DENZEL BRAQUE LES MAQUEREAUX

Une série télé des années 80 revue et corrigée en mode « vigilante movie » des années 2010, voici le programme de cet EQUALIZER pas bien finaud qui fait pourtant tout ce qu’il peut pour nous faire croire le contraire. Aux commandes : Antoine Fuqua et Denzel Washington, qui, en attendant leur remake à venir des SEPT MERCENAIRES (mondieumondieumondieu…), continuent de rouler leur public dans la farine.

Les films d’Antoine Fuqua ont une fâcheuse tendance à se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas, voire à péter plus haut que leur cul vu le potentiel très limité du monsieur. Pourtant, qu’il s’amuse à singer John Woo (UN TUEUR POUR CIBLE), Sidney Lumet (TRAINING DAY) ou John McTiernan (LA CHUTE DE LA MAISON BLANCHE), Fuqua ne fait jamais illusion très longtemps, ses films ne tardant guère à expulser au grand jour le beauf qui sommeille en eux. À ce petit jeu-là, EQUALIZER ne fait pas exception. L’idée de voir Fuqua remaker une série des années 80 – sur un agent de la CIA à la retraite prêtant ses services gratuitement aux démunis afin de racheter ses fautes passées – n’avait pas de quoi enthousiasmer les spectateurs que nous sommes. Et le résultat est à la hauteur de nos attentes, même si lesté d’un humour involontaire à l’occasion appréciable. D’entrée de jeu, le cinéaste prend son sujet excessivement au sérieux, s’attardant longuement sur la petite vie pépère de son héros, sorte de moine moderne fringué comme un péquenot psychorigide aux petites manies à la limite du comportement de maniaco-dépressif. Denzel Washington, lui, est totalement raccord : la boule à zéro, la chemise amidonnée et le geste mesuré, il en fait des caisses dans le registre du brave monsieur-tout-le-monde un brin mystérieux et solitaire, qui cite Ernest Hemingway pour teaser son entourage sur le secret qu’il cache au fond de lui. Le film semble alors revendiquer comme une volonté d’épure et de dilatation temporelle qui apparaît clairement comme de la pose : on pense évidemment à la manière méticuleuse que peut avoir Michael Mann de dépeindre l’existence de ses personnages de loups solitaires, mais en version prêt-à-mater. Et puis, peu à peu, les grosses ficelles débarquent équipées de leurs gros sabots (si si !) et l’on constate que, en effet, toute cette subtilité affichée était beaucoup trop voyante pour être honnête.

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À partir de là, le film ne se refuse rien : le personnage secondaire du gentil gros que le héros aide à maigrir pour trouver du taf, la jeune pute toute mimi brutalisée par ses maquereaux et au secours de laquelle vole notre chevaleresque Equalizer (Chloë Grace Moretz dans un rôle éclair tout juste bon à déclencher les hostilités), lesdits maquereaux – de terrifiants mafieux russes dont la laideur physique et l’amoralité sans bornes nous rappellent avec une certaine émotion la grande époque des films d’actions ricains type INVASION USA, etc, etc. Si ce n’était que ça. Mais en plus de cette caractérisation aux fraises, Fuqua nous gratifie d’une mise en scène tout aussi subtile et innovante, à base de ralentis lourdingues et de montages parallèles en trompe l’œil (on croit que le gentil est dans la maison qu’investissent discrètement les méchants armés jusqu’aux dents et en fait, bah non, il était ailleurs !), notre as de la caméra allant même jusqu’à nous gratifier d’un fabuleux plan « cool guys don’t look at explosions » sur lequel il est difficile de ne pas éclater de rire. On se pince parfois, en se demandant si le film n’est pas finalement une parodie mais le meilleur reste à venir. À savoir une longue (très longue) scène d’action finale où Denzel attire les méchants, de nuit, dans le Bricorama où il bosse et les extermine un à un avec un sadisme hallucinant, utilisant pour ce faire les outils les plus variés à sa disposition sur les étalages de l’entrepôt. Un russkof se fait ainsi éclater à coups de marteau tandis qu’un autre se fait défoncer le crâne à la perceuse ou qu’un troisième est pendu haut et court à l’aide d’un fil barbelé. Bref, on se croirait revenu à la grande époque où Charles Bronson dessoudait salement du « bad guy » pour le compte de la Cannon. L’amateur de pelloches déviantes des années 80 pourra apprécier de tels éléments pour eux-mêmes (en particulier dans le contexte du blockbuster actuel), mais il reste indéniable que les prétentions déplacées de Fuqua et de son film ont une tendance très nette à saper l’effet de ces petits ingrédients épicés. Paul Kersey, réveille-toi, ils sont devenus chiants !

TITRE ORIGINAL THE EQUALIZER
RÉALISATION Antoine Fuqua
SCÉNARIO Richard Wenk d’après la série TV créée par Michael Sloan et Richard Lindheim
CHEF OPÉRATEUR Mauro Fiore
MUSIQUE Harry Gregson-Williams
PRODUCTION Todd Black, Jason Blumenthal, Tony Eldridge, Mace Neufeld, Alex Siskin, Michael Sloan, Steve Tisch, Denzel Washington et Richard Wenk
AVEC Denzel Washington, Marton Csokas, Chloë Grace Moretz, David Harbour, Haley Bennett, Bill Pullman…
DURÉE 131 mn
DISTRIBUTEUR Sony Pictures Releasing France
DATE DE SORTIE 1er octobre 2014

12 Commentaires

  1. Ca donne envie ^^’
    A part ça une petite faute à l’avant-avant-avant dernière ligne du premier paragraphe : apparaît clairement comme de la pOse.

