ELLE COURT, ELLE COURT LA BANLIEUE

On n’est jamais mieux servi que par soi-même : suivant ce précepte, Luc Besson décide d’initier et de chapeauter lui-même BRICK MANSIONS, un remake américain de BANLIEUE 13 qui débarque aujourd’hui en vidéo après un passage express dans les salles de cinéma, tout juste dix ans après la sortie du film original. Est-ce que ça en valait vraiment la peine ?

Transposé à Détroit en 2018, BRICK MANSIONS reprend donc l’argument du film de Pierre Morel, qui voit le flic Damien (Paul Walker en remplacement de Cyril Rafaelli) faire alliance avec le voyou Lino (David Belle reprend son rôle) pour infiltrer une cité tombée aux mains des gangs afin de récupérer une arme de destruction massive des mains du caïd Tremaine. Les films faisant l’objet de remakes tendent généralement à se classer dans deux catégories : soit des classiques indéboulonnables et donc casse-gueule à refaire, soit des œuvres plus imparfaites à même de bénéficier d’une relecture. BANLIEUE 13 n’appartient évidemment pas à la première catégorie mais même avec la plus grande indulgence, on aurait du mal à classer BRICK MANSIONS dans la seconde ! La raison d’être du projet ne peut donc se percevoir qu’à l’aune de la volonté de son producteur de se donner une seconde chance commerciale à l’international en surfant sur la petite réputation de « NEW YORK 1997 français » que s’est taillé le film sur le marché international (et oui…).

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Avec Luc Besson à la tête du projet, il ne fallait pas s’attendre à ce que BRICK MANSIONS s’éloigne particulièrement de son modèle et de fait, l’approche du producteur se limite à quelques modifications mineures et un coup de « chercher-remplacer » sur le scénario visant à internationaliser les noms de ses protagonistes, le reste étant une photocopie à l’identique de BANLIEUE 13 dans l’intrigue, le déroulement ou les scènes d’actions et leur placement. La seule surprise provient du fait que les quelques changements apportés réussissent à faire accoucher d’une œuvre encore moins subtile dans ses maigres velléités de discours social (la lutte des classes résumée à une opposition vilains politicards/gentils banlieusards) et encore plus putassière dans ses choix de représentation. Le méchant joué par RZA deviendra ainsi in fine un brave gars ne voulant que la liberté pour les habitants de la cité, laissant la vilénie à la « biatch » lui servant de bras droit. Ces petits changements ont ceci de paradoxal que dans le même mouvement, Besson en profite pour s’autocensurer en supprimant les éléments les plus bis du film original : les déviants qui espéraient voir Paul Walker affublé d’une superbe perruque ou une pornstar américaine fourrer sa culotte dans la bouche de RZA en seront pour leur frais.

Subissant le même traitement Xerox, les scènes d’actions révèlent quant à elle la limite d’un projet déjà peu passionnant à la base. Car si BANLIEUE 13 a pu faire illusion auprès d’une frange du public en son temps, c’était essentiellement dû à l’utilisation du Parkour, alors encore relativement inédite au cinéma. Dix ans se sont écoulés depuis et le style a été largement ingéré puis abandonné, quant il ne finit pas par devenir carrément source de gags à ses dépends (voir PUNISHER WAR ZONE et son malfrat expédié à coups de lance-roquette). Une donnée que BRICK MANSIONS n’intègre aucunement puisqu’il ne sort jamais des lignes tracées par son modèle, resservant les mêmes scènes que celles de BANLIEUE 13, parfois au plan près. A ceci près que David Belle a pris dix ans et que Paul Walker n’a pas les capacités athlétiques de Cyril Rafaelli, forçant le recours à un montage cache-misère qui annihile tout potentiel cinétique et viscéral. On se croirait même revenu à l’époque du déclin cinématographique de Steven Seagal quand le film propose un combat apparemment passé en accéléré afin de le rendre plus dynamique ! Les responsables ont beau vanter l’implication physique des combattants et la cinégénie inhérente au Parkour dans les bonus de cette édition vidéo, sans idée ou projet de mise en scène pour les appuyer, elles se résument à beaucoup de sueur dépensée pour pas grand chose à l’écran. Nouvel avatar de la méthode Besson désormais bien engrainée, BRICK MANSIONS est encore plus agaçant que ses prédécesseurs dans sa capacité à prendre un mauvais film pour le rendre encore pire. L’expression de « remake inutile » a certainement été dévoyée à force d’être appliquée avec un certain systématisme, mais dans le cas présent, elle se justifie pleinement.

TITRE ORIGINAL Brick Mansions
RÉALISATION Camille Delamarre
SCÉNARIO Luc Besson, d’après un scénario de Luc Besson et Bibi Naceri
CHEF OPÉRATEUR Christophe Collette
MUSIQUE Trevor Morris
PRODUCTION Luc Besson
AVEC Paul Walker, David Belle, RZA, Catalina Denis, Gouchy Boy, Ayisha Issa, Carlo Rota
DURÉE 90 min
ÉDITEUR Fox Pathé Europa
DATE DE SORTIE 23 Avril 2014 (en salles), 27 Août 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
« Fight »
« Parkour »
« Go Pro »
«Paul Walker »
« RZA »
Interviews de Camille Delamarre et David Belle
Fin alternative US
Court-métrage « Last Call » de Camille Delamarre

9 Commentaires

  1. Fest

    Le tir de roquette dans PUNISHER WARZONE c’est de loin la meilleure utilisation de yamakasi dans un film. 🙂

  2. horseloverfat

    Putain Luc Besson aussi il a dit du mal de john McTiernan ?
    ça m’avait échappé.

  3. Malastrana

    Pas besoin de dire du mal de McT pour être un tocard, ce qu’est assurément Besson depuis longtemps. Ca m’a permis de voir sur le tube la scène de PUNISHER WAR ZONE: c’est nul mais c’est rigolo.

  4. Poivre

    Ha ouais effectivement je connaissais pas non plus la scène de la roquette de Punisher War Zone, et en la voyant j’ai l’impression d’avoir comblé un putain de vide dans ma vie !

  5. tangoche

    Faut vous renouveler, les gars : dire du mal d’une bessonerie, c’est une posture vieille comme le monde et on s’attendait à ce que vous preniez le monde à contre-pied en disant que « Mansion Brick » est un chef-d’oeuvre (ce qui est objectivement vérifiable, vu que je le dis).

    Puis soyez sympa de parler du film et non de son contexte….c’est agaçant à la fin !

  6. Oingo

    Bravo, tu as gagné le prix du commentaire le plus con.
    Tu recevras ton prix par la poste.

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Je pense, mon cher Oingo, que Tangoche fait juste une petite blagounette référentielle.

  7. Moi

    Ce que dit l’article est assez vrai. Malgré tout, il manque la moitie de la critique, celle qui parle du film en lui-même.

    • Moi

      Pardon, ce n’est pas à cet article que je souhaitais répondre. Ne tenez pas compte de mon commentaire.

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