ENTRE DEUX VEINES

Aujourd’hui, le 8 août, sort dans les salles ABRAHAM LINCOLN : CHASSEUR DE VAMPIRES, le nouveau film de Timur Bekmambetov, produit par Tim Burton. Lincoln/Bekmambetov/Burton : le combo de la mort ?

Timur Bekmambetov vient de la pub et il n’a jamais vraiment réussi à s’émanciper de ce cadre-là. Qu’on lui refile une histoire forte et il en fera un capharnaüm visuel et narratif (sa trilogie NIGHT WATCH, qui semble appelée à rester un diptyque vu le flop du second volet – lisez plutôt les romans de Sergueï Loukianenko, c’est infiniment mieux). Donnez-lui un scénario bas de gamme et il en fera un gros morceau de n’importe quoi qui se la pète (WANTED). Dans les deux cas, on a l’impression que le bonhomme ne voit jamais une histoire à raconter mais un prétexte pour enquiller des scènes qu’il imagine visuellement délirantes mais qui sont surtout symptomatiques d’un shooter n’ayant strictement aucun sens du ridicule. C’est dire, donc, si le voir promu à la tête d’un film nommé ABRAHAM LINCOLN : CHASSEUR DE VAMPIRES (le titre conçu pour enchanter les critiques : pas besoin de se crever à rédiger un résumé !) ne nous avait pas plongés dans une impatience fiévreuse. Il faut dire qu’avec un concept pareil, il faut généralement s’attendre à deux solutions : soit une zèderie bourrine qui ne fait qu’illustrer ledit concept – un mec ressemblant à Lincoln qui démastique du vampire, soit un vrai film qui arrive à transcender le postulat de départ pour livrer un OFNI traitant les deux propositions de son titre en même temps. Le cinéma de Bekmambetov est beaucoup trop nouveau riche pour la première option et beaucoup trop primaire pour la seconde. Alors, comment s’en sort-il donc me direz-vous ? En choisissant la voie du milieu, ou la voie dite du « cul entre deux chaises ».

À partir de là, le film se divise en deux temps : d’abord la vengeance d’un jeune homme dont la mère a été tuée par un vampire puis le destin politique d’un homme qui veut sauver les États-Unis. D’un côté, la fantasy. De l’autre, l’Histoire. Bekmambetov croit visiblement qu’il suffit de rajouter un peu d’Histoire dans la fantasy (le tout jeune Abraham prend la défense d’un copain noir) et une bonne louche de fantasy dans l’Histoire (Lincoln réquisitionne toute l’argenterie de ses concitoyens pour la fondre et la transformer en balles d’argent – oui, des balles d’argent… pour des vampires… mais bon, passons…) pour que la sauce prenne et que la quête du héros devienne cohérente. Simplement, ce genre de cuisine aboutit quasi systématiquement à un gros ragoût immangeable, surtout lorsqu’on n’a aucune vision d’ensemble de l’histoire que l’on souhaite raconter. Forcément, de cette grosse tambouille ni pensée ni incarnée, il ne finit par surnager que l’imagerie grotesque d’un cinéaste en roue libre. Et l’on assiste, consterné, à des visions presque désopilantes comme ces hordes de vampires confédérés émergeant toutes canines dehors du brouillard de Gettysburg en gesticulant comme des gros débiles. Les deux morceaux de bravoure à la Bekmambetov restant le final sur le train en flammes, où les antagonistes se foutent sur la gueule à coups de ralentis ostentatoires sans que jamais on ne ressente aucun sens du danger, et surtout ce duel entre le jeune Abraham et l’assassin de sa mère  qui se battent au milieu d’une centaine de chevaux lancés au galop, sautant de gadin en gadin ou bien en attrapant certains pour s’en servir comme de projectiles. Quand on vous dit que le monsieur n’a pas le sens du ridicule. Évidemment, au milieu de tout ce foutoir, les personnages existent difficilement et au bout du compte, le film terminé, on se demande encore pourquoi il fallait nous raconter précisément cette histoire et quel était l’intérêt de transformer le 16ème président américain en chasseur de vampires. L’un dans l’autre, le film aurait pu s’appeler VAN HELSING : PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS, c’était kif-kif bourricot.

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4 Commentaires

  1. Fest

    Y a aussi des balles en argent dans Blade 2 Arnaud, t’es dur…

  2. Kit

    Bien vu ^^

    Mais Guillermo est intouchable 😉

    Malgré tout, sans avoir vu le film, mais en connaissant bien les précédentes oeuvres du réalisateur, j’ai très envie de penser que cette critique rejoindra ce que je pourrai penser du film après coup…

  3. philippe

    Et le fameux ton ultra sérieux? Ca plombes le film ou ca l’enfonces encore plus? Et je vais poser une question idiote mais quand même: est-ce que les scènes avec les vampires sont bien gores ou bourrines comme Wanted, parce que les vampires en ce moment…ils se liment un peu les dents.

  4. Caïus

    Les balles en argent pour les loup-garous c’est peut-être juste un cliché récent :

    « Le fin mot sur les balles en argent : on a pensé à une époque que l’argent (ou le vif-argent = mercure) permettait de combattre, voire tuer, les créatures mauvaises de manière générale : les sorcières, les revenants, les démons, les vampires etc. et les loups-garous. Comme ces derniers avaient une forme animale, on les chassait avec des flèches, puis un fusil, et la vertu prêtée à l’argent a voulu que les balles employées dussent être faites de ce métal pour les tuer.

    Mais tout ce cheminement n’a abouti que récemment (un siècle ou deux). Pour les vampires, d’ailleurs, les crucifix qui les repoussent devaient initialement être en argent eux aussi. »

    Yves Sagnier

    http://ysagnier.free.fr/mytho/vampires_etc.htm

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