ET MÊME TA MÈRE !

Quand il s’agit de dénicher les talents de demain dans le domaine du cinéma fantastique, on peut dire que Guillermo del Toro a l’œil. Après J.A. Bayona et L’ORPHELINAT, il révèle aujourd’hui l’Argentin Andrés Muschietti, qui signe avec MAMA un premier film d’horreur émouvant et maîtrisé.

À l’origine, MAMA est un court-métrage qui tape dans l’œil de Guillermo del Toro. Et pour cause : en un plan-séquence de trois petites minutes, le jeune réalisateur Andrés Muschietti parvient à installer une ambiance étonnante et à provoquer l’angoisse chez le spectateur en invoquant quelques peurs enfantines. De plus, le jeune réalisateur démontre qu’il sait faire bon usage des jump scares tant redoutées par les amateurs de films d’horreur, puisqu’ils sont généralement synonymes de facilité quand il s’agit de filer la pétoche au spectateur. Pas de doute, le court MAMA (à voir ci-dessous) est prometteur et Andrés Muschietti sait raconter une histoire de manière efficace, avec une économie de moyens qui force le respect. Est-ce suffisant pour assurer le passage au long-métrage, surtout en reprenant le même sujet ? Il se trouve que oui !

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Sur le papier, le long-métrage MAMA met clairement en avant la thématique maternelle induite par son titre, en opposant l’amour possessif du fantôme de « Mama » à la difficulté avec laquelle Annabel (excellente Jessica Chastain) a du mal à assumer son rôle de mère de substitution avec les petites Victoria et Lilly. Celles-ci ont été sauvées et élevées par « Mama » avant d’être retrouvées et ramenées, en quelque sorte, dans le monde des vivants. Tout le film fonctionne ainsi dans les oppositions entre l’état de sauvagerie et la civilisation sociale, et entre le monde des vivants et celui de la morte. Le conflit est intéressant, mais c’est clairement par les choix limpides de sa mise en scène que le jeune Andrés Muschietti parvient à magnifier les différentes émotions et ambiances de son film. L’emploi du plan-séquence aurait pu démontrer les limites du jeune réalisateur, mais c’est bel et bien le contraire qui se produit. Très intéressé par la mise en situation de ses séquences horrifiques, Andrés Muschietti joue constamment avec les attentes du spectateur, y compris dans ce qu’il accepte de révéler dans son cadre. Et c’est bel et bien la durée et la mise en place de ses plans qui parviennent au final à établir et faire comprendre l’étrange relation affective entre le fantôme terrifiant de « Mama » et les jeunes Victoria et Lilly. On pense notamment à ce plan superbement composé qui détourne une petite tranche de vie pour instaurer une ambiance fantastique, et en même temps nourrir la thématique émotionnelle : dans leur chambre, les deux petites filles s’amusent à jouer avec une présence hors champ, dont on suppose qu’il s’agit d’Annabel, alors que celle-ci finit par faire son apparition… dans le couloir. Effet saisissant garanti !

Mama03À vrai dire, Andrés Muschietti parvient tellement bien à faire ressentir son propos strictement féminin qu’il met rapidement de côté les personnages masculins, quand il ne les condamne pas à être des entités dénuées de tout jugement émotionnel. Dans ce sens, on se demande vraiment encore quel est l’emploi narratif du personnage de Lucas (Nikolaj Coster-Waldau), au-delà de sa fonction première d’oncle pour les deux petites filles. Sa présence dans le climax du film semble totalement rapportée, mais n’atténue heureusement pas la puissance émotionnelle du film. Premier film oblige, MAMA n’est certainement pas exempt de défauts (on pense à un flashback pas vraiment abouti), mais son succès surprise aux États-Unis rassure sur la pérennité du cinéma d’horreur américain, surtout en ces temps de PARANORMAL ACTIVITY et autres petites productions tournées au rabais et sans aucun amour pour le genre, mais néanmoins survendues en grandes pompes.

Le poster de Mama

TITRE ORIGINAL Mama
RÉALISATION Andrés Muschietti
SCÉNARIO Andrés Muschietti, Barbara Muschietti & Neil Cross
CHEF OPÉRATEUR Antonio Riestra
MUSIQUE Fernando Velázquez
PRODUCTION Guillermo del Toro, J. Miles Dale & Barbara Muschietti
AVEC Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier, Isabelle Nélisse…
DURÉE 100 mn
DISTRIBUTEUR Universal Pictures International France
DATE DE SORTIE 15 mai 2013

5 Commentaires

  1. Nikolai

    Mal fagoté me concernant. Il y a quelques belles idées dont ce fameux plan fixe que vous citiez (excellent), mais en dehors de ça, on navigue trop en terrain connu et peu d’idées intéressantes justement émergent de cet ensemble au final très banal et pas si maîtrisé que ça surtout en terme de narration.
    Puis Jessica Chastain est vraiment nulle avec sa perruque moche, difficile de ressentir quelque chose pour elle. Heureusement les gamines sont exceptionnelles, c’est certainement le point fort du film qui permet au film d’attirer l’œil jusqu’au bout.

    Mais sinon l’écriture est globalement bancale voire assez faible (surtout concernant le personnage du fantôme « Mama » qui hésite en permanence avec son aspect humain et symbolique, ça coince beaucoup sur la fin).
    Beaucoup d’indulgence de la part des fans de Del Toro, je trouvais ça clairement justifié dans L’orphelinat (lui vraiment maîtrisé en terme de mise en scène et de propos), ici c’est très très inégal. Et la fin donc est ratée complètement.
    C’est au mieux une petite chose parfois touchante et efficace, au pire un film fantastique plutôt médiocre malgré des envies et une sincérité évidente qui se dégage du projet.
    Bif bof quoi. La sélection de Gerardmer devait vraiment être très faible cette année pour célébrer ça.

