GRANDE VENGEANCE ET FURIEUSE COLÈRE

À l’heure qu’il est, vous avez sûrement vu LES 8 SALOPARDS, qui constitue quoi qu’on en dise l’un des grands événements cinématographiques de ce début d’année 2016. Forcément, on se devait de revenir sur le « 8ème film de Quentin Tarantino » en détails, une fois la surprise du film digérée. Car comme toujours chez QT, un genre en cache généralement un autre, comme c’est le cas sur LES 8 SALOPARDS, qui part du western pour dériver vers… autre chose !

Il est acquis que la cinéphilie de Quentin Tarantino est au cœur de son cinéma. Le cinéaste lui-même est d’ailleurs le premier à nourrir la presse et la critique de ses propres intentions, expliquant à longueur d’interview ce qu’il a cherché à faire dans chacun de ses films, d’un point de vue thématique comme cinématographique. La méthode a du bon et du moins bon. D’un côté, elle permet à QT de surligner son talent en accumulant les arguments et d’apparaître ainsi comme le premier à construire sa propre légende extra-cinématographique, allant même jusqu’à prétendre récemment qu’il allait arrêter sa carrière de cinéaste à dix films (il ne lui resterait donc plus que deux longs-métrages à tourner). De l’autre, il donne des munitions à ses détracteurs, qui le traitent généralement d’usurpateur (puisqu’il admet « voler » les films des autres) et lui reprochent, sans vraiment connaître les films pillés, de faire du « cinéma patchwork » (et pour cause, à l’époque de la VHS et du LD, ils étaient très difficiles à voir et ont fini par ressortir de l’anonymat grâce au succès des films de… Tarantino !). C’est un fait, même si le cinéma de Quentin Tarantino fédère le public, il divise l’opinion. Et pour cause, puisque même si la patte du cinéaste est reconnaissable sur chacun de ses films, celui-ci a vraiment à cœur de surprendre le spectateur à chaque projet, en lui présentant des situations relativement inattendues, voire en changeant brutalement de genre en cours de route. C’est dans ce cadre que la cinéphilie de Quentin Tarantino est très spécifique et particulièrement intéressante à décortiquer, puisque le cinéaste ne puise pas dans les œuvres des autres pour tenter d’en retrouver la saveur mais au contraire pour produire quelque chose d’unique, et ce malgré son style si particulier et reconnaissable. Car plus encore qu’un cinéphile fétichiste (ce qu’il est assurément), QT est un véritable théoricien du cinéma. Concrètement, comment est-ce que cette notion s’applique à son travail ? Comme tous les cinéphiles imaginatifs, Tarantino s’amuse à développer différentes théories sur ses films, genres et sous-genres préférés en y appliquant une logique qui lui est propre, mais qu’il parvient néanmoins à rendre cohérente pour les besoins de sa narration. Ainsi, cette matière réflexive est infusée dans ses scripts, jusque dans les moindres détails, de manière à faire rentrer les spectateurs potentiels dans sa propre cinéphilie, qui elle-même nourrit son propre travail cinématographique. C’est ce qui fait que JACKIE BROWN n’est pas tant le renouveau de la blaxploitation qu’une superbe histoire d’amour impossible rarement représentée dans le genre, que BOULEVARD DE LA MORT s’avère autant être un slasher qu’un « film de caisses » à la façon de POINT LIMITE ZÉRO ou encore que DJANGO UNCHAINED s’appuie sur le western pour loucher sur… la blaxploitation. Même s’il débute lui aussi comme un pur western, LES 8 SALOPARDS n’échappe pas à la règle. Mais le changement de genre amorcé dans le « 8ème film de Quentin Tarantino » est probablement le plus surprenant de tous, et ce malgré tous les indices parsemés ici et là par le cinéaste !

