DANS L’OMBRE D’UN GÉANT

Difficile de lâcher une poule aux œufs d’or. Alors qu’ils s’apprêtent à perdre les droits d’adaptation du personnage Spider-Man, les studios Sony/Columbia Pictures lancent un reboot de la franchise, qui repart à zéro avec une soi-disant « Untold Story » racontée par le réalisateur Marc Webb. Est-ce vraiment la meilleure des raisons pour lancer cet AMAZING SPIDER-MAN en catastrophe, surtout après une série de films très populaires ?

Mettons de côté le fait que le premier SPIDER-MAN fête tout juste ses dix ans, et oublions même, si c’est possible,  que la trilogie toute entière s’inscrit dans le panthéon des meilleurs films de super-héros de tous les temps. Et bien malgré ça, il est très difficile de faire abstraction du travail effectué par Sam Raimi sur le personnage de Spider-Man. Et pour cause : THE AMAZING SPIDER-MAN y fait constamment référence. Dès les premières images du générique – qui reprend à son compte la célèbre toile bleutée – ce reboot est mal barré tant il se force à rester dans l’ombre des précédents films. En guise de « Untold Story », le film de Marc Webb laisse rapidement en plan quelques pistes sur les véritables parents de Peter Parker, pour se concentrer une fois de plus sur les origines de son alter ego Spider-Man. Les grandes lignes en sont reprises, et même si le réalisateur s’y attarde pendant près d’une longue heure, chacune des séquences clés (la piqure, la découverte des pouvoirs, la mort de Ben, etc…) semble rapidement bazardée au montage, comme si les décisionnaires du projet s’étaient rendus compte de sa vacuité en cours de route. Le but ne semble même plus de faire mieux en l’occurrence, mais déjà de faire différent, et c’est bien en cela que THE AMAZING SPIDER-MAN fait déjà aveu d’impuissance et échoue lamentablement.

Car s’il est certain que le ton employé diffère clairement des œuvres de Sam Raimi pour tenter de retrouver une sorte de modernité empruntée et pseudo-réaliste, il va sans dire que les quelques partis pris concordants de Marc Webb jurent volontiers avec la nature même du personnage en titre. Ainsi, le choix de se reposer sur des cascades physiques plutôt que des effets numériques (et encore, le procédé a ses limites, vu le final bourré de SFX) revient à minimiser les supers pouvoirs de Spider-Man (contrairement à Batman, il en a lui), dont on se demande d’ailleurs pourquoi il porte un masque, étant donné que les principaux protagonistes principaux finissent par connaître sa véritable identité, soit par choix, soit par le truchement de raccourcis scénaristiques paresseux (pour le Lézard, il lui suffit de retrouver un appareil photo au nom de… Peter Parker). Car c’est également l’un des problèmes majeurs de ce reboot qui passe son temps à faire des œillades sur la copie du grand frère, pour le copier ou pour s’en démarquer assez bêtement, parfois dans la même séquence, preuve s’il en est de l’esprit schizophrène de THE AMAZING SPIDER-MAN. Sur le papier, l’accent est donc mis sur les facultés intellectuelles de Peter Parker, le jeune et brillant esprit scientifique du comics. D’un côté, il est donc capable de se fabriquer des toiles synthétiques et balancer une équation au débotté, qui résout mine de rien les longues années de recherche de son professeur, le Docteur Connors. Et de l’autre, il a quand même besoin de lui demander quel est le point faible des reptiles (Wikipedia, Google, anyone ?) et se retrouve bien embêté quand une de ses toiles lui fait défaut et qu’il ne pense tout simplement pas à tendre l’autre bras, sait-on jamais qu’un de ses fluides arachnéens puisse lui sauver la vie sans qu’on ait besoin de lui aligner une série de grues pour lui montrer le chemin. Et malheureusement, les quelques nouvelles idées, comme le plan en vue subjective ou un combat sur le plafond bas du lycée, sont rapidement mises de côté au profit de plans entier issues et pensés dans la trilogie originale, avec cette fameuse caméra qui suit le Tisseur du haut d’un immeuble jusque dans le trafic new-yorkais. Et c’est sans évoquer le plan virevoltant final, plutôt familier.

