FILS INDIGNE

Si Warner peine toujours à faire décoller l’univers DC au cinéma, la branche animation se porte comme un charme. Preuve en est encore faite en cette rentrée avec la sortie de deux nouveaux films produits pour la vidéo, à commencer par ce FILS DE BATMAN.

La Ligue des Assassins essuie l’attaque d’une mystérieuse armée rivale au cours de laquelle Ra’s Al Ghul trouve la mort. Afin de protéger Damien, son fils et héritier de Ra’s, Talia Al Ghul choisit de le confier à son père, qui n’est autre que Batman. Le justicier prend le jeune homme sous son aile et décide de l’entraîner, dans le but de l’aider à retrouver et vaincre Deathstroke, le responsable de l’attaque. Mais le jeune homme, élevé au sein de la Ligue des Assassins, est habitué à des méthodes expéditives opposées à celles du « Dark Knight ».

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Comme souvent pour leurs DTV, WB Animation adapte ici un matériau préexistant. En l’occurrence, le premier arc du long run de Grant Morrison, intitulé BATMAN & SON et qui voyait l’introduction dans le « Batverse » de Damian Wayne. Durant la période où il était en charge des aventures de Batman, Morrison visait à unifier les différentes époques du héros en un tout cohérent. Pour le personnage de Damien, il était donc allé puiser dans le graphic novel SON OF THE DEMON de Mike W. Barr, qui racontait la conception d’un fils par Batman et Talia, ramenant dans la continuité régulière un récit des « Elseworlds », les univers parallèles de DC. La réintroduction de Damien permettait au scénariste écossais d’explorer un concept riche en possibilités : et si Batman, celui qui ne tue jamais, se retrouvait affublé d’un Robin adepte de la manière forte avec les criminels ? Un axiome que Morrison aura eu tout loisir de développer au cours de son (long) run, faisant constamment évoluer la relation entre le héros et son fils. Et c’est précisément sur ce point que cette adaptation trouve son premier écueil. Malheureusement, comme c’est le cas avec les films d’animation DC depuis 2007, le récit se heurte à une courte durée règlementaire qui ne permet pas à ses éléments constitutifs de se développer pleinement. Ainsi, l’opposition entre les philosophies de Batman et Damien se voit vite expédiée en une paire de scènes, sans que jamais l’influence exercée par le héros sur son fils ne se fasse sentir. Il faut dire aussi que certains choix d’adaptations n’aident pas. Chez Morrison, la première sortie de Damien en tant que Robin se concluait par la décapitation d’un super vilain, son équivalent dans l’adaptation se termine quant à elle par un malfrat dans le coma. Une édulcoration d’autant plus incompréhensible que les productions DTV de DC ne se destinent plus uniquement aux enfants depuis un moment et que le film fait par ailleurs preuve d’une certaine violence graphique. Plus globalement, LE FILS DE BATMAN ne semble jamais envisager le rapport Batman/Damien comme autre chose qu’une péripétie supplémentaire dans une énième aventure de son héros et construit son récit en fonction des modes du moment plus de ses nécessités dramatiques. En témoigne d’ailleurs l’utilisation de Deathstroke comme méchant, inséré dans ce rôle en raison de sa popularité plus que par une logique narrative à en faire un antagoniste pour Damien.