LES 8 SALOPARDS débute donc par un argument de western relativement classique : le chasseur de primes John Ruth (Kurt Russell) doit convoyer la dangereuse hors-la-loi Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh) jusqu’à la petite ville de Red Rock pour la mener tout droit à la potence et encaisser sa récompense. En chemin, il croise deux hommes qu’il accepte d’aider à contrecœur : le major Marquis Warren (Samuel L. Jackson) et Chris Mannix (Walter Goggins), le nouveau shérif de Red Rock. La tempête de neige qui se profile à l’horizon les oblige à faire un arrêt à quelques kilomètres de la ville, dans l’auberge de l’accueillante Minnie. Sur place, ils vont faire connaissance avec un groupe de personnes d’autant plus suspectes que Minnie n’est pas là pour les accueillir. John Ruth décide alors de s’unir avec Marquis Warren pour débusquer les hors-la-loi qui seraient là pour aider Daisy à s’échapper. C’est en abordant ainsi le huis clos sous la forme d’un multiple whodunit que le film glisse doucement vers un autre genre, qu’il va progressivement investir par paliers. Dans sa construction du huis clos, on pourrait évidemment comparer LES 8 SALOPARDS à RESERVOIR DOGS puisque les deux films présentent certaines situations similaires. On y retrouve ainsi la recherche du ou des traîtres, les différentes alliances inattendues, la petite histoire dans la grande (dans sa forme narrative et sa propension à entourlouper les autres personnages, le récit salace du major renvoie à la fausse histoire de M. Orange) et d’autres détails encore, des connivences dont le cinéaste a très probablement conscience. Et on pourrait également arguer que le film est certainement l’œuvre la plus politique de Quentin Tarantino, puisque le cinéaste aborde très explicitement son décor principal comme une métaphore des Etats-Unis, en mettant chaque bord face à ses propres contradictions. L’analyse et la relecture de l’Histoire avec un grand h est au cœur du cinéma de Quentin Tarantino depuis INGLOURIOUS BASTERDS et DJANGO UNCHAINED, et il ne fait aucun doute que cet aspect risque bien d’interpeller les spectateurs (notamment américains, surtout à quelques mois des élections présidentielles) et les historiens de tous poils. Mais même si Tarantino affirme que son travail est de plus en plus littéraire (ce qui n’est pas étonnant, puisque sa méthodologie consiste à écrire sous forme de roman, puis à adapter la matière en scénario), il faut reconnaître que LES 8 SALOPARDS fascine par sa manière de se réapproprier un certain langage cinématographique, afin d’optimiser ce qui a été couché sur le papier, voire susceptible d’être interprété sur une scène de théâtre.

De fait, le meilleur moyen d’apprécier LES 8 SALOPARDS est effectivement dans sa version 70mm, même si ce n’est pas une mince affaire chez nous étant donné qu’une seule copie circule dans toute la France. Il y a bien évidemment le plaisir fétichiste (on y revient) de pouvoir vivre une expérience cinématographique d’époque, avec ouverture et entracte, un peu comme cette tentative nostalgique que les spectateurs européens n’ont pas eu l’occasion d’expérimenter à l’époque où Quentin Tarantino avait cherché à faire revivre le double-programme avec GRINDHOUSE en 2007. Puis l’idée de pouvoir revoir un western, genre cinématographique par excellence, en grand format, est une proposition difficile à refuser. Mais en vérité, et c’est un véritable tour de force par les temps qui courent, le 70mm amplifie le huis clos mis en place par le cinéaste, à la fois dans la mise en scène du suspense comme dans la révélation thématique du film. En effet, s’il est acquis que le format 70mm est idéal pour mettre en valeur l’étendue des vastes plaines enneigées (et sur ce point, le générique d’ouverture du film, rythmé par ce formidable thème du mal insidieux signé Ennio Morricone, est magnifique), il prend ici tout son sens dès que le cinéaste enferme les « huit salopards » en titre dans l’auberge de Minnie. Il suffit d’ailleurs de jeter un œil sur le premier plan d’intérieur du film pour prendre conscience de la façon dont Quentin Tarantino va jouer avec l’espace pour mettre en place les interactions entre les principaux protagonistes, tout en impliquant les spectateurs dans la mécanique du huis clos : le général Smithers (Bruce Dern) et Oswaldo Mobray (Tim Roth) sont assis l’un face à l’autre, autour d’un jeu d’échecs, occupant ainsi chacun un angle du scope. En arrière-plan, John Ruth et Daisy Domergue pénètrent dans les lieux par l’entrée principale et sont interpellés par un protagoniste présenté hors-champ, qui leur aboie dessus afin qu’ils referment la porte en la clouant avec des planches. Pris de façon littérale, ce plan accomplit sa fonction scénographique (en plaçant le spectateur dans le décor) tout en divulguant déjà quelques indices sur les prochaines séquences du film, et notamment sur une future action hors champ qui va littéralement faire basculer le film dans le cinéma d’horreur pur. À ce titre, il est évident que l’entracte de la version 70mm est judicieusement employé, puisqu’il se situe juste avant le changement brutal de genre (entre les chapitres 3 et 4) ce qui accentue d’autant plus la perte de repère des spectateurs, comparable à celle des protagonistes principaux.

