DÉJÀ MORTE

Film après film, le producteur Jason Blum confirme son talent cynique, qui consiste à enchaîner des œuvres à petit budget, à la qualité artistique souvent déplorable (voire inexistante), destinées à rapporter le plus d’argent possible en un minimum de temps. Après la série des PARANORMAL ACTIVITY ou plus récemment THE PURGE 1 et 2 (un troisième volet de la franchise est d’ailleurs en préparation), le dernier-né des productions Blumhouse s’intitule LAZARUS EFFECT et suit strictement la même formule. Bref, rien de nouveau sous le soleil.

Cette fois, il n’est question ni de demeures habitées par des esprits (PARANORMAL ACTIVITY, INSIDIOUS, SINISTER), ni de nuits violentes dans une Amérique puritaine (THE PURGE). Le récit prend pour cadre une université de Californie, plus précisément une équipe de chercheurs dont les travaux tournent autour de la mort. Frank et Zoé (incarnée par Olivia Wilde, dont le joli minois arpentait les plages d’Orange County dans la série NEWPORT BEACH), les deux médecins de l’équipe, ont développé le sérum Lazarus qui, une fois injecté dans le cerveau, doit permettre de ressusciter les morts. Au cours de l’une de leurs expériences, Zoé décède par électrocution. Franck, traumatisé par la mort de son amie, décide (quelle bonne idée !) de tester immédiatement le sérum sur elle, alors même que ce dernier n’est pas encore parfaitement au point. Si Zoé revient à la vie, elle semble comme métamorphosée par l’expérience, devenue agressive et douée de capacités nouvelles, notamment télépathiques.

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Dès l’entame, les problèmes s’accumulent. Passons rapidement sur le casting, qui repose sur des acteurs dont le physique juvénile contredit l’image de brillants chercheurs que le récit tente paradoxalement de construire. Plus problématique, le récit se déploie quasi intégralement dans le sous-sol de l’université (dans lequel les chercheurs ont installé leur quartier général, pour d’obscures raisons financières), ce qui donne lieu à un production design affligeant, entre éprouvettes ou tubes à essai dignes du Petit chimiste cher à Gaston Lagaffe, et mobilier cheap et incongru (dont un canapé orange en contradiction totale avec l’ambiance des lieux). Pire, la ribambelle de jumpscares n’est nullement contrebalancée par les séquences de meurtre en elles-mêmes : mention spéciale à la scène durant laquelle Niko, l’un des assistants, est littéralement « avalé » par une armoire métallique, qui frise le ridicule. De surcroît, le long-métrage racole à tous les étages, pillant à la fois un chef-d’œuvre tel que SHINING (la séquence où les petites filles hantent le couloir de l’hôtel) mais aussi LUCY, reprenant, à la virgule près, le postulat du dernier film de Besson selon lequel, à la suite de sa résurrection, Zoé est capable d’utiliser « 100% des capacités de son cerveau ». À l’image des anciennes productions Blumhouse, LAZARUS EFFECT ne brille pas par son originalité, c’est le moins qu’on puisse dire.

En outre, et cet élément est plus gênant encore, le récit est nimbé d’un discours chrétien de pacotille, la résolution de l’énigme tenant, en partie, à une interprétation de ce qui se produit au moment même de la mort. Faisant s’affronter deux versions radicalement antagonistes (le rationalisme de Frank contre la foi de Zoé), le film de David Gelb opte pour la seconde voie et verse dans un christianisme pour les nuls à destination notamment du public de la fameuse « Bible Belt » américaine, friand de ces petits films d’horreur qui servent la soupe à sa vision du monde. Il faut ainsi se taper une leçon de morale sur les risques engendrés par la science lorsqu’elle emprunte le chemin réservé au divin, asséné avec une pudibonderie d’un autre temps. Non content de livrer une œuvre théoriquement digne des seuls bacs à DVD d’un hypermarché, David Gelb s’enfonce dans un christianisme discount qui, au final, risque d’écoeurer ceux qui auront réussi à tenir jusque-là.

TITRE ORIGINAL The Lazarus Effect
RÉALISATION David Gelb
SCÉNARIO Luke Dawson & Jeremy Slater
CHEF OPÉRATEUR Michael Fimognari
MUSIQUE Sarah Schachner
PRODUCTION Jason Blum, Matthew Kaplan & Jimmy Miller
AVEC Mark Duplass, Olivia Wilde, Sarah Bolger, Evan Peters, Donald Glover, Ray Wise…
DURÉE 83 min
DISTRIBUTEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 11 mars 2015

5 Commentaires

  1. Xav

    Euh… pourquoi continuer à regarder ces films et encore plus pourquoi en faire une critique ? D’autres bien plus intéressants n’y ont pas droit…

  2. Le Veilleur

    « et Zoé (incarnée par Olivia Wilde, dont le joli minois arpentait les plages d’Orange County dans la série NEWPORT BEACH) »

    yavait mieux pour la présenter, elle est avant tout Numéro 13 dans la super série Doctor House, et une des figures secondaires de Tron Legacy. C’est quand même plus flatteur que « Newporc Bitch » 🙂

    J’avoue que même question que Xav, si encore la critique était plus poussé que l’avis de base Télérama mais même pas, alors à quoi bon ? ^^

     » Il faut ainsi se taper une leçon de morale sur les risques engendrés par la science lorsqu’elle emprunte le chemin réservé au divin, asséné avec une pudibonderie d’un autre temps. » C’est aussi un des sujets de Jurassic Park, pourtant c’est fait avec un autre style 🙂 par contre bien vu pour le « remake » de Lucy, j’ai pensé à ça toute la séance en fait.

    • Fest

      Ah non ami Le Veilleur, dans JURASSIC PARK il est question d’une science qui transgresse les lois de la nature (citée à maintes reprise), et non celles fixées par Dieu, ce qui fait une énorme différence.

      En cela, aucune pudibonderie dans le film de Spielberg.

  3. Le Veilleur

    Quand la Nature est deifiee comme souvent chez Spielberg c’est la même chose. D’où le fait que c’est un autre style.

    • Fest

      Ben si on parle de « pudibonderie » c’est pas vraiment la même chose…

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