On pourrait longuement revenir sur l’absence de réelle menace (le plan du Lézard consiste donc à embrumer quatre flics… c’est ça ou j’ai raté les scènes coupées ?), sur la façon dont certaines séquences d’action renvoient sciemment aux morceaux de bravoure des deux premiers films (dont la scène du pont et celle du train, sous la forme d’une entraide de la part des new-yorkais) ou encore sur cette constante impression de déjà vu particulièrement désagréable, y compris dans la finalité de la relation entre Peter et Gwen Stacy. Dès lors, les scénaristes ont beau tenté de basculer les traumas et les sacrifices vers d’autres personnages pour justifier cette nouvelle version, rien n’y fait. L’essai est d’ailleurs à ce point infructueux qu’on se demande même si le studio va vraiment pouvoir y donner suite. Une chose est sûre : Marc Webb lui-même a l’air plutôt conscient des limites de son film, notamment lorsqu’il fait carrément dire au professeur de littérature de Peter Parker qu’il n’y aurait au final qu’une seule histoire matricielle – et non pas dix comme le prétendent diverses théories de narration – qui vaille vraiment le coup d’être racontée. Évidemment, si c’est présenté comme ça…

TITRE ORIGINAL THE AMAZING SPIDER-MAN
RÉALISATION Marc Webb
SCÉNARIO Alvin Sargent, Steve Kloves et James Vanderbilt
CHEF OPÉRATEUR John Schwartzman
MUSIQUE James Horner
PRODUCTION Avi Arad, Laura Ziskin et Matthew Tolmach
AVEC Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans, Sally Field, Martin Sheen, Denis Leary…
DURÉE 136 mn
DISTRIBUTEUR Sony Pictures Releasing France
DATE DE SORTIE 04 juillet 2012

8 Commentaires

  1. Christian

    J’économiserai donc une place de ciné (cela dit j’avais jamais vraiment envisagé de voir ce reboot, hein…)

  2. Christian

    Au fait ça fait plaisir de retrouver la dream team !!

  3. Benj

    Et donc Steph, tu confirmes que la sous-intrigue concernant la destinée de Peter et qui a été amenée dans les derniers trailers, a bien été dégagée du montage final ?!

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Il y a quelques restes, comme la scène d’ouverture et quelques mécaniques qui font démarrer l’intrigue, mais c’est totalement en retrait, et il reste de gros points d’interrogations. Comme dans beaucoup d’autres domaines, le film fait souvent un pas en avant pour trois pas en arrière.

      • Benj

        C’est quand même l’hallu, la « untold story » c’était quand même le principal argument marketing pour justifier la création d’un reboot (et après tout, reprendre la licence et raconter une histoire complètement différente,
        pourquoi pas) et ce depuis le départ (en tous cas dès le premier teaser il me semble) et puis hop là, envolé !

        Donc en gros, en lieu et place d’une soit disant « untold story », on a une « already told story » en 10 fois moins bien !
        Cool, j’économiserai 10 euros…

  4. Mezko

    Mais du coup, niveau potentiel chips, est ce que les scènes d’action valent le coup ? Et la 3D ?

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      3D anecdotique à mes yeux. Et pour les quelques scènes d’action, tu repasseras. C’est totalement fonctionnel, au mieux.

  5. Arnaud HAy

    Pas encore vu le film et pas sur d’avoir vraiment envie de le voir.
    Mais tu confirmes le ressenti que j’ai eu en voyant le trailer. Cette tendance à vouloir surfer sur la dark attitude pseudo-réaliste de « The Dark Knight » ( que je n’apprécie que très moyennement d’ailleurs, notamment pour cette volonté de réalisme du genre super héros, comme si il fallait passer par là pour crédibiliser et apporter une légitimité au genre super héroïque auprès d’une certaine intelligentsia ).
    Apparemment, d’après certains écho, cet The Amazing Spiderman se veut aussi plus sombre, plus vigilante, avec un Peter plus prétentieux et arrogant.
    Orientation que Raimi voulait justement évité et qu’il a réussi admirablement détourné avec son Peter pseudo badass-cool de la loose =D ( ces scènes sont souvent mal comprises d’ailleurs par ceux qui voulaient du « vrai dark attitude »). Si le Spidey de Webb est effectivement plus dark , ça rend encore plus pertinent et génial l’approche de Sam The man : un pied de nez par anticipation presque =D.
    Raaaa et dire que Spiderman 3 est souvent considéré comme le plus mauvais alors que c’est là que le génie cinématographique de Raimi se lâche avec le plus d’inventivité et de brio, et dans lequel on y trouve les séquences les plus inspirées (^o^)
    Bref Spider-man 3 est simplement le plus raimiesque et, comme par hasard ( *sifflote* ), c’est le moins apprécié d’une certains frange du public général

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