ÉTEIGNEZ LA TÉLÉVISION

Reprise du film éponyme réalisé par Tobe Hooper en 1982, POLTERGEIST est le prototype du remake inutile, dont la mise en chantier ne semble fondée sur aucun élément tangible – si ce n’est l’envie de capitaliser sur le nom évocateur, commercialement parlant, de la première œuvre. Bref, pas besoin de se ruer fébrilement dans les salles pour découvrir le nouveau film de Gil Kenan, pourtant responsable du sympathique MONSTER HOUSE il y a près d’une dizaine d’années.

Le premier opus, réalisé par Tobe Hooper et produit par Steven Spielberg, lequel, comme le veut la rumeur, aurait assuré une partie de la mise en scène lui-même, a peu à peu acquis le statut de film-culte. Dès lors, pas étonnant qu’une société de production telle que Ghost House Pictures (créée par Sam Raimi lui-même, la boîte a notamment initié la reprise d’EVIL DEAD en 2013) ait l’idée d’en lancer un remake, dont le récit se déroule à l’époque contemporaine. Suivant à la lettre le pitch de la première œuvre, il est à nouveau question du déménagement d’une famille américaine typique dans un nouveau quartier. Simplement, étant donnée la crise économique qui frappe les États-Unis (on est loin du début des années Reagan, contexte dans lequel le premier opus avait été pensé), le père de famille (incarné par Sam Rockwell) n’est désormais plus un talentueux agent immobilier, mais un chômeur longue durée, contraint de déménager pour retrouver une bouffée d’air frais sur le plan financier. Il emmène ainsi sa petite famille – sa femme, apprenti écrivain, et leur progéniture – dans un nouvel environnement, sans se douter que d’étranges évènements vont très rapidement se produire. Dès l’une des premières nuits passées dans la nouvelle demeure, alors que tous les appareils électriques se mettent inexplicablement en route, notamment l’écran de télévision, une présence mystérieuse semble hanter la maison et vise spécifiquement Madison, la petite dernière.

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C’est simple, le film reprend à la lettre la plupart des éléments originaux, depuis les scènes de terreur elles-mêmes (par exemple, la séquence où le frangin se fait littéralement attaquer par l’arbre du jardin), jusqu’à leurs éléments périphériques (des couverts en argent inexplicablement pliés en deux au rôle joué par l’électricité statique lors de l’arrivée de la famille dans la demeure). Cependant, par-delà l’extrême paresse d’un long-métrage qui rejoue, à la virgule près, la même partition que celle de la production Spielberg, et par-delà les contradictions de son récit (on passe d’un coup du premier au second degré, lorsqu’apparaît le personnage incarné par Jared Harris, sorte de Capitaine Quint du pauvre) se pose un problème plus profond : En effet, le film originel faisait de l’écran de télévision le centre névralgique du récit, une idée pertinente à une époque où la middle class américaine (et plus généralement l’American Way of Life) était inéluctablement contaminée par la propagation de la télévision au sein du foyer familial. Pour cette raison, dans le film de Hooper, l’écran de télévision devenait à la fois l’élément caractéristique de la cellule familiale, mais aussi le lieu de passage, à la fois métaphorique et littéral, vers un autre monde, en l’occurrence celui des esprits et du Poltergeist. La télévision n’était pas l’un des vagues éléments du décor fantastique, mais bien l’élément-clef autour duquel tournoyaient tous les autres. Or, si le remake reprend l’argument de la télé (notamment durant la première demi-heure), c’est pour l’évacuer aussi vite que possible, sans y revenir ou le remplacer par son équivalence actuelle. Alors que le film original se concluait précisément par l’expulsion de la télé du foyer (c’est le sens du travelling arrière de la dernière séquence), le remake laisse fondamentalement de côté cette dimension symbolique pour se concentrer sur les séquences fantastiques en tant que telles, comme purs clichés du genre. Le long-métrage finit ainsi par n’être qu’un énième film de maison hantée, totalement interchangeable, un bidon de lessive de plus au sein de la production horrifique actuelle. Un autre de ces remakes vidés du sens du film original en somme.

TITRE ORIGINAL Poltergeist
RÉALISATION Gil Kenan
SCÉNARIO David Lindsay-Abaire
CHEF OPÉRATEUR Javier Aguirresarobe
MUSIQUE Marc Streitenfeld
PRODUCTION Nathan Kahane, Roy Lee, Sam Raimi & Robert G. Tapert
AVEC Sam Rockwell, Rosemarie DeWitt, Saxon Sharbino, Kyle Catlett, Kennedi Clements, Jared Harris, Jane Adams, Susan Heyward…
DURÉE 94 mn
DISTRIBUTEUR 20th Century Fox France
DATE DE SORTIE 24 juin 2015

5 Commentaires

  1. Zhibou

    D’autant plus triste que, comme précisé, Monster House était un chouette film qui tape dans l’exact même genre que Poltergeist.
    Encore un poulet sans tête en guise de remake, alors que justement un peu de personnalité aurait pu changer la donne.
    Quand vont-ils donc le comprendre?…

  2. jackmarcheur

    bof déjà quand on dit Remake, ça sent le pourri!
    C’est quand le dernier remake qui a surpassé l’original ?
    La Mouche ? La guerre des Mondes ?

  3. LordG

    La Guerre des Mondes n’est pas un remake à proprement parler.

    Sinon, le film est sympathique, pas excellent, mais plutôt cool, et on retrouve la patte particulière de Kenan, ce mélange entre cinéma de Spielberg et cinéma de Zemeckis, sans doute deux grosses influences chez lui. Kenan étant par ailleurs le gagnant de la seule tv réalité « on the lot » créé par Steven Spielberg pour révéler un réalisateur de talent.

  4. jackmarcheur

    @LordG
    « La Guerre des Mondes n’est pas un remake à proprement parler. »
    ah ? et pourquoi pas ?

  5. LordG

    Ben déjà parce qu’il n’a rien à voir avec le film de Haskins de pré ou de loin, mais tout à voir ou presque avec le roman de Wells, jusqu’à sa structure entièrement respectée malgré la modernisation et l’ajout de personnages.

    Et aucun plan n’est repris du film scénarisé par Barré Lyndon.

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