Jusqu’à l’arrivée de cet entracte, LES 8 SALOPARDS fonctionne comme un faux murder mystery à la manière des romans d’Agatha Christie, dont les principaux indices sont parsemés à travers une étude de caractères qui dévoile les concordances et conflits reliant les personnages. C’est ainsi que la révélation autour de la fameuse lettre de Lincoln remet en question la relation de confiance entre John Ruth et Marquis Warren ou encore que les questionnements de ce dernier sur l’absence de Minnie tendent à creuser l’énigme autour des éventuels complices de Daisy. Mais l’introduction – à la fois littérale ET métaphorique – du poison dans le récit transforme cette atmosphère mystérieuse en sentiment de paranoïa profond, radicalisé par les éruptions de gore aussi réjouissantes qu’inattendues. On l’a dit, le cinéma de Tarantino s’appuie sur les films des autres pour exister, et s’il y a bien une œuvre à laquelle LES 8 SALOPARDS rend particulièrement hommage, c’est certainement THE THING, le chef d’œuvre de John Carpenter : l’emploi de la musique originale de Morricone, la menace du grand froid, la violence graphique assez radicale, la paranoïa diffuse, la présence de Kurt Russell… Et pourtant, au-delà même de la référence et de certaines séquences détournées, LES 8 SALOPARDS trace son propre sillon, employant cette impulsion initiale pour rentrer de plain-pied dans ce sous-genre horrifique qu’est le film de « Body Snatchers », diluant par là même l’élément fantastique dans la thématique du film. Ainsi, la fameuse séquence du test sanguin de THE THING prend ici la forme d’un interrogatoire dans lequel chaque élément susceptible de faire ressortir la vérité est proprement édicté par l’écriture habituelle de Tarantino, qu’il s’agisse du fauteuil de Sweet Dave ou du ragoût de Minnie par exemple. La logique de déduction finit par alimenter la paranoïa, en même temps que Tarantino profite de la situation pour révéler au grand jour la véritable personnalité de Daisy Domergue, la faisant passer du statut de victime malmenée à celui de manipulatrice machiavélique. Ici, les attributs du gore (comme si le personnage se nourrissait du sang de ses victimes) servent d’ailleurs à la diaboliser à outrance aux yeux des spectateurs – jusqu’alors plutôt enclins à l’empathie à son égard. Et c’est le visage recouvert de sang que Daisy Domergue révèle ainsi sa nature corruptrice, prête à détourner n’importe quelle personne de ses propres convictions, surtout maintenant qu’elle est libérée de ses chaînes et, du même coup, du personnage connaissant le mieux ses véritables intentions.

