmarcheur

    Ouah l’autre hé, Stéphane, comment que tu essaies de placer tes potes ! ^^ (FES en l’occurence!)

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