Déjà bien plombé par ces problématiques d’adaptation, LE FILS DE BATMAN souffre en outre d’une facture technique qu’on qualifiera poliment d’indigente. Affublé du même design peu convaincant, hybride mal dégrossi de comics et de manga pour ses personnages, que celui qui plombait déjà JUSTICE LEAGUE : WAR, le film se paie en outre une animation en-dessous des standards. Personnages figés dans leur expressions, rigidité des corps dans les scènes d’actions, tout sent la réalisation à l’économie, ce qui dessert particulièrement le film quand celui-ci se repose avant tout sur sa baston pour tenter de maintenir l’attention. Même le doublage, généralement inattaquable chez DC, apparaît ici bâclé, entre miscasts complets (l’acteur choisi pour Damien fait surtout sonner le personnage comme un enfant gâté) ou prestations robotiques (Thomas Gibson en Deathstroke ne parvient jamais à évoquer la moindre menace). Au sein d’une production pléthorique, LE FILS DE BATMAN apparaît donc surtout comme une sorte de bouche-trou, destiné à remplir un planning sans qu’on lui ait accordé le temps ou les moyens nécessaires pour obtenir un résultat satisfaisant. L’univers animé de DC ayant donné naissance à nombre d’œuvres qualitativement supérieures mettant Batman en scène, ce FILS DE BATMAN, pas assez appliqué pour convaincre, ne mérite que le redoublement.

TITRE ORIGINAL Son of Batman
RÉALISATION Ethan Spaulding
SCÉNARIO Joe R. Lansdale et James Robinso,
DIRECTION DES VOIX Andrea Romano
MUSIQUE Frederik Wiedmann
PRODUCTION Sam Register
VOIX Jason O’Mara, Stuart Allan, Morena Baccarin, Thomas Gibson, Xander Berkeley, Giancarlo Esposito, David McCallum…
DURÉE  75 min
ÉDITEUR Warner Home Video
DATE DE SORTIE  03 Septembre 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
« La Ligue des Assassins »
« Damien Wayne »
« Le design des personnages »
Aperçu de « Batman : Assaut sur Arkham »
4 épisodes tirés de Batman : la série animée, Batman : la relève et Batman : l’alliance des héros.

5 Commentaires

  1. C ‘est dommage , le travail de Morrison est devenu une reference sur la déconstruction du Mythe du super héros , il avait étez moins pusillanime concernant Dark knight returns qui lui semble pillé dans le prochain Superman V Batman

  2. Bonjour et merci pour cette critique du DTV Le fils de Batman. Je ne m’y connais pas beaucoup en adaptation animé de chez DC, n’ayant quasiment rien vu à part la série animé Batman des années 90 et « Batman et le fantôme masqué », j’aimerais savoir si tu en aurais que tu pourrais nous conseiller, tous super héros confondus ? Merci d’avance,

    • Will

      Tu as l’adaptation animée en deux parties du comics Dark Knight de Frank Miller qui vaut le coup.

    • Matthieu GALLEY

      Si tu as vu la série animée Batman et Mask of the Phantasm tu as déjà vu le haut du panier ^^

      Plus sérieusement, je pense que le mieux c’est de continuer dans un premier par la production TV, à savoir donc la série animée Superman (trois saisons) produite dans la foulée de Batman, qui vaut largement le détour, puis ensuite Justice League of America et Justice League Unlimited ((2 saisons chacune). Ce groupe de séries représente vraiment la clé de voûte de DC en animation.

      Tu peux aussi tenter The Brave and the Bold (L’Alliance des Héros en VF) qui joue sur un registre différent, plus léger voire même parodique par endroits mais toujours avec intelligence et respect pour les persos. J’ai pas vu Young Justice mais ça a plutôt bonne réputation donc ça peut se tenter aussi.

      Pour ce qui est de la production direct to DVD, c’est beaucoup plus fluctuant en qualité, y’a d’excellents trucs, beaucoup de moyen et quelques gros déchets. Je conseillerais essentiellement Wonder Woman, Dark Knight Returns, Under the Red Hood et Green Lantern First Flight. New Frontier (correct mais handicapé par une durée qui ne lui permet pas de restituer toute la richesse de ce dont il s’inspire) et the Flashpoint Paradox se laissent regarder aussi. Le reste est assez dispensable.

      Voilà, j’espère que ça t’aidera à faire un premier tri et si tu as d’autres questions, hésite surtout pas 😉

  3. Merci beaucoup pour ces infos !

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