Résumons : jeu d’indices qui finit peu à peu par instiller une ambiance paranoïaque, allers-retours narratifs oscillants entre la vérité et le mensonge (de la séquence racontée par Marquis au Général Smithers jusqu’aux interrogations finales sur l’éventuelle volte-face du shérif Mannix), éruptions de gore surprenantes mais profondément viscérales, figure du croquemitaine à visage humain (en cela, la séquence de la chanson tend énormément à humaniser Daisy), tentative de corruption de l’âme humaine… LES 8 SALOPARDS ne glisse jamais dans le cinéma fantastique à proprement parler. Mais le film charrie pourtant de nombreux éléments thématiques du cinéma d’horreur qu’un théoricien du cinéma comme Quentin Tarantino ne peut pas avoir agencé par hasard, surtout en regard de sa référence principale, THE THING étant l’une des œuvres maîtresses du sous-genre qu’est le film de « Body Snatchers ». Et même si les deux films se répondent parfois, LES 8 SALOPARDS ne se débarrasse jamais des oripeaux du western, ce qui tend encore plus à diluer ce changement de genre dans une approche spécifiquement thématique. En cela, l’utilisation du format 70mm ne permet pas seulement de favoriser l’immersion du spectateur dans la scénographie précise de Quentin Tarantino (hors-champ, bord-cadre, direction de regard), elle fait office d’acte cinématographique militant qui prend tout son sens au sein d’une industrie qui ne regarde plus que dans une seule direction : « Je ne suis pas sûr que nous donnons beaucoup de raisons aux spectateurs de quitter leur maison pour aller au cinéma » a déclaré Quentin Tarantino durant la promotion du film en décembre dernier. « Je ne veux pas donner l’impression d’être un disque rayé, mais je pense vraiment que la production, les tournages et la projection en numérique y sont pour quelque chose. Pour moi, cela revient à mater un DVD, donc autant rester à la maison. Pour tout dire, les films que je serais allé voir en salles il y a dix ans, j’attends de pouvoir les regarder chez moi désormais ». Une telle déclaration à contre-courant de la tendance actuelle peut paraître rétrograde et passéiste mais il n’en est pourtant rien. Plus encore que l’outil, Quentin Tarantino fustige la méthodologie qui tend à uniformiser le courant cinématographique hollywoodien du moment. Bien sûr, il est possible de découvrir et apprécier LES 8 SALOPARDS dans le format de diffusion le plus courant, ce qui ne retire rien à ses pures qualités cinématographiques. Mais on se plaît à penser que le fait que le cinéaste actuel le plus ouvertement cinéphile (du moins aux yeux du grand public) aborde une thématique sur les dangers de la dépersonnalisation et de l’uniformisation en employant l’un des formats les plus cinématographiques qui soit n’est pas totalement anodin. Et si LES 8 SALOPARDS redonne ses lettres de noblesse au format large sans jamais céder à la facilité, c’est aussi du fait de sa spécificité. Après tout, il s’agit d’un « western horrifique en huis-clos et en 70mm », une catégorisation qui tend à le rendre particulièrement unique et ce malgré la popularité de son auteur. Et c’est bien toute la beauté du cinéma de Quentin Tarantino : pouvoir proposer une œuvre à la fois familière et totalement surprenante à la fois. En cette période de transition cinématographique et de formatage de la narration visuelle, ce n’est pas un mince exploit !

TITRE ORIGINAL The Hateful Eight
RÉALISATION Quentin Tarantino
SCÉNARIO Quentin Tarantino
CHEF OPÉRATEUR Robert Richardson
MUSIQUE Ennio Morricone
PRODUCTION Stacy Sher, Shannon McIntosh, Richard N. Gladstein
AVEC Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Tim Roth, Michael Madsen, Walton Goggins, Bruce Dern…
DURÉE 168 mn
DISTRIBUTEUR SND
DATE DE SORTIE 06 janvier 2016

14 Commentaires

  1. Fest

    Chouette papier qui rend justice à ce film unique, et notamment au choix étonnant du huis-clos en 70 mm (le format est vraiment utilisé à fond, QT filme son intérieur sous tous les angles).

    Petite remarque d’ordre grammaticale : sauf erreur de ma part « oscillant » est ici utilisé comme participe présent et ne s’accorde pas (si je me plante n’hésitez pas à me corriger ou à virer mon commentaire).

  2. Fest

    (et en plus j’arrive à faire une faute à « grammatical » dans mon commentaire, ou comment perdre toute crédibilité)

  3. mushu

    Excellent papier qui donne envie de revoir ce non moins excellent film

  4. Grunorkt

    S’il vous plaît, arrêtez de parler du format 70 mm alors que vous parlez du ratio 2,76:1 !

    • Fest

      Ben l’un implique l’autre, non ?

