HORIZONS LOINTAINS

Il y a quelques qualités dans ELYSIUM : un style visuel affirmé et radical, un méchant charismatique, quelques idées psychotroniques bienvenues… Et il y a de nombreux défauts, à savoir tout le reste. Pas de doute, le second film de Neill Blomkamp est la déception de l’année. Et ça nous fait bien chier de l’écrire !

Pour ceux qui ont découvert le talent de Neill Blomkamp avec DISTRICT 9 voici maintenant quatre ans, il ne fait peut-être aucun doute que le bonhomme se devait de transformer l’essai. Mais pour ceux qui le suivent au moins depuis la découverte de son bluffant court-métrage ALIVE IN JOBURG et de son travail d’adaptation sur le film HALO (le projet a été avorté mais il reste au moins un court-métrage très ambitieux qui a servi à vendre le jeu HALO 3 en son temps), ELYSIUM allait forcément être une nouvelle réussite dans le domaine de la science-fiction à la fois exigeante et ludique. Mieux, une œuvre qui allait asseoir l’énorme talent du bonhomme et l’intégrer comme un cinéaste à la croisée d’un James Cameron (pour le spectacle et l’humanité) et d’un John Carpenter (pour l’approche radicale et l’affirmation bien appuyée d’un mode de pensée à contre-courant). Malheureusement, il n’en est rien. ELYSIUM se déroule dans un futur sans lendemain, où la Terre est devenue un vaste dépotoir dans lequel la plupart des êtres humains attendent leur heure, entre maladies incurables, soins inexistants et criminalité omniprésente. Les plus riches sont parvenus à s’enfuir sur la station orbitale « Elysium », où ils peuvent jouir d’une vie paisible et sans danger, à l’abri des maladies et des criminels. Max, ancien voyou issu de la classe ouvrière va bientôt chambouler cette lutte des classes, quand il va tout mettre en œuvre pour se rendre sur « Elysium » afin de se soigner après un accident du travail quasi-fatal.

Image de prévisualisation YouTube

On le voit, comme DISTRICT 9 en son temps, ELYSIUM tente de concilier une certaine ambition narrative avec une thématique contemporaine, de sorte que la science-fiction serve clairement son but premier, à savoir créer une distance qui permet à son auteur de disséquer l’essence humaine à travers son fonctionnement social et intuitif. Sur le papier, le propos d’ELYSIUM est clairement orienté, puisqu’il s’attaque aux inégalités (le mot est faible) d’un système économique punitif, mais qui continue pourtant de régir la société occidentale depuis des années, au point de l’emmener droit dans le mur. En clair, ELYSIUM stigmatise les fameux « 1% » qui s’engraissent sur le dos des « 99% », un schéma de fonctionnement qui n’est plus à démontrer dans notre société actuelle. On pourrait très bien se contenter d’applaudir ce propos à une époque où la panacée des blockbusters consistent à vendre des rêves de nouveaux riches aux spectateurs en les mettant à pied d’égalité avec des playboys en armure de fer (ou en fibre de carbone), avec des pirates filous qui redoublent d’efforts et de ruses pour enfiler les autres et leur voler leur trésor ou encore avec des agents secrets qui pleurent leur maman une fois la nuit tombée. On aurait pu, mais au-delà du propos et mêmes des petits plaisirs qu’il parvient à procurer (des effets gore surprenants, une tentative succincte mais présente d’émuler la mise en scène d’un GEARS OF WAR), il est difficile de s’attacher à ELYSIUM, puisqu’il y manque une certaine consistance émotionnelle et une forme de cohésion narrative, deux éléments qui ne faisaient pourtant pas défaut à DISTRICT 9.

Seul aux commandes d’un scénario fourre-tout, Neill Blomkamp tente clairement de maintenir le même niveau de radicalité, mais cumule pourtant les erreurs de débutant qu’il avait su éviter sur son premier film. Son ambition se retourne contre lui, notamment dans la façon dont il décrit les enjeux personnels de Max, protagoniste principal qui, enfant, désire aller s’installer sur « Elysium », pour découvrir adulte qu’il doit surtout s’y rendre pour sauver sa peau (mais plus vraiment puisqu’on lui greffe des implants robotiques ?), puis en fait celle de la jeune fille malade de sa bien-aimée, pour finir par comprendre qu’il est en fait destiné à sauver l’humanité toute entière. Ce manque de simplicité (puisque les enjeux semblent parfois s’annuler au fil du récit) est d’autant plus flagrant qu’il est mis en parallèle avec le caractère impulsif et direct du dangereux mercenaire Kruger, interprété par le toujours surprenant Sharlto Copley. De fait, les manquements de l’écriture ne parviennent jamais à nourrir les protagonistes au-delà de leurs fonctions et dans certains cas, seule la volonté et le savoir-faire des acteurs parviennent à leur donner corps. C’est par exemple le cas de Jodie Foster, qui rejoint le camp des acteurs libéraux qui s’amusent à incarner un personnage de salope extrémiste (et en français s’il vous plaît) autrement plus caricatural sur le papier. Et surtout, la structure totalement hésitante du récit ne parvient pas à rendre l’univers du film totalement cohérent, donc totalement crédible.