  2. roporc

    moi j’aime bien les films qui attirent l’oeil jusqu’au bout.
    Mais c’est vrai que j’aurais fait mieux que ca, parce que moi j’écris pas faible.
    ….

    Ce que j’aime bien avec Moissakis, Bordas et les autres, c’est que, contrairement aux critiques qu’on peut trouver sur le net, les messieurs ne se contentent jamais de dire  » c’est bancal, c’est mal écrit » , mais essaient souvent de prouver ce qu’ils disent. Quand les critiques versent dans le jugement de valeur, y a pas grand chose qui les distinguent des geeks.
    Un simple lecteur anonyme.

    • mayaga

      On peut savoir ce que t’as contre les geeks Roporc ??!!!

  3. Nikolai

    Coucou roporc. Un peu sensible on dirait tu es. Tu sais sans violence pas de pensée. C’est bien également de ne pas être un pisse froid, si on le fait avec tact et classe. A ce niveau, il faut que je le dise, je suis assez beau gosse en terme de critique.

    Mais je peux développer si tu veux pour te faire plaisir, mais est-ce vraiment utile sur un film aussi insignifiant que Mama ? (quel nom idiot d’ailleurs) Je veux bien que ça fasse mouche si c’est le 1er film fantastique espagnol que tu regardes, mais sinon difficile de voir en quoi celui-ci plus qu’un autre arrive à se démarquer de la masse gluante des films du même genre qu’on s’enfile avec plaisir depuis quelques années.

    J’utilise des mots peut-être un peu forts pour provoquer justement quelques réactions sur un film qui moi m’a globalement assez indifféré (sans pour autant avoir trouvé ça déplaisant à regarder hein je précise). Le film est parfois réussi (surtout au début, le real installe une ambiance plutôt fascinante) puis s’effondre progressivement car le film ne propose jamais rien (c’est mon avis) d’intéressant en terme de propos ou de vision qui dépasserait les codes usités du genre.

    Donc je vais te dire point par point comme un éminent critique de ce site qui eux sont des gens sains d’esprit quand ils donnent leurs avis respectables sur ce qui me chagrine sans utiliser ces mots durs (mais justes) que tu répugnes.

    Déjà ce qui coince : les jump scares. Vraiment comment expliquer ça clairement. Ils sont soient prévisibles, ridicules ou navrants et plombent souvent le film. Faire venir Mama en plein dans la caméra rapidement pour faire péfli, c’est autant digne de Sinister qui lui était également assez mauvais sur ce domaine. Je crois qu’il n’y a que Raimi qui a eu des bonnes idées de jump quand il a fait « Jusqu’en enfer », surtout qu’en plus on se marrait en même temps.

    En fait même si tout ceci on va dire est une question de goût, Mama d’un point de vue design et rendu, je n’adhère pas (pour rester gentil). C’est un peu laid tout ça cet effet de porcelaine, son animation non ? Niveau charisme et beauté, on repassera. Mais ça disons c’est personnel. Chacun ses goûts comme on dit.
    Le réal ne sait jamais quoi en faire, m’est avis que rendre ce personnage « humain » notamment sur la fin est une très mauvaise idée, l’intérêt c’était justement d’en faire un mythe ou un symbole qui entourait les gamines, pas une sale teupu tourmentée et moche qui rend Mama encore plus grotesque visuellement quand on la voit en forme humaine. Jouer sur les 2 tableaux ça ne marche pas, fallait choisir.

    En parlant de laid sinon mention spéciale à la séquence de flash back sur « Mama » qui est dans mon top 2013 de la séquence la plus moche avec le début de Jack et le chasseur de géants avec son intro playstation. Une belle prouesse de mauvais goût.

    Donc concernant l’écriture notamment du personnage de Chastain, la rockeuse très crédible indépendante avec sa perruque bien plus flippante que le film qui doit assumer le rôle de maman pas si facile. Le personnage ne dépasse jamais le postulat de base avec une trajectoire artificielle qui là encore a eu du mal perso à m’émouvoir. Chastain fait en plus le minimum syndical, elle n’intéresse jamais.
    Comme son compagnon dont on se demande à force l’utilité. Des personnages fonctions sans matière, voilà ce que le film propose tout le long. La tante n’en parlons pas. Ecriture subtile et passionnante où les thématiques restent constamment en surface ou comme des éléments à cocher sur le cahier des charges. On se mouille jamais, on reste prudent, on fait son petit truc « sans prétention » mais au final même si on tente 2-3 trucs de mise en scène (pas si mal comme le plan fixe donc), on élève jamais rien, le récit, l’atmosphère, les personnages ou la mise en scène. On reste dans les rails codifiés du genre..
    C’est bien mais à force, on a envie de dire : quel intérêt ? Les thématiques sont intéressantes pourquoi ne pas dynamiter un peu tout ça histoire de rendre ça un peu plus marquant ou personnel que la moyenne ?
    Je pense que j’en ai un peu assez de ces films « prudents », ça manque de prétention ou tout simplement de couilles ces films de ghost.
    Toujours les mêmes effets, toujours la même histoire, le même déroulement, cette poésie un peu macabre mais tellement typée que ça ne procure plus rien d’intéressant à la fois visuellement et émotionnellement (les papillons toujours à la fin pour signifier que c’est beau et touchant, mouarf).
    Typique et sans goût.

    Allez on va pas être trop méchant, ça se regarde oui comme je l’ai dis. Surtout pour les gamines qui iront sûrement loin. Je ne suis pas si négatif même si tout ça n’a pas grand intérêt (comme ce long post).

  4. Y’a un peu d’audace sur le final quand même. Pour une fois qu’on échappe au sacro-saint happy-end.

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