GUNS & ROSES

S’il a bénéficié d’une sortie limitée en salles aux États-Unis, EVERLY débarque chez nous en E-Cinema. Derrière ce terme mystérieux se cache la nouvelle marotte des distributeurs français : proposer des films qui débarquent directement en vidéo à la demande tout en leur apportant une exposition plus proche de celle d’une sortie en salles. L’appellation vise sans doute à éviter le label encore infâmant du « direct to VOD » en soulignant le caractère purement cinématographique des œuvres concernées, mais la question qui nous intéresse aujourd’hui est la suivante : EVERLY rentre-t-il réellement dans cette catégorie ?

L’éminemment sympathique Joe Lynch est un réalisateur dont la personnalité donne envie d’apprécier ses films. Le bonhomme est de toute évidence un passionné de genre et s’implique corps et âme dans une multitude de projets relatifs à ce domaine, qu’il s’agisse d’anthologies, de courts-métrages ou même de podcasts. On attend cependant encore de lui qu’il transforme pleinement l’essai derrière la caméra. S’il faisait montre d’un talent certain pour le gore craspec et rigolard dans le sympathiquement débile DETOUR MORTEL 2, sa participation à l’anthologie CHILLERAMA est anecdotique et la production de son second long-métrage vire au cauchemar. Tourné en 2010, KNIGHTS OF BADASSDOM se voit maintes fois repoussé et finit par sortir quelques années plus tard dans l’indifférence générale et surtout dans une version reniée par le réalisateur lui-même, qui explique que les producteurs lui ont confisqué le projet. Avec EVERLY, Joe Lynch trouve donc l’occasion de montrer ce qu’il a réellement dans le ventre avec un projet dont il est à l’origine et sur lequel il a pu garder le contrôle.

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Difficile de ne pas penser très fort au cinéma de Quentin Tarantino en regardant EVERLY. Avec son héroïne prostituée (Salma Hayek) qui démastique du yakuza à la toque tout en essayant de sauver sa mère et sa fille, Lynch marche carrément sur les plates-bandes d’un KILL BILL. La référence est d’autant plus incontournable que son film tente de trouver le même équilibre entre action décomplexée sous influence grindhouse et drame émotionnel axé sur le rapport d’Everly avec sa famille. Mais n’est pas Tarantino qui veut : loin de se compléter harmonieusement, ces deux pôles entrent en conflit, la faute à une juxtaposition trop brutale. On a ainsi bien du mal à se sentir concerné par une scène de pathos quand celle-ci est enchaînée derrière une scène d’action gonzo pur jus, et ce sans aucune transition. En prime, Joe Lynch ne se rend pas service en structurant son récit de manière répétitive et Salma Hayek a beau livrer une prestation habitée, son personnage n’est jamais caractérisé de façon à ce que son humanité vienne contrebalancer ses atours d’héroïne que l’on croirait sortie d’un comics. Le réalisateur passe ainsi à côté de l’élément clé qui aurait pu distinguer son film des innombrables DTV d’action qui pullulent sur les rayonnages et le condamne à n’être qu’un énième avatar de la vague de néo-exploitation.

Le constat est d’autant plus vrai que le réalisateur peine également à donner une identité à son œuvre sur le plan de l’action. EVERLY a beau reposer sur une idée centrale relativement forte pour un film d’action en huis-clos (l’action ne quitte jamais de l’appartement dans lequel Everly est retranchée), le concept ne souffre d’aucune demi-mesure dans la mise en images. S’il fait occasionnellement preuve d’une mise en scène inspirée, Lynch échoue globalement à faire de son décor un personnage à part entière et à en exploiter la géographie de façon inventive. EVERLY sombre donc rapidement dans la répétitivité sur ce point également et n’offre que trop peu de variété dans son action pour susciter l’enthousiasme. À sauver du lot : une approche réjouissante de la violence et une étrange scène mettant Everly aux prises avec un adepte de la torture – qui injecte un grain de bizarrerie inattendue dans un film relativement sage. Reste que le bilan est plutôt mince pour ce qui se voudrait être une véritable pelloche d’action débridée. En effet, même si EVERLY transpire l’envie de bien faire, Joe Lynch n’a pas encore les épaules pour livrer une œuvre à la hauteur de ses ambitions. On lui souhaite de trouver un projet à sa mesure, sous peine de se voir condamné à rejoindre la cohorte de réalisateurs fanboys qu’on apprécie plus pour ce qu’ils représentent que pour ce qu’ils accomplissent.

TITRE ORIGINAL Everly
RÉALISATION Joe Lynch
SCÉNARIO Yale Hannon
CHEF OPÉRATEUR Steve Gayner
MUSIQUE Bear McCreary
PRODUCTION Rob Paris, Andrew Pfeffer, Adam Ripp & Luke Rivett
AVEC Salma Hayek, Akie Kotabe, Laura Cepeda, Hiroyuki Watanabe, Togo Igawa, Jennifer Blanc, Aisha Ayama…
DURÉE 92 min
ÉDITEUR TF1 Video
DATE DE SORTIE 17 Juillet 2015 (en E-Cinema)

1 Commentaire

  1. Ouais dommage, ça aurait pu être beaucoup mieux, cela dit pour voir Salma en nuisette transparente pendant une bonne partie du métrage ça vaut le coup !…

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