DE VRAIS SCHNOCKS

En salles depuis mercredi dernier, C’EST LA FIN de Seth Rogen et Evan Goldberg ne démontre pas forcément les limites de la clique de Judd Apatow, ni même celles du discours « méta » en vogue dans la comédie américaine. Non, c’est juste un gros film fainéant qui ne cherche pas franchement à aller plus loin que le court-métrage dont il s’inspire. Quel dommage de n’avoir rien à dire, surtout quand on aspire à faire long !

Seth Rogen et ses copains (James Franco, Jay Baruchel, Jonah Hill, Craig Robinson) font la fête à Los Angeles. Ils se déchirent la tronche, font les cons et se prennent des claques dans la gueule par Rihanna, qui apparemment n’aime pas se faire toucher les fesses. Soudain, c’est la fin du monde ! Pas de bol, ils vont devoir tenter de survivre ensemble. Voilà pour le pitch de C’EST LA FIN, première réalisation de Seth Rogen et Evan Goldberg, le duo responsable de l’excellent SUPERGRAVE, comme du très mauvais THE GREEN HORNET. Et très franchement, on pourrait arrêter cette critique ici et ne rien rajouter, étant donné que le film ne propose rien de plus que ce pitch à l’intérêt particulièrement limité. Bon, comme vous êtes tout de même sur un site sérieux, professionnel et qui sent bon la vanille des îles, on va quand même vous rajouter une petite couche d’argumentaire.

Image de prévisualisation YouTube

On pourrait de prime abord questionner la raison pour laquelle Goldberg et Rogen ont décidé de raconter cette histoire totalement fantastique (il y est question d’apocalypse divine) en mettant en scène les acteurs dans leurs propres rôles (fantasmés), mais il se trouve que c’est quasiment le seul point d’ancrage des deux auteurs dans la comédie à proprement parler. S’ils montrent une burne de démon par-ci et une mort un peu gore par-là, le gros des situations comiques de C’EST LA FIN tourne autour des tanches que les comédiens s’envoient dans la tronche, à la fois sur leur carrière respective et sur les non-dits de leur image publique : Seth Rogen est un vendu qui joue comme une savate dans tous ses derniers films, James Franco a forcément sucé une bite la nuit dernière, Jonah Hill ne manque aucune occasion de rappeler qu’il a été nominé à l’Oscar du meilleur second rôle dramatique, et on en passe. Dans cette logique comique « méta » (« C’est nous mais en fait c’est pas nous, mais c’est nous quand même »), il est vrai que deux petites apparitions font mouche. Il s’agit des caméos de Michael Cera et Channing Tatum et nous éviterons de les spoiler, étant donné qu’ils correspondent environ à 2mn30 de métrage. Pour le reste, ceux qui ne suivent pas les carrières de ces messieurs (soit 90% des spectateurs français) peuvent passer leur chemin, puisque les vannes risquent de leur passer sous le pif.

Au mieux, C’EST LA FIN peut révéler quelques comédiens aux spectateurs qui ne les connaissent pas : on pense notamment à Craig Robinson et surtout à Danny McBride, qui fait son apparition de la même manière que dans son excellente série EASTBOUND & DOWN (KENNY POWERS chez nous). Au pire, le film passera pour un exercice de style particulièrement prétentieux, puisqu’il s’apparente à une thérapie de groupe qui n’assume jamais pleinement sa démarche humoristique et sa dénonciation des travers de la société hollywoodienne (le thème est évoqué du bout des doigts). Seth Rogen s’est exprimé à longueur d’interviews dans les médias américains sur le fait que chacun des acteurs est venu le voir sur le plateau à un moment donné, pour lui dire qu’il ne pouvait pas faire certaines choses. En somme, aucun n’a accepté de jouer le jeu, et c’est précisément cette auto-censure (et celle de Rogen et Evan Goldberg en premier lieu) qui enferme C’EST LA FIN dans ce carcan pantouflard dont il ne parvient jamais à s’extraire. Ce premier essai est donc un produit timoré et mal fichu (les effets spéciaux sont pourris mais à la décharge des techniciens, la direction artistique bondieusarde n’arrange pas vraiment les choses), qui aimerait bien se donner des airs de film « culte ». Sachant qu’ils ont signé la série UNDECLARED (LES ANNÉES CAMPUS chez nous) et SUPERGRAVE, Seth Rogen et Evan Goldberg devraient savoir que ça ne se décide pas forcément comme ça…

TITRE ORIGINAL This is the end
RÉALISATION Evan Goldberg & Seth Rogen
SCÉNARIO Evan Goldberg & Seth Rogen
CHEF OPÉRATEUR Brandon Trost
MUSIQUE Henry Jackman
PRODUCTION Evan Goldberg, Seth Rogen & James Weaver
AVEC James Franco, Seth Rogen, Jay Baruchel, Danny McBride, Craig Robinson, Jonah Hill…
DURÉE 107 mn
DISTRIBUTEUR Sony Pictures Releasing France
DATE DE SORTIE 09 octobre 2013

2 Commentaires

  1. bulotch

    A ne pas voir si vous avez développé un certain attachement aux acteurs, et même aux personnages qu’ils représentent. Le ridicule et le pathétique dans lequel ils s’enfoncent dans ce navet m’a mis extrêmement mal à l’aise.
    J’espère que ce n’est qu’un accident de parcours…

  2. Fest

    Aucun argument objectif pour défendre ce film sinon que… j’ai ri.

Laissez un commentaire