CROIX DE FERRAILLE

Licence ramenée sur le devant de la scène tous les cinq à six ans, WOLFENSTEIN bénéficie-t-elle encore de cette image de « mère de tous les FPS » ? C’est ce que semble penser l’éditeur Bethesda, en couplant tout de même ce jeu avec une offre pour la beta du prochain DOOM (entre vieilles licences, on se serre les coudes !). Fort heureusement, avec WOLFENSTEIN : THE NEW ORDER, les Suédois de Machine Games ont mieux à proposer qu’une énième itération qui capitalise sur la gloire d’un classique vieux de plus de vingt ans !

C’est un détail bien sûr, mais au milieu des différentes boîtes de conserves, des miches de pain et autres « médikits » qu’il trouvera sur son chemin, le joueur peut régénérer l’énergie de son avatar en se nourrissant dans la gamelle des vicieux chiens de garde nazis. Cette possibilité n’est pas une étrange coquetterie de « game design » à l’ancienne (à la façon des cannettes de coca dans un beat’em all des années 90) mais prend en effet tout son sens dans le contexte de WOLFENSTEIN : THE NEW ORDER : nous sommes en 1960 et les nazis ont gagné la guerre. La langue germanique est parlée dans toute l’Europe, et notre héros B.J. Blazkowicz sort tout juste d’un état catatonique dans lequel il a été plongé quinze ans auparavant, à l’issue d’une mission commando qui a mal tournée. Il évolue ainsi dans un monde à l’agonie, réglementé par le contrôle nazi et en parfaite continuité avec les pires heures de la Seconde Guerre mondiale. C’est donc un monde où la nourriture est une denrée rare pour les peuples opprimés et forcément, ce choix de design fait totalement sens dans ce nouveau jeu. À vrai dire, ce détail n’est jamais forcé, mais souligne cependant à quel point les développeurs ont pris soin d’ancrer leur uchronie enragée dans un contexte plausible. Car WOLFENSTEIN : THE NEW ORDER fait honneur aux fondamentaux de la licence : oui on peut y buter du nazi très brutalement dans des éclats de violence jubilatoires digne des grandes heures du cinéma d’exploitation. Mais pour chaque mort violente, l’accent est mis sur la désolation engendrée par le régime nazi, sur leurs méthodes inhumaines et sur les familles et les personnes dont la vie a été détruite par l’issue de la guerre.

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Ce souci de la narration très équilibrée, qui a tendance à donner chair à des archétypes dans le but de les rendre mémorables, n’est pas très étonnant de la part des développeurs. Certes, WOLFENSTEIN : THE NEW ORDER est le premier jeu du studio Machine Games, mais l’équipe de développement est composée des anciennes têtes pensantes de Starbreeze, les cadors derrière LES CHRONIQUES DE RIDDICK : ESCAPE FROM BUTCHER BAY et THE DARKNESS. Rares sont les studios de développement susceptibles de prendre une matière totalement fantasque (ici, on sombre parfois dans la nazisploitation pure et dure) pour la traiter avec un respect et un sérieux qui assurent le fait que l’aventure mérite d’être vécue. Dans WOLFENSTEIN : THE NEW ORDER, cela signifie que le joueur pourra donc tenter d’échapper à la mort lorsqu’il est coincé au milieu de cadavres dans un incinérateur, comme il pourra par la suite gambader en apesanteur sur la face cachée de la Lune pour détruire une base d’opération construite par les nazis après la guerre. Ce grand écart, aussi improbable que respectueux du contexte historique comme de la propre intrigue du jeu, est l’un des meilleurs arguments de vente de WOLFENSTEIN : THE NEW ORDER, même si le jeu souffre parfois d’un trop plein d’éléments scriptés. Contrairement à THE DARKNESS, les développeurs ne choisissent pas la voie d’un monde riche à explorer, dans lequel le joueur pourra interagir avec des personnages secondaires attachants, mais lui préfèrent au contraire le dirigisme d’un jeu à couloirs et d’une intrigue racontée à travers quantités de cinématiques. La qualité d’écriture est là, pour peu qu’on accepte le postulat de base (et les obligations de la licence), mais le rythme est parfois sacrifié à ce besoin de délivrer quelques passages spectaculaire sur lesquels le joueur n’a pas vraiment d’emprise (à la manière des derniers CALL OF DUTY). C’est dommage car on aurait bien échangé ces quelques passages pour une ambiance plus propice à l’émotion, mais en un seul « run », cela n’entache pas vraiment l’expérience de jeu, à plus forte raison sur une licence aussi vieillotte que celle de WOLFENSTEIN. Comme quoi, ça défoule toujours autant de buter du nazi avec un fusil à pompe dans chaque main !

TITRE ORIGINAL Wolfenstein : The New Order
GENRE FPS
ÉDITEUR Bethesda Softworks
DÉVELOPPEUR Machine Games
CONSOLE Xbox 360 / PS3 / PC / Xbox One / PS4
DATE DE SORTIE 20 mai 2014

3 Commentaires

  1. jackmarcheur

    Salut Fred,
    tu dis que tu regrettes le trop peu d’émotion au profit de passage spectaculaires, mais est ce qu’on peut dire que ce Wolfenstein se rapproche un peu plus de ce que David Cage cherche à faire : introduire l’émotion (autre que le suspense) dans le jeu vidéo ?

    • Fred TOMASI

      Rien à voir Jack. C’est un FPS pur et dur, avec des cinématiques qui se plient au gameplay. Heavy Rain, c’est l’inverse : un gameplay tout relatif qui se plie aux cinématiques.

      Je regrette juste que le jeu ne soit pas aussi émouvant que pouvait l’être The Darkness par exemple, du fait qu’il soit par moments sur les rails d’un long couloir scripté. Mais c’est déjà plus touchant et prenant qu’un FPS de base.

  2. jackmarcheur

    Merci pour ta réponse Fred.
    Je t’avoue que j’ai acheté les 2 versions de Heavy Rain, mais j’ai arreté apres 1 h de jeu, au moment où le héros doit jouer à l’avion et au chevalier dans le jardin avec ses gamins . A ce moment là , je me suis franchement demandé ce que je foutais là , au lieu d’aller jouer pour de vrai avec mes vrais gamins !

    Je voue un admiration sans bornes à ce que cherche à faire David Cage , mais là j’ai vraiment décroché !
    Faudrait que je termine Farenheit un de ces jours !

    Pour Wolfenstein, alors j’en suis resté à la 1ere version de 199..
    Y’a eu Hexen et Doom qui m’en ont mis plein la vue, apres je suis directement passé à Gears of War (TPS ) et depuis … hum hum, j’ai arreté de jouer aux jeux vidéo.

    Par contre je continue à lire ce qui s’ecrit sur le jeu vidéo.
    Oui je suis un peu bizarre, mais c’est le manque de temps et des centres d’interets autres que le jeu vidéo qui veut ça !
    Nann passez 50 heures sur 1 jeu… je ne l’ai pas fait depuis…. super Mario bros sur … game boy 1er ! ^^

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