DIALOGUE DE SOURDS

Horreur, comédie musicale, satire sociale… Dans nos salles ce mercredi, THE VOICES de Marjane Satrapi tente le grand mélange des genres… et se plante à chaque virage !

Jerry (Ryan Reynolds) est un gentil garçon mais quand il ne prend pas ses médicaments, il voit la vie en rose bonbon et entend des voix, celles de son chat Mr. Whiskers et de son chien Bosco. Et surtout, il tue ses jolies collègues de travail (Gemma Aterton en première victime), les découpe en morceaux et met leurs têtes dans le frigo. Du coup, il entend également leurs voix et forcément sa folie commence un peu à se voir… On n’attendait pas forcément la réalisatrice de PERSEPOLIS et de POULET AUX PRUNES sur l’étude de caractère tragi-comique d’un tueur en série, tout comme c’est le cas de Ryan Reynolds, qui ne nous frappe pas comme le choix idéal pour incarner ce personnage principal aux multiples facettes, même si celles-ci sont réparties sur ses différents animaux de compagnie. Et pour cause, puisque cette étrange association, qui frise le « miscast » de talents comme seul le cinéma indépendant international peut en produire parfois, est le souci principal de THE VOICES.

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Car si le scénario convenu de Michael R. Perry a bien du mal à consolider les différents genres en adoptant spécifiquement le point de vue d’un personnage aussi unilatéral que Jerry (dont le contrepoint réel est révélé tardivement), il faut également préciser que chaque rupture de ton est traitée avec une constance qui finit par contredire le principe même de cet effet cinématographique casse-gueule. Des premières conversations entre Jerry et ses animaux de compagnie à la comédie musicale finale, en passant par le premier meurtre, tout est finalement balisé et annoncé par un scénario qui prépare le terrain pour le spectateur. Or, Marjane Satrapi elle-même (sans parler des prestations totalement fades de Ryan Reynolds) ne va jamais assez loin dans la comédie ou l’horreur pour justifier une œuvre qui puisse vraiment revendiquer ce mélange des genres et le mener jusqu’au bout du concept. Jamais drôle et jamais malsain, THE VOICES n’est surtout jamais surprenant, et le spectateur n’y trouvera d’ailleurs rien qu’il n’a pas déjà vu dans le moindre film de Tim Burton de ces quinze dernières années. C’est dire à quel point il s’agit d’une œuvre conformiste !

TITRE ORIGINAL The Voices
RÉALISATION Marjane Satrapi
SCÉNARIO Michael R. Perry
CHEF OPÉRATEUR Maxime Alexandre
MUSIQUE Olivier Bernet
PRODUCTION Nicole Barton, Roy Lee, Matthew Rhodes, Adi Shankar, Spencer Silna
AVEC Ryan Reynolds, Gemma Aterton, Anna Kendrick, Jacki Weaver, Ella Smith…
DURÉE 109 min
DISTRIBUTEUR Le Pacte
DATE DE SORTIE 11 mars 2015

4 Commentaires

  1. Bastien

    Oh, c’est très dur ce papier ! Le film m’a bien fait marré et j’ai trouvé Ryan Reynolds irrésistible. Il était d’ailleurs aussi très bon dans Captives qui lui, en revanche, était un film pas très bon.

  2. bruttenholm

    « prestations totalement fades de Ryan Reynolds »… Même pour les voix des animaux ?

    • Moonchild

      Non, rien d’exceptionnel, pour la petite histoire le chat a un accent écossais, si on aime entendre rouler les « r », alors why not ?

  3. Moonchild

    Un gros ratage, la sauce ne prend jamais dans ce mélange des genres assez artificiel et poussif (comédie noire acidulée entrelardée d’accents gores) ; et puis, il ne suffit pas de mettre dans la bouche d’un chat les mots « baiser » et « enculer » ou encore de découper des jolies donzelles pour être subversif ; ce métrage me semble aussi inepte que le récent Horns.
    Je suis un peu peiné car j’aime bien Marjane Satrapi (ses BD surtout et son petit côté punk), on pourra toujours l’excuser de ne pas avoir signé le script.

    PS : concernant le sous-sous-genre du film « à la découpe », heureusement il nous reste le superbe May de Lucky McKee et le très bon Alyce de Jay Lee (assez peu connu mais qui vaut vraiment le détour, en plus on peut le trouver à moins de 1 euro, que demande le peuple …).

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