CYBERPUNK’S NOT DEAD ?

Corporations toutes puissantes, infiltration, piratage, carnage à tout va, c’est le menu concocté par le studio Starbreeze, qui remet la licence SYNDICATE au goût du jour, à la demande de l’éditeur Electronic Arts. Deux décennies, ou presque, séparent ce FPS de son prédécesseur, sorti en 1993, et le temps ne semble pas avoir bonifié la licence. Mais plus que l’héritage de Peter Molyneux, qui n’est pas forcément respecté, c’est la dérive de Starbreeze qui nous inquiète ici : SYNDICATE nous le confirme, nous avons perdu un bon studio de développement, autrefois très versé dans la narration vidéoludique.

En 2009, au moment de la sortie du remake HD des CHRONIQUES DE RIDDICK : ESCAPE FROM BUTCHER BAY (agrémenté pour l’occasion d’une suite, ASSAULT ON DARK ATHENA), la presse spécialisée se fait l’écho des dissensions au sein du studio suédois Starbreeze, une grande partie de l’équipe créative menée par Magnus Högdahl étant partie créer MachineGames, un studio de développement dont on attend encore des nouvelles. Si ASSAULT ON DARK ATHENA avait déçu les fans de ESCAPE FROM BUTCHER BAY, c’est le prochain projet du studio qui allait être décisif. Car il faut bien comprendre que la volonté évidente de Starbreeze jusqu’ici, était clairement de proposer une expérience narrative forte, du moins dans leurs adaptations de RIDDICK et du comics THE DARKNESS, qui était parvenu à relever le niveau du matériau d’origine. La qualité et la complexité d’écriture, la recherche de l’émotion, la volonté de secouer le joueur et de le sortir de ses habitudes, tout était là dans ses deux productions amenées à faire date dans la narration vidéoludique, et c’est pourquoi nous attendions SYNDICATE au tournant, malgré la présence de l’auteur Richard Morgan, déjà à l’œuvre sur le scénario anémique de CRYSIS 2. Hélas, la complexité du genre « Cyberpunk » n’est jamais vraiment retranscrite ici, au delà du pitch de base, qui reprend la guerre des corporations toutes puissantes, en vous mettant dans la peau de Miles Kilo, un agent d’Eurocorp, la société responsable des implants neuraux, désormais incontournables pour être un citoyen modèle. Boosté à la puce « Dart » dernier cri, vous êtes envoyés par votre patron aux quatre coins du monde pour éliminer la concurrence.

Si le parcours de Miles Kilo est classique (il est manipulé, exploité et se rebelle contre ses employeurs), cela ne signifie pas pour autant que l’intrigue de SYNDICATE propose la même flamboyance que celles de ESCAPE FROM BUTCHER BAY et THE DARKNESS, et il ne suffit pas de remplacer la qualité d’écriture par la présence d’acteurs confirmés (Brian Cox, Michael Wincott et Rosario Dawson prêtent leur voix et/ou leurs traits aux personnages secondaires) pour faire « comme au cinéma ». Surtout quand certains niveaux d’infiltration ressemblent davantage au climax du COMMANDO de Schwarzenegger qu’à la série des MGS (voir le saut du vaisseau Piranha sur la ville flottante). Car même si SYNDICATE tente d’appliquer certaines mécaniques de jeu des précédentes itérations de la licence (qui étaient des RTS à l’époque), comme la possibilité de pirater vos adversaires pour les forcer à se suicider ou à se tirer dessus entre eux, il ne faut pas compter sur une quelconque stratégie pour autant, le principe étant de foncer dans le tas à travers une série de niveaux aussi dirigistes qu’un MARIO en 2-D. Le chemin est balisé, le suspense est régulièrement coupé par des temps de chargement intempestifs et les niveaux se suivent et se ressemblent, comme des bureaux en open-space à la Défense, au point qu’on en vient à regretter le manque d’exploitation de la ville flottante et des bas-fond de New York. Le cauchemar bureaucratique et capitaliste propre au genre « cyberpunk » est certainement prégnant, mais cela ne suffit pas à invoquer un travail poussé dans le production design, surtout lorsque le joueur passe les sept heures de la campagne solo à traverser une succession de couloirs sans grande conviction, le jeu se plaisant d’ailleurs à annuler certains enjeux au gré des cinématiques (il faut sauver Lily Drawl, le personnage de Rosario Dawson ? Pas de soucis, elle finit par s’échapper elle-même !). Avec un tel parcours sur les rails, on en vient à remarquer les passages qui remettent en question la surexploitation des mécaniques du gameplay, comme ce combat contre le rebelle Kris, qui vous pousse à abandonner l’usage de vos implants, un changement aussi court que notable. Le (post)cyberpunk a donc le vent en poupe sur nos consoles ces derniers temps, après des gros titres comme BINARY DOMAIN ou encore DEUS EX : HUMAN REVOLUTION, et c’est d’ailleurs à ce dernier que SYNDICATE fait penser. Sur le papier, au niveau des enjeux narratifs, la ressemblance est telle qu’on en vient même à se demander si la concurrence durant le développement de ces deux licences majeures n’aurait pas poussé Electronic Arts à revoir sa copie à la baisse, pour faire une sorte de BATTLEFIELD à la sauce cybernétique, plutôt qu’un véritable modèle du genre.

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