DU RIFIFI A PANAME

Production estampillée Pandemic Studios (MERCENARIES 2 : L’ENFER DES FAVELAS), THE SABOTEUR tente de s’engouffrer dans la brèche des jeux d’action explosifs et adeptes du premier degré narratif popularisés par Rockstar et son incontournable GTA IV. Malheureusement, malgré une démarche plutôt franche et un contexte susceptible de nourrir une véritable expérience de jeu, THE SABOTEUR ne parvient pas à trouver sa propre voie, à force de déférence envers ses illustres références…

La proposition faite par GTA IV semble quand même avoir fait des envieux auprès des développeurs susceptibles de produire des jeux à monde ouvert aux velléités narratives. THE SABOTEUR en est la preuve, car il prend déjà comme toile de fond un contexte historique plutôt couillu (le Paris occupé du début des années 40) et propose au joueur d’incarner Sean Devlin, un anti-héros irlandais plutôt brutal qui s’allie avec la résistance française dans le but d’assouvir une vengeance qui lui permettrait d’atteindre une certaine forme de rédemption. On le voit, le jeu propose une intrigue principale qui s’apparente à un véritable parcours héroïque (par ailleurs inspiré par un véritable héros de guerre : William Grover-Williams) et qui tranche au milieu des nombreuses missions secondaires et des courses de voitures qui permettent de visiter la capitale française en traversant les Champs Elysées et le Quartier Latin en passant par Châtelet. Sur le principe, THE SABOTEUR est donc un jeu intéressant, et qui propose même sa petite originalité, étant donné que le contexte historique est généralement employé dans les FPS et non dans les jeux à la troisième personne, du moins ces dernières années. Le problème, c’est que les velléités qui nous concernent ici ne sont jamais vraiment digérées dans la logique d’un jeu « bac à sable ». Passé une courte introduction qui met en place les fondements du jeu, THE SABOTEUR abandonne Paris et la logique de monde ouvert pour un long flashback en campagne allemande, dont les missions prennent une tournure dirigiste, dans le but de relater le passé de Sean, et notamment les actions qui vont mener à la mort de son meilleur ami. Ce drame fondateur, souvent primordial dans la création d’une figure héroïque, casse cependant rapidement la logique du jeu, d’autant qu’il est raconté par de multiples cinématiques (près d’une heure de jeu !) susceptibles de conditionner le joueur, afin de l’imprégner du fardeau qui pèse sur les épaules du personnage principal. Obsédés par l’idée de conférer une épaisseur psychologique à leur anti-héros, les responsables balisent cependant leur jeu, aussi bien dans l’écriture que dans le traitement visuel : en effet, le noir et blanc utilisé ici pour magnifier Paris évoque peut-être les films noirs des années 40, mais il représente surtout le « spleen » du personnage et sa relation à la capitale française : à chaque acte de résistance important, donc chaque action vengeresse de Sean, la couleur reprend ses droits, faisant ainsi progresser l’intrigue en même temps que la logique psychologique du personnage. Le système est plutôt intéressant (il a d’ailleurs fait ses preuves de façon plus pertinente dans OKAMI ou SUPER MARIO SUNSHINE par exemple), si ce n’est qu’il est pensé de telle façon qu’il confère une aura presque fantastique au jeu (dans le sens « fantasy » du terme), alors que celui-ci revendique pourtant en priorité son appartenance aux grandes oeuvres « hard-boiled » d’après-guerre en invoquant joyeusement les archétypes de la virilité à l’ancienne, tels qu’ils se pratiquaient dans un certain cinéma aujourd’hui révolu (Sean est un buveur invétéré, qui jure comme un charretier et se passionne pour les voitures de course et les belles pépés, difficile de faire plus clair). Bref, l’idée en soi a supplanté sa confection hasardeuse dans le coeur des développeurs, et c’est clairement la problématique générale du jeu.

