GUEULE DE BOIS

Pris en tenailles entre la fin de vie de la PS3 et l’arrivée de la PS4, le modeste PUPPETEER n’aura pas réussi à capter l’attention des joueurs, comme en attestent des chiffres de vente décevants. Une injustice au vu des qualités dont il regorge, que nous allons nous attacher à réparer de ce pas.

Bien qu’on lui doive certains des jeux les plus notables de chez Sony (APE ESCAPE, PATAPON ou les jeux de la Team ICO), le Japan Studio ne se sera hélas guère illustré sur cette génération. THE LAST GUARDIAN, l’ambitieux projet de Fumito Ueda, reste empêtré dans un long development hell (au point qu’il est plus que probable que sa sortie se fasse sur PS4) et le reste de la production du studio aura consisté essentiellement en des jeux sur consoles portables ou en téléchargement, à quelques exceptions près. PUPPETEER arrive donc à point nommé pour rappeler l’importance de ce studio au sein du portfolio de son éditeur. Car s’il ne peut pas se targuer d’un budget similaire à celui des autres gros titres de la console, il ne fait pas moins preuve d’ambition, en cherchant à livrer une expérience originale au sein d’un genre pourtant bien balisé.

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PUPPETEER nous voit donc endosser les épaules en bois de Kutaro, petit garçon kidnappé par le diabolique Roi-Ours de la Lune. Changé en marionnette et privé de tête, il lui faudra récupérer les sept fragments de Pierre de Lune nécessaires au retour de la Déesse de la Lune et battre l’ursidé et ses généraux afin de pouvoir rentrer chez lui. PUPPETEER se présente ainsi sous la forme d’un jeu de plate-formes fondamentalement classique, qui nous fait traverser sept « stages » divisés en trois chapitres chacun, représentant autant d’actes dans la pièce dont nous sommes acteurs. Car PUPPETEER situe son action au sein d’un théâtre de marionnettes et fait se dérouler son aventure sous la forme d’une représentation. Une idée qui n’est pas forcément neuve (le BLACK KNIGHT SWORD de Grasshopper Manufacture l’avait déjà eu auparavant) mais qui vient ici influer sur tous les aspects du jeu, de l’esthétique aux mécaniques en passant par le travail sur la lumière et le son. Ainsi, les actions à l’écran sont régulièrement ponctuées par les réactions du public, l’éclairage du jeu reprend celui d’une scène (jusque dans les projecteurs qui suivent le héros en permanence) et le tout se déroule dans un univers fait entièrement de bois, de carton, de papier mâché et de tissu. Couplé avec la présence d’un narrateur au flegme typiquement britannique, ce dernier point entraîne inévitablement la comparaison avec LITTLE BIG PLANET, mais PUPPETEER propose une expérience bien différente, plus linéaire à dessein mais aux mécaniques plus resserrées (ceux qui ont des problèmes avec le saut flottant de chez Media Molecule devraient trouver leur compte ici). Les deux titres ont cependant en commun de proposer un environnement qui offre au joueur des sensations presque tactiles, renforcées dans le cas présent par un concept central de gameplay qui voit le héros armé d’une paire de ciseaux, dont il se sert pour attaquer les ennemis ou progresser dans les niveaux en découpant le décor. PUPPETEER offre ainsi au joueur une connexion physique à l’action, comme on en trouve rarement dans le genre.

Le Japan Studio parvient ainsi à obtenir une excellente osmose entre le fond et la forme de son jeu, y compris par un travail inattendu sur l’écriture. Si le jeu de plate-formes est par essence un genre pouvant se passer de narration, le concept même de PUPPETEER replace l’histoire au cœur de ce projet articulé autour d’une représentation théâtrale. S’il peut par endroits se révéler intrusif (les cut-scenes introduisant chaque chapitre trainent parfois en longueur), le script n’est jamais rien moins que charmant, manie le verbe avec habileté, revisite avec bonheur une vaste gamme de genres (on se retrouvera ainsi à traverser des niveaux basés sur la piraterie, le western ou l’horreur) et surtout retranscrit parfaitement le plaisir simple que l’on peut éprouver face à un spectacle de marionnettes.

Aussi réussi qu’il soit sur le plan esthétique et narratif, PUPPETEER n’est cependant pas exempt de défauts. On aurait par exemple aimé que la très bonne idée de donner à Kutaro toute une batterie de têtes de rechange ait une réelle utilité dans le gameplay plutôt que de ne servir qu’à des points fixes à récupérer des objets ou débloquer des niveaux bonus. Ou bien que de nouveaux systèmes de gameplay soient introduits au-delà de la moitié du jeu, qui finit quelque peu par ronronner. Mais baste, les bons jeux de plate-formes sont devenus suffisamment rares pour ne pas bouder son plaisir lorsque l’on en voit débarquer un doté d’une identité forte et d’une proposition originale. Prenez votre place et profitez du spectacle, vous ne le regretterez pas.

TITRE ORIGINAL Puppeteer
GENRE Plate-formes
ÉDITEUR Sony Computer Entertainment
DÉVELOPPEUR SCE Japan Studio
CONSOLE PS3
DATE DE SORTIE 11 Septembre 2013

1 Commentaire

  1. LordGalean

    bien avant Black Knight Sword, et qui reprennait déjà ce principe de métajeu qui commence dans un « théâtre », il y avait The Gun Stringer par les créateurs de The Maw et Splosion Man 🙂

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