COURS, GINA, COURS

Avec PIÉGÉE – qui sort en salles ce mercredi 11 juillet – Steven Soderbergh se frotte au film d’action et d’espionnage musclé, avec une vedette du MMA au charisme débordant et à la jambe fulgurante. Ça tutoie vos petits coeurs de bourrins ? Alors tout doux, faut qu’on cause…

Autant être honnête dès le départ : le cinéma de Soderbergh, ça fait un moment qu’on a lâché l’affaire. Les afféteries visuelles à la ramasse (TRAFFIC), les films de copains lourdingues (OCEAN’S 12/13), les essais nébuleux (FULL FRONTAL, BUBBLE) et les remakes un peu cruches (SOLARIS) ont eu raison de nous. Et puis voilà que le bonhomme se lance dans le cinéma d’action, avec une bonne idée en prime : aller chercher une bastonneuse du MMA, la belle Gina Carano, pour en faire une actrice, la vedette de PIÉGÉE (HAYWIRE en vo), le film sur lequel il retrouve d’ailleurs le scénariste Lem Dobbs, avec lequel il a collaboré sur L’ANGLAIS. En soi, la démarche n’est pas éloignée de celle qui consiste à aller chercher la hardeuse Sasha Grey pour la faire tourner dans THE GIRLFRIEND EXPERIENCE, comme l’a fait Soderbergh en 2009. Et c’est bien là où le bât blesse : car s’il est encore concevable que la belle Sasha ne soit pas appelée pour accomplir ses performances habituelles dans un film indépendant certes (enfin, vous m’avez compris), mais mainstream quand même, il n’y a aucune raison que les aptitudes physiques de Gina Carano soient sous-exploités dans PIÉGÉE. Et c’est pourtant clairement le cas.

Ne vous laissez pas avoir par le casting de vedettes (Michael Douglas, Ewan McGregor, Channing Tatum, Michael Fassbender, Antonio Banderas et on en passe) qui entoure Gina Carano, PIÉGÉE est un budget relativement modeste qui aurait donc clairement bénéficié des compétences musclées de l’actrice principale. Mais ce n’est pas tant la démo technique que la « recherche de la vérité » qui anime Soderbergh ici. Gina Carano incarne une espionne de haute volée trahie par les siens, il faut donc qu’on y croit, même si elle tape principalement des sprints et ne lâche finalement que quelques coups de lattes ici et là, dans une poignée de séquences d’action mollassonnes qui auraient mérités qu’on file une triple dose de café au monteur (ah, on me signale que c’est aussi Soderbergh qui s’y colle !). Le problème avec la démarche initiale, c’est que pour peu qu’on s’y tienne, elle annihile finalement toute velléité cinématographique, et ce n’est pas les quelques artifices habituels du réalisateur (une narration morcelée à la manière de HORS D’ATTEINTE, qu’il n’a jamais réussi à égaler d’ailleurs) qui vont rattraper le coup. Et au final, ce qui aurait du aboutir sur un beau personnage de rouleuse de mécaniques qui ne se laisse pas marcher sur les pieds n’est qu’une espèce de caricature désincarnée, sans que l’actrice ne soit vraiment fautive. Au contraire, elle se défend même plutôt bien avec ce qu’elle a à jouer, c’est-à-dire pas grand chose, faute d’une approche intellectuelle aussi limitée que restrictive. Alors PIÉGÉE, la Carano ? Ouais, et dans un Soderbergh en plus, la pauvre !

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1 Commentaire

  1. Fest

    C’est vrai que Hors d’Atteinte est une vraie exception dans la carrière du réalisateur (avec L’Anglais dans une moindre mesure)… Une vraie bulle de légèreté jazzy, à se demander si c’est le même mec derrière un truc lourd comme Traffic.

    PS : Y a que chez moi que ni les noms ni les avatars n’apparaissent pas dans les commentaires ?

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