Par son aspect rétro et sa volonté affichée de passer pour une oeuvre mature et réfléchie, THE SABOTEUR s’avère être un jeu ambitieux. Le problème est que les responsables s’appuient trop sur leurs références (GTA IV en premier lieu, comme souligné plus haut) plutôt que de puiser dans l’histoire et la richesse du contexte qu’ils ont pourtant décidé d’explorer. Ainsi, plutôt que de baser exclusivement le contenu adulte du jeu sur son exploitation de la violence et de la nudité (mais cela ne fait jamais de mal pour raconter une histoire « badass », nous sommes d’accord), une véritable mise en perspective des conséquences quotidiennes de la vie sous l’occupation aurait pu être particulièrement intéressante à retranscrire sous forme de gameplay, et ce d’autant plus que les auteurs lient chronologiquement le drame fondateur de Sean au début de la Seconde Guerre Mondiale. Mais pour cela, il aurait fallu faire l’impasse sur une écriture paresseuse, qui fait apparaître et disparaître des personnages de façon assez cocasse, et sur une problématique d’ambiance, malheureusement trop diffuse pour êtreconvaincante. Paris et le nord de la France proposent peut-être un sacré terrain de jeu, dans les rues, sur les routes et même sur les toits, mais le joueur cocardier ne ressent jamais le sentiment d’immersion pour autant, tant et si bien que le jeu pourrait se dérouler dans une autre grande ville sans qu’une réelle différence ne se fasse ressentir. Toujours est-il que THE SABOTEUR arrive parfois à nous contredire : la mort annoncée d’un des héros de la résistance est relativement surprenante et couillue dans son déroulement, et l’exploitation de certains monuments de la capitale, comme la Tour Eiffel et Notre Dame de Paris et l’imagerie typiquement française qui s’en découle, sont amenés de façon suffisamment judicieuse pour procurer des sensations de jeu uniques, que l’on ne pourrait pas retrouver ailleurs… THE SABOTEUR affiche donc de bonnes références, que ce soit en matière de jeux vidéo comme d’oeuvres cinématographiques. Il propose finalement une bonne dose d’action, une certaine variété et même une volonté affichée de traiter le médium avec sérieux… Mais malgré toutes les bonnes intentions, les petits morceaux de bravoures qui font plaisir à jouer et le cadre forcément attrayant pour nous autres français, il y manque un certain recul et un certain savoir-faire dans l’écriture scénaristique et la mise en condition du joueur pour emporter l’adhésion. Dommage, il y avait de quoi faire avec un tel sujet, et même un tel parti-pris.

7 Commentaires

  1. Les bandes-annonces m’avaient donné très envie de me ruer sur ce titre à sa sortie et c’est un vendeur d’une grande enseigne qui m’avait dissuadé de le faire (bon ok dans la balance j’avais aussi Assassin’s Creed 2). Les autres reviews lues ensuite ont hélas confirmé ce jugement. Dommage dommage. Je pense que je craquerai quand même pour une version d’occase pas chère plus tard pour voir de mes yeux le rattage 🙁 …

  2. David BERGEYRON

    Pas accroché non plus à ce Saboteur. Le concept du jeu ouvert à la GTA dans un background Guerre 39-45 était pourtant alléchant. Les missions s’inscrivent en effet dans une logique de gameplay assez dirigiste mais en plus elles demeurent assez classiques (pour ne pas dire inintéressantes) quand elles ne rappellent pas carrément celles de MAFIA (un autre jeu à monde ouvert de Take 2 qui avait fait son effet en 2002).
    Encore, au delà de l’aspect narratif du jeu, je trouve que The Saboteur reste un jeu de facture très moyenne par rapport à la concurrence (et à GTA 4 de Rockstar).
    Peut être est-ce parce que je suis devenu plus exigent mais The Saboteur est encore un de ces jeux que j’ai abandonné en court de route ^^
    Heureusement que Rockstar va sortir les extensions de GTA4 pour les joueurs PS3 ..

  3. Arno

    Je cite David : « Heureusement que Rockstar va sortir les extensions de GTA4 pour les joueurs PS3 .. »

    C’est vrai ?? Putain, j’étais pas au courant, c’est carrément génial !! La bonne nouvelle de la soirée !

  4. David BERGEYRON

    Yep Arnaud, ça sort le 30 Mars sur le Playstation Store …

  5. Blunt

    Et également sur un blu-ray avec les deux épisodes, comme ils avaient fait pour la version 360. Le mois de Mars va être salement rude pour le portefeuille…

  6. The Guest

    Rien à rajouter, j’ai ressenti exactement la même chose en y jouant. Le background arrive parfois, sur une ou deux scènes, à nous embarquer dans l’ambiance, mais ne tient pas la longueur.
    Un univers trop vaste pour si peu d’implication.

    Par contre, l’onirisme qui se dégage de l’atmosphere m’a davantage fait penser au dernier effet à la mode dans certaines productions adaptant des comics books (Sin City, The spirit, 300).

    Tellement d’ailleurs qu’à certains moments, j’essayais de visualiser ce qu’aurait pu donner un gameplay moins réaliste.

    Un personnage genre Spawn déchirant la nuit pour fondre sur ses ennemis en virevoltant au milieu des balles, enfin je pense que c’est surtout dû à l’ennui qui grandissait en même temps que la fin s’approchait.

  7. Quelques bonnes info mais toujours un bon post merci !

Laissez un commentaire