      • O'Brian

        Non, l’un n’implique pas forcément l’autre. Mais Grunorkt a tout de même tors de dire que Stéphane ne parle que du ratio.
        Ici, la définition est très importante. On peut avoir un ratio 2,76:1 avec un div-x de merde calibré à 276×100 pixels. Ca ne rendra rien comparé à une projection en pellicule 70mm. Je ne connais pas le rapport officiel mais, à mon avis, du 70mm (défilement vertical), c’est au minimum du 8K. Peut-être bien plus !
        Ensuite, il y a le « rendu pellicule », que l’on a peu à peu oublié depuis que les salles sont numériques. Il est expliqué avant la projection du film.
        Pour finir, ce film présente plus de scènes et un entracte dans sa version 70mm.
        Nous sommes donc très loin d’une simple question de ratio.

        • Grunorkt

          En lisant, je ne trouve pas que Stéphane rappelle l’importance de la qualité de la définition de la pellicule 70 mm. Le paragraphe sur ce sujet est clairement une analyse de la construction spatiale que permet le ratio, plutôt qu’une admiration pour une qualité perdue par le numérique, si ce n’est le fétichisme de la projection en pellicule.

          J’en prends pour exemple ces extraits : « Mais en vérité, et c’est un véritable tour de force par les temps qui courent, le 70mm amplifie le huis clos mis en place par le cinéaste, à la fois dans la mise en scène du suspense comme dans la révélation thématique du film. En effet, s’il est acquis que le format 70mm est idéal pour mettre en valeur l’étendue des vastes plaines enneigées (et sur ce point, le générique d’ouverture du film, rythmé par ce formidable thème du mal insidieux signé Ennio Morricone, est magnifique), il prend ici tout son sens dès que le cinéaste enferme les « huit salopards » en titre dans l’auberge de Minnie. Il suffit d’ailleurs de jeter un œil sur le premier plan d’intérieur du film pour prendre conscience de la façon dont Quentin Tarantino va jouer avec l’espace pour mettre en place les interactions entre les principaux protagonistes, tout en impliquant les spectateurs dans la mécanique du huis clos : le général Smithers (Bruce Dern) et Oswaldo Mobray (Tim Roth) sont assis l’un face à l’autre, autour d’un jeu d’échecs, occupant ainsi chacun un angle du scope. En arrière-plan, John Ruth et Daisy Domergue pénètrent dans les lieux par l’entrée principale et sont interpellés par un protagoniste présenté hors-champ, qui leur aboie dessus afin qu’ils referment la porte en la clouant avec des planches. » ; « En cela, l’utilisation du format 70mm ne permet pas seulement de favoriser l’immersion du spectateur dans la scénographie précise de Quentin Tarantino (hors-champ, bord-cadre, direction de regard) »

          Je n’y vois aucune allusion à la définition de l’image, pour ma part.

          Enfin, O’Brian, les arguments du « rendu pellicule », de l’entracte et des scènes supplémentaires n’en sont pas car ils ne sont pas inhérents au format 70 mm. QT aurait su très bien se débrouiller avec une pellicule 35 mm noir et blanc et un ratio de 1.33:1 pour nous sortir un film de quatre heures, avec des scènes ajoutées pour récompenser le cinéphile.

          Et Stéphane analyse bien ces éléments comme du fétichisme, certes militant, mais qui représente bien la marginalisation de QT dans ses choix artistiques : ce n’est pas tant le 70 mm qu’il a choisi pour ce film mais un support qui lui permet d’exprimer sa théorie du cinéma, loin des standards de production actuelle qui fournissent du produits télévisuels.

          • O'Brian

            J’ai un petit peu de mal à comprendre ta réflexion en fait. Que cherches-tu à démontrer ?

            De mon point de vue, mais je ne peux évidemment pas parler au nom de Stéphane, il est totalement implicite qu’il ne parle pas QUE du ratio mais bien du format dans son ensemble (le ratio n’étant qu’un élément du format 70mm – lors d’une projection en 70mm pellicule évidemment).

