GHOSTS OF MARS

Si RED FACTION : GUERRILLA avait eu du mal à trouver son identité, la faute à un scénario décousu et un monde ouvert un peu vide, il avait eu le mérite de faire une véritable démo technique du moteur maison spécialisé dans le « tout destructible », à savoir GeoMod. Moins axé sur cet aspect, RED FACTION : ARMAGEDDON se veut une suite plus mature, quitte a changer la formule de fond en comble pour obtenir les faveurs des fans de GEARS OF WAR.

L’histoire de RED FACTION : ARMAGEDDON se déroule toujours sur Mars, deux générations après la mort d’Alec Mason, qui avait donné généreusement de sa personne pour libérer la planète rouge de l’emprise de la maléfique « Earth Defence Force » (EDF, rien à voir avec le nucléaire). Engagé lui aussi dans la « Red Faction », Darius Mason est confronté à l’ennemi de son grand-père, un certain Hale qui a décidé unilatéralement de faire sauter le seul terraformeur de Mars. La course poursuite s’enchaine et le moins que l’on puisse dire c’est que la mission est un cuisant échec : le terraformeur est détruit, l’atmosphère devient nauséabonde et nous voilà relégué dans les entrailles de Mars. Devenu simple soldat rongé par la culpabilité de ne pas avoir défendu le terraformeur, Darius doit désormais faire ses preuves pour gagner la confiance du peuple et de sa hiérarchie. Acceptant les moindres boulots alimentaires pour survivre, il est piégé par Hale et descelle, sans le vouloir, une tombe renfermant une race de créatures hostile : il y a de la vie sur Mars ! Le ton est donné : fini le monde ouvert, place à un mode de jeu classique à la progression linéaire, le tout entrecoupé de cinématiques qui faisaient cruellement défaut pour la bonne compréhension narrative de RED FACTION : GUERRILLA. Pour autant, même si ces séquences nous permettent d’en découvrir un peu plus sur l’univers de RED FACTION, elles ont régulièrement la fâcheuse tendance de nous couper dans l’action pour proposer… de l’action ! Mais attention, ces passages ne profitent pas forcément de l’aspect spectaculaire du genre pour en mettre au moins plein la vue. Au contraire, ce sont des brefs passages narratifs souvent dénués d’enjeux pour les niveaux à venir, mais qui font néanmoins le lien entre les divers évènements. En bref, le contenu des cinématiques aurait souvent pu être jouable, ce qui peut s’avérer frustrant, d’autant que les développeurs de Volition ont du mal à cacher leurs diverses influences. On pense évidemment à GEARS OF WAR, qui se pose là en matière de TPS de science fiction guerrière, mais également à GHOSTS OF MARS (le look de Hale et le point de départ de la menace) ou encore à ALIENS (encore plus ici que dans GUERRILLA, puisqu’en plus des divers exosquelettes, on retrouve des créatures grouillantes et leur Reine, carrément !) et TOTAL RECALL pour l’argument de science-fiction pure. Ce n’est pas l’originalité qui étouffe RED FACTION : ARMAGEDDON, à tel point que même l’argument vaguement politique (et aux légères sympathies communistes) de la licence est également mis au placard.

Par contre, cet épisode continue son oeuvre de bienfaisance bourrine, en proposant au joueur toute une série d’armes toutes plus marrantes les unes que les autres. On a le droit pêle-mêle à un fusil à double aimant qui permet de creer un champ de force entre les deux points visés, et d’écraser ce qui se trouve au milieu, un trou noir portatif (oui monsieur !), des fusils désintégrants ou encore des lance-roquettes à tête chercheuses. Mais contrairement à RED FACTION : GUERRILLA, une bonne partie des décors n’est tout simplement pas destructible, et seuls certains types de constructions lâchent le précieux métal qui sert de monnaie courante susceptible d’acheter les améliorations de rigueur. Forcément, le fait de contraindre le gameplay de la sorte limite l’envie de tout casser, ce qui est d’autant plus frustrant et dommageable que le moteur fonctionne très bien et s’avère même impressionnant quand on commence à arroser les alentours à coups de roquettes et autres grenades aimantées. Pour assouvir notre soif de bourrinage, on se consolera avec les phases embarquées, durant lesquelles il est possible de prendre le contrôle d’un exosquelette, d’un tripode et même d’une navette spatiale. Plutôt bien pensées, ces phases génèrent une sensation de puissance bienvenue, notamment grâce aux munitions illimités : au diable l’avarice, il est enfin possible de distribuer des gros pruneaux à volonté ! En contrepartie, ce qui a été annoncée comme LA grande nouveauté de RED FACTION : ARMAGEDDON, à savoir la possibilité de reconstruire un décor déjà détruit, est totalement sous-exploitée et n’apporte finalement pas grand chose au gameplay. Peu de combats sont ainsi pensés avec cette logique de reconstruction, aucun puzzle ou casse-tête ne viennent exploiter cette particularité, et il s’agit la plupart du temps de réparer un élément détruit au préalable pour progresser dans le niveau, qu’il s’agisse d’un pont, d’un générateur ou encore d’un poste de ravitaillement et des pompes à eau qui n’ont finalement qu’une très vague importance dans l’intrigue. RED FACTION : ARMAGEDDON n’est donc pas fidèle à son sous-titre, d’autant que le jeu propose finalement très peu de challenge : points de passages omniprésents, difficulté toute relative (y compris en mode très difficile, vivement conseillé, même si c’est votre premier run), boss pas vraiment retords et IA des bestioles plutôt médiocre. On passe donc facilement d’un niveau à l’autre, et il est très rare de mourir, sauf à tomber dans un précipice. Alors voilà, 8 heures de jeu en mode dément, ça fait plutôt léger, même avec un mode « Invasion » (semblable au mode « Horde » de GEARS OF WAR 2, histoire de prolonger la ressemblance) jouable en co-op jusqu’à 4 qui permet de prolonger l’expérience au delà de la trame globale. Agréable, si on le prend pour le sous-GEARS OF WAR qu’il est par la volonté presque affichée de ses développeurs, RED FACTION : ARMAGEDDON ne parvient jamais à tirer partie de ses quelques particularités. Dommage, c’est ce qui aurait certainement fait toute la différence…

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