GIBIER DE POTENCE

Pendant plusieurs années, les démêlés de Wesley Snipes avec le fisc américain ont eu raison de la carrière de l’interprète de BLADE, qui a enchaîné les « direct-to-video » tel le premier Steven Seagal venu. GALLOWWALKERS est d’ailleurs le dernier film que la star déchue a tourné avant de purger sa peine de prison. EXPENDABLES 3 oblige, il débarque aujourd’hui dans les bacs français.

D’abord annoncé en 2005 sous le titre WRETCHED et avec Chow Yun-fat dans le rôle principal, GALLOWWALKERS a connu une longue et douloureuse gestation avant de sortir en 2013, près de trois ans après avoir été terminé. Rien d’étonnant à ce que le produit fini affiche de façon évidente les stigmates de sa genèse compliquée. GALLOWWALKERS voit Wesley Snipes endosser les bottes de cow-boy d’Aman, un pistolero souffrant d’une étrange malédiction : tous ceux qu’il abat reviennent à la vie. Afin d’assouvir sa vengeance contre les hommes ayant causé la mort de sa bien-aimée, Aman se paye les services d’un jeune homme et part à la chasse aux morts-vivants. Sur la base de son pitch et de la présence de Snipes en héros, on peut s’imaginer avoir à faire à une déclinaison de BLADE en mode western, les zombies remplaçant ici les vampires d’antan. Le réalisateur Andrew Goth semble cependant avoir eu à cœur d’éviter cette comparaison et de s’extraire de l’ornière du DTV, notamment par le biais d’une image travaillée, ou du moins plus propre que le tout-venant du genre. Son film évite ainsi de ressembler à un énième produit tourné dans les pays de l’Est, les paysages naturels de Namibie étant bien mis en valeur par un Scope soigné et des cadrages directement empruntés à la grande tradition du western.

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Reste que si les intentions sont louables, elles se heurtent malheureusement à une narration confuse et particulièrement elliptique. Le choix d’illustrer un simple récit de vengeance par le biais d’une temporalité déstructurée s’avère ainsi désastreux, obscurcissant inutilement les enjeux pourtant minces de l’intrigue. Autre problème : le réalisateur peine à donner corps à l’univers du film, qui n’est jamais réellement défini alors que le récit refuse par ailleurs d’adhérer aux quelques règles déjà établies. GALLOWWALKERS échoue ainsi à impliquer son spectateur, et ce ne sont pas les maigres duels qui saupoudrent le film, ou encore les emprunts trop évidents pour être honnêtes au cinéma de Sergio Leone (dont la reprise sans vergogne d’une des plus célèbres répliques d’IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST) qui parviendront à le sortir de sa torpeur. D’autant qu’il faut en prime subir le spectacle d’un Wesley Snipes peu impliqué, qui se contente de prendre la pose et de grogner ses répliques sans conviction, probablement trop accaparé par ses problèmes personnels pour chercher à faire croire à son personnage. GALLOWWALKERS sent de toute évidence le rafistolage lié à ses problèmes de production, puisqu’il cumule d’autres aberrations comme la présence dans un rôle éclair du comédien Patrick Bergin (pourtant seul autre nom connu au casting – des coupes drastiques au montage ?), ou encore l’emploi d’une voix-off ostensiblement assurée par un autre comédien que Wesley Snipes, alors qu’il s’agit des pensées de son personnage ! Gageons qu’il ne restera rien d’autre de cette petite production oubliable que l’ultime témoignage d’une période révolue où Wesley Snipes pouvait se compromettre dans des projets indignes de son talent. EXPENDABLES 3 n’est peut-être pas le grand succès escompté, mais reste néanmoins un premier pas vers une seconde partie de carrière susceptible de permettre à la star de BLADE de faire à nouveau preuve de son considérable talent.

TITRE ORIGINAL Gallowwalkers
REALISATION Andrew Goth
SCENARIO Joanne Reay et Andrew Goth
CHEF OPERATEUR Henner Hoffman
MUSIQUE Stephen Warbeck et Andrew Glen
PRODUCTION Brandon Burrows
AVEC Wesley Snipes, Kevin Howarth, Riley Smith, Tanit Phoenix, Patrick Bergin…
DUREE 92 min
EDITEUR M6 Video
DATE DE SORTIE 22 Août 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
Making-of
Bande-annonce

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