DYNAMIQUE DUO

Des deux documentaires concurrents sur la Cannon (l’autre étant ELECTRIC BOOGALOO : THE WILD UNTOLD STORY OF CANNON FILMS), THE GO-GO BOYS est celui qui se targue de proposer la version « officielle ». Et qui dit version officielle, dit quête de respectabilité.

Les cinéphiles déviants ne connaissent peut-être pas l’histoire de la Cannon, mais ils ont vu L’IMPLACABLE NINJA avec Franco Nero, LE JUSTICIER DE NEW YORK avec Charles Bronson, INVASION U.S.A avec Chuck Norris ou encore OVER THE TOP avec Sylvester Stallone, entre autres « classiques » des années 80. Ils savent que le logo de la Cannon est synonyme de cinoche d’exploitation, de plaisirs coupables et de mauvais goût presque assumé s’il était défini comme tel. Et pourtant, même si ces œuvres (et bien d’autres encore) ont fait la réputation – que dis-je, la légende ! – de la Cannon, elles sont très peu représentées dans THE GO-GO BOYS. Certes, on parle de certains de ces films et on en voit quelques extraits ici et là (comment faire autrement ?) au milieu des films de Godard, Cassavetes, Barbet Schroeder ou encore Andrei Konchalovsky, mais ce n’est pas tellement le propos du documentaire d’Hilla Medalia. Ici, il est surtout question de démontrer comment deux « petits » artisans du cinéma israélien ont réussi à mettre Hollywood sous leur coupe avant d’être écrasés par le côté totalement implacable du business américain. Cette histoire d’amitié, de grandeur et de décadence compte finalement plus que la somme des films produits par la Cannon, quand bien même il serait difficile de passer outre leurs qualités cinématographiques généralement discutables.

Image de prévisualisation YouTube

De manière larvée, et avec l’assentiment des principaux intéressés (comprendre Menahem Golan et Yoram Globus), THE GO-GO BOYS passe sous silence le véritable héritage cinéphilique de la Cannon pour retenir la raison d’être principale de la société (au niveau des intentions artistiques) et le souhait profond des deux partenaires lorsqu’ils ont décidé de quitter leur pays pour conquérir Hollywood. Dans un moment assez douloureux, Menahem Golan s’en prend même à la réalisatrice qui tente de lui faire parler de ses échecs, en l’occurrence de la production catastrophique de SUPERMAN 4. En vain, car le producteur – même s’il semble déjà très affaibli au moment de cet entretien – annonce avec fierté qu’il ne regarde jamais en arrière (Globus admettra timidement que le film aurait pu être mieux financé et produit). Ce que le film perd en objectivité, il le gagne cependant en images d’archives assez rares (toute la partie qui raconte les débuts de Golan et Globus à Israël) et en tendresse nostalgique. Surproduit d’un point de vue musical et très porté sur le rapport familial de la Cannon jusque dans la présence des membres de la descendance de Menahem Golan, THE GO-GO BOYS joue constamment sur la fibre émotionnelle, y compris par l’entremise d’un Jean-Claude Van Damme qui raconte comment Menahem Golan l’a sorti du caniveau en lui offrant BLOODSPORT sur un plateau d’argent. De cette ultime réunion entre les deux cousins qui semble tout de même savamment orchestrée pour les besoins du documentaire, THE GO-GO BOYS aimerait surtout qu’on retienne la passion visionnaire de Menahem Golan et la candeur financière de Yoram Globus, ainsi que leur amour commun du cinéma. Soit, c’est le prix à payer pour avoir quelques informations rares et une poignée d’anecdotes croustillantes. Mais si ELECTRIC BOOGALOO – l’autre documentaire – est certainement plus impartial sur la trace que la Cannon a laissé dans l’histoire du cinéma, les deux films parviennent néanmoins à être parfaitement complémentaires. Et quelque part, s’il faut deux points de vues différents pour faire le tour du sujet, c’est que la Cannon a définitivement occupé une place unique dans l’histoire du cinéma, non ?

TITRE ORIGINAL The Go-Go Boys : The Inside Story of Cannon Films
RÉALISATION Hilla Medalia
CHEF OPÉRATEUR Oded Kirma, Guy Mossman
MUSIQUE Jonathan Bar-Giora
PRODUCTION Yariv Horowitz, Roy Lev & Hilla Medalia
AVEC Menahem Golan, Yoram Globus, Michael Dudikoff, Billy Drago, Tom Pollock, Boaz Davidson, Eli Roth…
DURÉE 90 mn
DISTRIBUTEUR Paradis Films
DATE DE SORTIE 22 octobre 2014

2 Commentaires

  1. Bon j ‘ attendrais les DVDs … par contre ils en ont parlé sur France Culture dans l ‘ émission  » la dispute « 

  2. Moi j’aime pas quand on traite les films de la Cannon avec la condescendance de ce premier paragraphe. On se croirait sur Nanarland.

Laissez un commentaire