            Je me pose quand même une question en te lisant : as-tu vu ce film projeté dans ce format ? En te lisant, je n’en suis pas certain…

            Pour ma part, j’ai eu la chance d’assister à une projection 70mm sur Paris et c’était un grand moment. Je ne partais pourtant pas gagnant. Je ne comprenais pas l’utilité d’un tel format pour un huis clos. Ca me semblait contre-productif. Mais j’ai rapidement changé d’avis en cours de projection !
            La taille de l’image et sa définition lui permettent de traiter l’espace clos d’une façon très intéressante. L’image est tellement grande qu’on ne peut pas tout observer d’un coup alors qu’il le faudrait. Il y a souvent beaucoup d’informations dans ses plans, avec des personnages aux extrémités du cadre le rendant, à mon sens, impossible à recadrer. Les gros plans sont également très impressionnants. Plus que les plans larges pour moi. Nous avons rarement la chance de voir des gros plans si définis.
            Je n’y vois donc pas que du fétichisme. Il y en a, oui, mais il ne s’est pas réduit à ça pour ce film. Me semble-t-il.

            Et pour reprendre un de tes commentaires : le rendu pellicule fait bien parti du format de projection 70mm. Tu ne l’acceptes pas car tu le résumes à un simple ratio.

            Idem pour l’entracte et les scènes supplémentaires qui sont inhérentes à la projection 70mm POUR CE FILM.

            Je pense que le spectacle ne sera pas le même en vidéo. Il y a un côté « tour de manège », si tu vois ce que je veux dire (regarder une vidéo de montagnes russes sur ton téléphone ne sera rien en comparaison du véritable ride). Pour moi, le vivre dans la salle apporte un vrai plus. C’est comme découvrir un film en vrai IMAX 70mm et ensuite le revoir en vidéo. Ou mieux, regarder un film en Showscan et ensuite le revoir à la télé. Le film est le même, mais l’expérience est totalement différente.

      • Grunorkt

        Eh bien non ! Je mets le lien vers le Wiki anglais car il est mieux détaillé : https://en.wikipedia.org/wiki/70_mm_film

        Mais comme indiqué, le ratio du 70 mm est plutôt 2.20:1 (« Tomorrowland » est dans ce ratio), le 2.76:1 est rendu grâce à une lentille anamorphique, comme pour le Scope à l’époque.

        Finalement, le 70 mm n’est qu’un support, comme le sont le 35 ou le 16 mm, pour ne citer qu’eux.

        • O'Brian

          Encore une fois, j’ai du mal à comprendre ce que tu cherches à démontrer.

          Tu dis « et bien non » pour quoi exactement ?

          Certains films tournés en 70mm sont en 2.20:1 (super panavision 70) et d’autres en 2.76:1 (ultra panavision 70). Exact.
          Ca signifie donc que le 70mm n’implique pas obligatoirement le 2.76:1, comme le disait Fest. Je ne voulais rien dire d’autre.

          • Grunorkt

            Le « eh bien non » répondait à Fest mais le commentaire est arrivé en dessous des autres… Et relis son commentaire car il dit l’exact inverse.

            Non, je n’ai pas vu ce film, ni dans ce format ni dans un autre, et là n’est pas la question.

            Je comprends très bien ce que tu veux dire par le « rendu pellicule », l’entracte ou les scènes supplémentaires, mais ce que je veux « démontrer », c’est que tu ne peux pas associer ces éléments qu’au format 70 mm. Tu te rattrapes en disant « POUR CE FILM » et c’est justement ce que j’expliquais : ces éléments ne sont pas inhérents au 70 mm mais à CE film. Tout simplement.

            Qu’est-ce que le « rendu pellicule » ? Sa définition ? Son grain ? Son usure ? Le défilement perceptible ? Ce sont des choses que tu peux très bien ressentir avec du 35 mm – une belle copie restaurée avec un projecteur bien calibré, je peux te dire que tu seras tout autant ébahi.

            Pour finir, non je ne résume pas le 70 mm à son ratio car je n’accepterais pas ses qualités. J’insiste simplement sur l’amalgame entre le ratio et le support choisis par QT lors de l’analyse de l’espace de la mise en scène.

