CUCUL BÉNI

Avec DÉLIVRE-NOUS DU MAL, Scott Derrickson livre l’un des films les plus moralisateurs et nanardeux de sa carrière. Pour reprendre l’avertissement gravé au-dessus de la porte de l’Enfer de LA DIVINE COMÉDIE : « Laissez toute espérance, vous qui entrez » !

Jen (Olivia Munn) et Sarchie (Eric Bana), enfin abonnés à Famille Chrétienne !Avant de devenir cinéaste, Scott Derrickson a sérieusement songé se faire curé. Un parcours qui en dit long sur ce qui motive les quatre films qu’il a réalisés jusqu’à présent : extrêmement moralisatrices, ses œuvres dénoncent les travers de ses héros avec, en tout cas dans L’EXORCISME D’EMILY ROSE et DÉLIVRE-NOUS DU MAL, une indéniable et lourdingue volonté d’évangélisation. Un principe qui suffira à agacer les bouffeurs de curés (dont votre serviteur), même si la réelle problématique de Derrickson ne réside pas tant dans ses motivations, que dans ce qui sous-tend ses motivations. Si ce type de vocation peut être stimulé par une peur métaphysique incontrôlable, un besoin vital de croire au divin face aux aspects les plus inexplicables et injustes de notre existence, chez Derrickson l’incertitude n’a plus sa place depuis longtemps. Manifestement, notre brave grenouille de bénitier ne doute pas une seconde que le diable existe, comme il est convaincu que le Dieu chrétien veille sur nous autres pauvres pécheurs, et qu’il est impératif de suivre les enseignements de la Bible. Et une fois remis dans le droit chemin, tout gaze, il n’y a plus qu’à attendre paisiblement l’express pour les Cieux. Tant et si bien que ses films sont moins l’expression de frayeurs qui peuvent mener à la foi, que de petits contes fantastiques prosélytes et pétris de convictions. Autant dire que pour la peur métaphysique, vous repasserez ! Si ce défaut avait déjà bien plombé ses précédents films, il atteint un paroxysme grotesque dans son dernier méfait.

Image de prévisualisation YouTube

Mendoza (Edgar Ramirez), curé hanté par ses démons, mais cool quand même.DÉLIVRE-NOUS DU MAL est inspiré d’une histoire vraie : la marque, en règle générale, des narrateurs peu inspirés en quête de crédibilité facile. Cette histoire vraie, donc, c’est celle d’un flic du Bronx, Ralph Sarchie (adipeux fonctionnaire bonhomme dans la vraie vie, Eric Bana chez Derrickson), éreinté par un travail qui l’accapare au détriment de sa petite famille. Lorsque Sarchie tombe sur une affaire particulièrement corsée impliquant plusieurs vétérans de l’armée américaine, il se voit contraint de s’allier à un prêtre renégat qui va l’aider à affronter les forces démoniaques à l’œuvre.

« J’ai vu des choses horribles, mais rien d’étranger à l’humain. » déclare au curé Sarchie dans l’une des scènes clefs du film. « Mais vous n’avez pas vu le vrai mal » lui annonce l’homme de Dieu. Forcément, les amateurs de sensations fortes que nous sommes attendent avec impatience de découvrir ce que Derrickson entend par « vrai mal ». Et là, c’est le drame : chez le cinéaste, être un démon consiste à, certes, tuer son prochain, mais aussi et surtout faire des graffitis sur les murs, aller tirer les moustaches du lion du zoo, déambuler dans la rue avec un air pas commode et la tête recouverte de sa capuche, tuer un petit chat qui n’avait rien demandé à personne le pauvre et surtout, SURTOUT (attention, je m’apprête à vous éventer l’un des meilleurs gags du film) écouter The Doors ! Que le diable les emporte ces drogués ! Forcément, avec de telles volontés dénonciatrices, la grande plongée dans les tréfonds de l’esprit démoniaque que l’on espérait en prend un coup.

