HANGAR GAMES

Découvert lors du dernier Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, STORAGE 24 ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable, loin s’en faut. Aujourd’hui disponible directement en Blu-ray et en DVD, le film mérite-t-il finalement mieux que l’impression laissée par son premier visionnage ? Pas vraiment, malgré la modestie du petit écran.

Lors de la présentation de son film à Strasbourg, Johannes Roberts a directement cité Carpenter comme son réalisateur fétiche, le cinéaste qui lui a donné envie de tourner un long-métrage comme STORAGE 24. De son propre aveu, la trame principale de THE THING l’a beaucoup influencé (en raison du climat d’angoisse supposé se développer dans un seul et même lieu), tout comme l’humour à froid que Big John n’a cessé de distiller dans la plupart de ses œuvres, ASSAUT, NEW YORK 1997 ou INVASION LOS ANGELES en tête. Disons-le d’emblée, si Johannes Roberts s’inspire des œuvres de Carpenter, mieux aurait valu qu’il prenne quelques précautions avant de prétendre jouer dans la cour des grands. Loin d’atteindre des sommets d’angoisse, STORAGE 24 est un film d’horreur intègre mais mineur, plombé par une première partie très peu dynamique et par une incapacité à tenir le spectateur en haleine.

STORAGE 24 narre les péripéties d’un groupe de potes bloqué dans un immense garde-meubles où se cache un extraterrestre échappé d’un avion qui s’est écrasé à proximité. Le film pèche, en premier lieu, par le traitement de son intrigue. Au lieu d’utiliser toute son énergie pour élaborer le climat le plus angoissant possible, le réalisateur attache une importance fondamentale au triangle amoureux formé par trois des amis présents sur les lieux. Le spectateur apprend très vite que la visite dans ce gigantesque hangar à plusieurs niveaux est la conséquence de la séparation de Charlie et de Shelley, qui se partagent leurs biens avant de se quitter définitivement. Mais ce que Charlie ne sait pas, c’est que Shelley l’a en réalité quitté pour folâtrer avec son meilleur ami, Mark, lui-même présent sur les lieux pour l’aider à rapatrier ses affaires. Bref, toute la première partie du récit se cantonne à présenter les états d’âme de nos jeunes tourtereaux, reléguant le monstre et les scènes d’angoisse au second plan. Et il faut d’ailleurs attendre trois bons quarts d’heure pour que le récit s’arrache enfin des griffes de ce triangle infernal !

Si la suite est un peu plus convaincante, le film ne prend pas pour autant son envol, notamment lesté par des séquences d’action assez illisibles. Comme souvent dans ce genre de budgets modestes, la solution est d’employer un montage épileptique durant les scènes de terreur, afin de dynamiser ce qui n’a pas pu être capté à même le tournage : la caméra bouge dans tous les sens, rendant les scènes d’action maladroites et confuses, au détriment d’un monstre qui, shooté de cette façon, ne peut pas vraiment faire peur. Pire encore, certaines séquences, durant lesquelles l’alien semble glisser le long du plafond du hangar, poursuivant prestement la petite bande paniquée, sont littéralement ridicules, à défaut d’être effrayantes. Dans l’un des bonus disponibles sur la galette, le metteur en scène précise que, pour des raisons manifestement financières, le monstre a été élaboré en partie à l’aide de simples masques (couvrant le visage de l’acteur interprétant l’extraterrestre) et a ensuite été animé en recourant à la technologie numérique. Au final, si la deuxième partie du film offre donc davantage de rythme, elle ne parvient malheureusement pas à contrebalancer la maladresse de l’ensemble, tant dans l’écriture des personnages et du scénario que dans la mise en scène. En revanche, il convient de relever la qualité de la bande originale, signée Christian Henson, toujours présente mais jamais surabondante, plutôt fine et racée, bien différente des scores pompiers présents dans bon nombre de DTV de ce style ces derniers temps.

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Malgré tous le défauts de son long-métrage, la sincérité de Johannes Roberts est indéniable. Dans l’une des interviews disponibles parmi les bonus, le réalisateur semble résolument concerné par le sujet, faisant état d’un enthousiasme réel et palpable. Reste que son discours, positif et réjoui (« tout se passe encore mieux que prévu » durant le tournage, selon ses propres dires), ne peut masquer les nombreuses carences de ce qui est tout de même son quatrième long-métrage.

TITRE ORIGINAL Storage 24
RÉALISATION Johannes Roberts
SCÉNARIO Noel Clarke, Davie Fairbanks & Marc Small
PRODUCTION Noel Clarke & Manu Kumaran
CHEF OPÉRATEUR Tim Sidell
MUSIQUE Christian Henson
AVEC Noel Clarke, Colin O’Donoghue, Antonia Campbell-Hugues…
DURÉE 87 mn
ÉDITEUR BAC Films
DATE DE SORTIE En DVD et Blu-ray : le 02 avril 2013
BONUS
Entretiens avec l’équipe du film
Les costumes
La création de l’alien
Le décor
La musique
Bandes-annonces

3 Commentaires

  1. Je ne connaissais pas Storage 24, et apparemment je n’ai pas loupé grand chose, si ?

  2. Ghislain BENHESSA

    Non, effectivement. Pas franchement indispensable. Pour une soirée pluvieuse, éventuellement…

  3. Et encore ! Reste, peut-être, j’écris bien peut-être ces dernières images qui donneraient presque envie (seulement presque) de voir une suite… avec une autre équipe, cela va de soi !

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