  5. youli

    Beau papier notamment sur la capacité de Tarantino à mélanger les genres tout en théorisant dessus. Pour le thème des body snatchers, j’ai même pensé à Evil Dead pendant la projection, avec ce côté cabane isolée, contamination progressive, explosions gore exagérées, trappe menant à la cave et mêmes quelques moments comiques surprenants.
    Par contre je sais pas si ce n’est que moi mais j’ai jamais eu d’empathie pour Daisy, qui est direct présentées comme une criminelle raciste (encore plus que les autres) et provocatrice (le coup de la lettre souillée par exemple), même si sa gouaille et son assurance la rendent évidemment séduisante. D’ailleurs ça rejoint un peu ma petite déception sur le manque de surprise du film, en tout cas dans son déroulé scénaristique. Heureusement le sous-texte et l’esthétique sont suffisamment riches pour rattraper tout ça.

  6. q-tip45

    Très bon papier , joliment détaillé , mais reste que ça n’explique pas son manque de cohérence et de substance . Le mélange des genres et les ruptures de ton sont mal gérées contrairement a tout ses autres films , sans parler des incohérences énormes qui prédominent le scénario (rien que le plan déguisé des salopards n’a pas de sens si on reflechis bien) . En faite je n’ai jamais ressentit de paranoia car tout est trop prévisible (la mise en scène y arrive mais sa ne repose sur rien) , quand il y a un meurtre a l’écran on le voit venir 10 min avant qu’il se produise, on connait Tarantino et on sait très bien que le monologue du Major Warren découlera sur un meurtre .

    La violence et la bad attitude est tellement surligné qu’elle ne fait plus aucun effet, on a l’impression d’un Tarantino qui se galvanise de ses propres gimiks sans chercher a les faire évoluer au seins de véritables enjeux ni de surprendre le spectateur émotionellement .Les allers-retours narratifs oscillants entre la vérité et le mensonge ne fonctionnent pas, je m’en foutais que les personnages mentent ou pas car sa ne repose sur rien , pourquoi s’intéresser a ce qu’ils disent quand ils n’ont aucuns interet a nos yeux ..on a aucun partis pris pour aucun des personnages… La ou ce jeu de « mensonge/vérité » aurait du surprendre le spectateur émotionnellement car fortement impliqué dans une véritable histoire aux enjeux solides et aux personnages vraiment développés , la dans Les 8 salopards tout ce micmac semble tourner a vide ..

    Quand le Major un moment admet avoir mentit a John Ruth (sur ce que vous savez) , sa ne provoque absolument rien, on se dit juste qu’ils sont tous capables de mentir tous autant les uns que les autres et que donc autant pas les croire , d’ailleurs j’ai même eu la sensation de voir Tarantino a travers le personnage de Samuel Jackson qui derrière sa camera balade le spectateur d’un air moqueur, y’a cette espèce de cynisme sous-jasent qui me dérange beaucoup surtout quand ce qu’il fait au final ne fonctionne pas .

    Enfin voila je trouve que le film manque de cohérence, les personnages manquent de consistances , on ne croit a aucun des 8 salopards donc a quoi bon vouloir nous impliquer dans leurs mensonges .. D’ailleurs le mexicain fait vraiment « déguisé » , même si ça peut coller avec le propos du film qui joue sur l’identité des ses perso sa fait très fake quand même .. Sa manque aussi d’enjeux , d’histoire , on ne sait rien presque rien de nos 8 salopards car ils n’ont aucuns background ..

    Tous ça en 3H , quand je vois ce que Tarantino a réussis a nous faire en un peu plus de 4 heures avec les Kill Bill (même si je considère vraiment les 2 films comme un diptyque car les 2 sont traités sous un angle très différents) que se soit la richesse de la mise en scène et des thématiques, je trouve Les 8 salopards bien pauvre a coté

  7. Exarkun

    Superbe papier. Je n’ajouterai qu’une chose. Une fois de plus la direction d’acteur de QT fait des merveilles. Seul le jeu de Tim Roth m’a gêné, me donnant l’impression de faire du Waltz. Sinon, les voir jouer et débiter leurs dialogues un est pur régal !

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