Il faut dire que, comme dans son précédent SINISTER, Derrickson semble bien plus intéressé par l’idée de remettre son héros sur le droit chemin du pater familias, que de nous inviter à regarder en face le mal incarné. Et cette plongée dans l’enfer du ridicule est accentuée par l’approche pseudo réaliste totalement caduque de l’ensemble : jamais franchement fantastique (les possédés parlent avec des grosses voix, ont quelques cicatrices, se contorsionnent comme les acrobates du Cirque de Pékin, et puis c’est marre), tout en glamourisant très maladroitement son univers. À ce titre, le prêtre gossebeau/mal rasé, mais quand même torturé (il boit et il fume le vilain !) et avec un petit penchant pour la flagellation (il fait des pompes en fait) vaut son pesant de cacahouètes.

Pour l’instant, DÉLIVRE-NOUS DU MAL a été un four partout dans le monde, en particulier aux États-Unis. Il faut dire qu’on ne sait pas trop à qui le film s’adresse : pour les amateurs du genre, qui ne sont que rarement de bons chrétiens, ce nanar est bien trop timoré et pontifiant pour provoquer la moindre émotion. Et il serait étonnant que des chrétiens pratiquants puissent y trouver leur compte, tant les enjeux spirituels du film sont au ras des pâquerettes. Un coup de goupillon dans l’eau en somme…

L'affiche américaine. C'est vrai que ça fait peur !

TITRE ORIGINAL DELIVER US FROM EVIL
RÉALISATION Scott Derrickson
SCÉNARIO Scott Derrickson et Paul Harris Boardman, d’après le livre de Ralph Sarchie et Lisa Collier Cool
CHEF OPERATEUR Scott Kevan
MUSIQUE Christopher Young
PRODUCTION Paul Harris Boardman, Jerry Bruckheimer, Glenn S. Gainor, Chad Oman, Mike Stenson et Ben Waisbren
AVEC Eric Bana, Édgar Ramirez, Olivia Munn, Sean Harris, Chris Coy…
DURÉE 1h48
DATE DE SORTIE 3 septembre 2014

4 Commentaires

  1. Danny

    Ca m’a l’air dans la lignée de « Sur le seuil » et de son antéchrist qui écoute du métal

  2. Moonchild

    Effectivement, une belle purge, un désastre tant sur le plan visuel que sur le plan narratif.
    On s’ennuie fermement et c’est long, très long (2 heures).
    J’ai eu beaucoup de peine pour Eric Bana (un acteur que j’apprécie plutôt en temps normal), qui hélas ne dénote pas dans ce naufrage.
    A fuir absolument.

  3. oliveplus

    Quel dommage de ne pas avoir lu cette éXcellente critique avant de voir ce… Ces… Heu… Cette… Enfin le … Le film,
    zut j’ai déjà oublié le titre…. Ha oui! C’est ça, c’est,
    ‘Délivrez nous du mal’ Et ben oui svp délivrez nous et vite!
    Non mais honnêtement! Comment ce type a eu les sous pour faire ça? La voila la question!
    Je reste poli mais je pense beaucoup à une réplique du film ‘l’exorcisme’, à propos du hobby de la maman du prêtre…
    Bref une succession de niaiseries, de poncifs, de déjà vu meublent les 120 minutes de cette… Bref…
    Rien absolument rien n’est bien… Mais vraiment!
    C’est quand même assez rare, normalement y a tjs un pti quelque chose qui vous fait dire,
    – » Ah tiens ça c’est marrant… » mais la non!
    J’ai vu des épisodes de star trek bien plus flippant que ce navet!
    En écrivant ces lignes il me vient une idée… Peut être qu’il faut juste pas voir ce film pour le trouver bien…

  4. Laurie

    Moi j’ai adoré. Franchement la moral religieuse si on n’y ai pas sensible on s’en tape un peu. J’ai pour habitude de faire des cauchemars bien pire que tout les films d’horreurs que vous pourrait jamais voir, et bien souvent de m’en souvenir au détail prés. Au moins avec ce genre de film j’arrive à relativiser et même à compenser. A fuir, pour ceux qui sont susceptibles de ne pas aimer le film et son coté providentiel, à regarder pour ceux qui considèrent toute chose même un « nanar » comme de la culture. Au moins vous pouvez parler du livre, du « témoignage » supposé, et du scénario/iste. La culture quoi. Les gouts et les couleurs. 6/10

Laissez un commentaire