Il reste des images impressionnantes dans ELYSIUM, des petits morceaux de bravoure qui confirment, par exemple, que Neill Blomkamp a compris l’apport évident du jeu vidéo dans le cinéma, d’autant qu’il emploie ses références avec une élégance naturelle. C’est toujours ça de pris dans un système qui recycle ses propres produits en permanence sans jamais chercher à en comprendre l’essence, mais ce n’est malheureusement pas assez pour susciter l’enthousiasme sans borne que DISTRICT 9 avait pu déclencher en son temps. Peut-être que le jeune cinéaste a pêché par volonté d’émancipation, et qu’il lui faut encore un mentor d’envergure – comme Peter Jackson – pour pouvoir le canaliser et lui permettre d’offrir la meilleure vision de son projet. Espérons surtout qu’il saura tirer les leçons de cet impressionnant film raté, pour revenir à sa forme initiale. Réponse avec CHAPPIE, un nouveau projet adapté de son court-métrage TETRA VAAL, en tournage cet automne.

Image de prévisualisation YouTube

ElysiumMattFerguson

TITRE ORIGINAL Elysium
RÉALISATION Neill Blomkamp
SCÉNARIO Neill Blomkamp
CHEF OPERATEUR Trent Opaloch
MUSIQUE Ryan Amon
PRODUCTION Simon Kinberg
AVEC Matt Damon, Jodie Foster, Sharlto Copley, Alice Braga, Diego Luna…
DURÉE 1h49
DATE DE SORTIE 14 août 2013

7 Commentaires

  1. Zhibou

    Je n’ai pas encore vu Elysium.
    Mais à la lecture de cette critique, cela me donne le sentiment que Neil Blomkamp rejoint Joseph Kosinski.
    Deux bons artisans visuel qui ont cruellement besoin de bien s’entourer.
    Oblivion présente pour moi les mêmes défauts et qualités énoncé ici. Flatteur pour la rétine, mais dépourvu d’un bon script.

    Je croise les doigts pour leurs futurs à tous les deux.

  2. Ouais c’est un peu ça, deux bons techniciens avec des univers cohérents mais ça manque un peu de substance, reste que l’article est quand même très dur, le film est super agréable à suivre, dommage de décourager des gens d’aller le voir il y a tellement pire, après qu’il ne soit pas le nouveau James Cameron qu’est-ce qu’on s’en fout franchement, moi je voulais voir un bon film et je n’ai pas été déçu…

  3. Will

    C’est justement ca le probleme, on attendait un peu plus qu’un bon film de la part du réal apres la claque que fut District 9 (le plan du vaisseau émergeant des déchets restera a jamais graver dans ma mémoire).

    Je trouve que ce papier est juste quant aux défauts du film. Je suis sorti de la séance avec un sentiment de frustration. A aucun moment le film ne ma prit par les tripes mise a part quand Max se libère sur elysium, et encore. Il manque cette rage qu’avait District 9 quand le héros dézingue du mercenaire avec le robot de combat. Les personnages manquent de substance, et on sent quand le réal a du se plier aux exigences des costards cravates. Mais ce qui m’a le plus gonflé, c’est cette caméra lors des scènes de bastons… trop de plan cut, la caméra bouge dans tous les sens larguant au passage la lisibilité de l’action. J’en ai marre de voir ces artifices de mise en scène qui sont supposés rendre le tout dynamique. A voir donc pour son prochain films, mais je serais malheureusement plus frileux.

  4. Je suis un peu surpris que personne ne parle des emprunts pourtant évidents au manga Gunnm dans le scénario, non ?

  5. Bruno.B

    Tout à fait !

    Zalem vs La décharge! Un jeune Homme qui veux vivre sur Zalem (Elysium), le mélange humain-robot en voyant la bande annonce c’est la première chose que j’ai pensé. Marrant qu’on le compare à James Cameron (Matt Damon aussi). Neil Blomkamp aurait pu couper l’herbe sous le pied à Cameron avec son Elysium, mais au vu des critique on dirait que non.
    Gunnm reste à faire…

  6. Sly Of The Dead

    Tout à fait d’accord avec cette critique… à une exception près : c’était déjà ce que j’avais ressenti à la vision de « District 9 » !

    Perso, j’avais trouvé le film décevant. Bien troussé, niveau SFX et scènes d’action, mais globalement simpliste et manichéen dans son traitement des personnages et d’un univers, pourtant si fascinant sur le papier. Un manque de cohérence et de point de vue, que l’on retrouve malheureusement dans « Elysium » de manière bien plus évidente.

  7. koff

    Y’a un problème de scénario, certes (il est tout troué) mais aussi un problème grave de tonalité : le réal veut faire Robocop et Les Fils de l’homme, du coup il mélange la satire avec le thriller tragique, et aucun acteur ne semble se balader dans le même film (Damon et Alice Braga sont dans les fils de l’homme, Sharlto Copley dans Total Recall et Jodie Foster dans Team America).

    En fait, Blomkamp, il vient de la pub. Bah voilà. Il y a de très belles images…

Laissez un commentaire