  2. Anthony

    C’est pas parce que vous n’avez pas apprécié le film qu’il faut spoiler comme des malades !

  3. Fortunato

    John McTiernan ou Joe Carnahan auraient réalisé le même film, avec le même scénario et les mêmes acteurs, Capture Mag crierait au génie… Mais voilà, ce n’est que Fuqua, et Fuqua il est ontologiquement mauvais. C’est beau la politique des auteurs inversée…

  4. Fest

    McT ou Carnahan n’auraient PAS réalisé le même film (en voilà du vieux débat)…

    Sinon l’avantage avec Fuqua c’est qu’on sait à quoi s’attendre, et j’avoue que depuis quelques années je prends un plaisir certain devant ses films. C’est bourrin, c’est grandiloquent, c’est sans surprise mais ça défoule.

    Et donc j’ai passé un bon moment devant cet EQUALIZER, d’autant que mes nachos au fromage étaient bien croustillants comme il faut… Pourquoi le nier ?

  5. Sanju

    Euh… McT ou Carnahan n’auraient pas réalisé le même film car ce qui distingue un réalisateur d’un autre n’est pas seulement son nom mais surtout ses choix de mise en scène, de narration visuelle (et tout plein d’autres trucs…). Et le travail de (uncle) Fuqua n’a pas grand chose à voir avec celui des deux réalisateurs mentionnés si ce n’est qu’ils abordent des genres similaires. Et, sur ce, je précise que je ne rejette totalement pas en bloc la filmo du père Antoine (son Gérard Butler à la maison blanche m’a plutôt amusé dans le genre « Under siege 3 » avec 20 ans de retard).

  6. Fest

    Ben ouais je suis d’accord il est rigolo son sous-Die Hard avec Gégé.

    (n’empêche même quand je suis pas de votre avis ça fait toujours plaisir de vous lire la Capture Team)

  7. Sinon cette semaine avec un héros black qui détruit tout il y a GET ON UP !…

  8. Moonchild

    Une belle daube d’un réalisateur qui les enchaîne par ailleurs ; mais comme le dit le proverbe, on ne peut pas demander à un bourriquot de se transformer en cheval de course.
    Ce qui me gêne le plus (et ce film n’est pas l’unique exemple), c’est le côté putassier, le fait de ratisser large pour essayer de contenter un public varié (et peu exigeant) : un peu d’émotion et de compassion (la pauvre petite prostituée, le pauvre latino qui essaie de vivre le rêve américain), un peu de baston « badass » (les scènes d’action sont tout de même super mal filmées, quelle horreur que cette séquence finale dans l’enceinte de Mr Bricolage), et surtout beaucoup de remplissage inepte et de poncifs pénibles (le héros au passé mystérieux, le tueur russe sociopathe).

    Si vous voulez voir un grand film cette semaine, il y a Still the water de Naomi kawase, œuvre sublime s’il en est.

  9. Fest

    Je suis d’accord avec toi Moonchild sur le côté putassier mais je trouve pas que Fuqua filme mal ses scènes d’action, c’est même pour ça que j’aime bien ses derniers films.Y a tout de même un net progrès dans ce domaine depuis UN TUEUR POUR CIBLE.

    Après on peut reprocher des trucs à sa mise en scène (ça prend la pause, ça se la pète) et trouver ses films cons mais au moins quand ça se fighte c’est bien torché.

  10. LordG

    Equalizer, vrai surprise de ce joli mois d’Octobre, une série B, vivifiante, plutôt fidèle à la série et pas en second degré, du vrai premier degré comme icelle. Et cerise sur le bateau, l’ombre de Tony Scott plane sur tout le métrage, du choix d’un héros à la rédemption ouvrière, la présence de Denzel magnétique bien entendu, en passant par les filtres délavés et le final marxiste (entre Unstoppable et L’attaque du Métro 123). C’est un peu le Man on fire qui finit bien Et pour couronner le tout, même le pont, figure de l’entre-deux Scottienne, revient plusieurs fois dans le métrage. Antoine Fuqua m’a ravi;

    après qu’on ne s’y trompe pas, Antoine Fuqua c’est jamais du niveau des grands comme Mc T ou même Scott, mais j’ai aimé la tentative, même avortée.

  11. El G.

    « l’ombre de Tony Scott plane sur tout le métrage »

    Il est bien là le problème de ce réal. Après autant de films, il serait temps d’arrêter de faire planer des réalisateurs sur tous les métrages. Si je veux voir du Tony Scott, je mate du Tony Scott, pas du Fuqua ! Ya pas un film dans sa filmo qui ne soit pas sous influence ! Donc quand je lis cette phrase, c’est pas vraiment fait pour me rassurer …. Et en plus au final, c’est même pas un bon copieur !

  12. Thithi

    OK, j’ai mes déviances… FUQUA, j’aime TRAINING DAY, ROI ARTHUR – hé oui !… – OLYMPUS HAS FALLEN, et L’ELITE DE BROOKLYN, son meilleur. Et j’oublie UN TUEUR POUR CIBLE et SHOOTER et LES LARMES DU SOLEIL et PIEGE… EQUALIZER est dans ma première liste. Malgré ses « outrances », ouais, un plaisir coupable…

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