COURS APRÈS MOI RIPOU !

Ce week-end dans les salles américaines et le 5 septembre chez nous, PREMIUM RUSH joue la carte du petit film d’action estival qui slalome entre les gros blockbusters de la saison pour se faire son chemin. On a vu la bestiole. On vous dit ce qu’on en pense.

Pour son cinquième film de cinéma en tant que réalisateur, le scénariste David Koepp (auteur des scripts de JURASSIC PARK, L’IMPASSE, MISSION : IMPOSSIBLE, SPIDER-MAN et LA GUERRE DES MONDES) quitte pour la première fois le domaine du cinéma fantastique pour verser dans celui du film d’action conceptuel (il n’oublie pas pour autant ses origines pulp et les rappelle au détour d’un dialogue, lorsqu’un personnage emprunte une fausse identité au nom de Forrest J. Ackerman). Conceptuel parce que PREMIUM RUSH emprunte le créneau de la course-poursuite sans temps mort et plie tous les éléments de sa narration à ce schéma-là. On y suit donc le parcours du combattant de Wilee (Joseph Gordon-Levitt, en mode « j’me la donne »), un coursier à vélo tête brûlée qui doit livrer un pli mystérieux à l’autre bout de New York et qui va rencontrer sur son chemin le flic ripou Bobby Monday (Michael Shannon, en surrégime fendard), qui cherche coûte que coûte à intercepter le pli en question pour sauver sa tête de flambeur endetté. Avant de rentrer dans la salle, on peut légitimement remettre en cause la viabilité d’un film de course-poursuite prenant pour héros un type à vélo. Heureusement, Koepp neutralise cet a priori dès les premières minutes de son film, en nous montrant la dangerosité du dédale urbain new-yorkais via quelques vues subjectives payantes du héros, qui doit défier la mort à chaque coin de rue, en caractérisant son personnage par des éléments qui déterminent l’action (il utilise un vélo à transmission directe, sans vitesses et sans freins) et en l’inscrivant dans un contexte social qui a valeur d’antagoniste supplémentaire (la ville entière déteste les coursiers à vélo, qui sont perçus comme de dangereux casse-cous). D’ailleurs, qu’il soit poursuivi par la loi corrompue ou par la loi légitime (le flic à vélo, à la limite du running gag), Wilee revêt finalement l’identité d’un Guignol ou d’un Charlot poursuivi par le gendarme, ce qui contribue d’ailleurs beaucoup à l’ambiance fun du film.

Alors, certes, la structure du récit n’est pas très bien pensée, alourdie par une temporalité éclatée qui relève plus de l’artifice que de la cohérence narrative. On en veut pour preuve cette scène d’intro nous présentant l’accident du héros qui ouvre le troisième acte du film avant de nous faire revivre les deux premiers actes en flashback, sans que l’on comprenne réellement l’importance de ladite scène (importance normalement induite par ce genre de procédé) et sans que l’accident en question n’ait une véritable répercussion dans le troisième acte. Le film est également balisé de nombreux deux ex machina, de raccourcis et d’invraisemblances un poil énormes (plusieurs côtes cassées n’empêchent apparemment pas le héros de renfourcher sa bécane et de repartir aussi sec). Mais dans l’ensemble, pour peu que l’on accepte de passer outre, cela n’empêche pas vraiment d’apprécier le spectacle tant le film est conçu comme une déclinaison, sous forme de film d’action réaliste, des cartoons de Chuck Jones Bip Bip et Coyote, d’ailleurs explicitement cités dans les dialogues, et jusque dans le nom du personnage principal (calqué sur le sobriquet original du Coyote, Wile E. Coyote). La visualisation du parcours du héros, en fait une carte de GPS qu’il consulte sur son Smartphone avant que la caméra ne plonge dans le plan et que la ville ne se matérialise à l’écran, et les images figées représentant ce que l’on appellera le sixième sens du héros lorsqu’il arrive à un carrefour dangereux et qu’il envisage en un temps record tous les scénarios d’accidents s’offrant à lui avant de choisir le seul bon chemin qui lui permettra de s’en tirer sain et sauf, fonctionnent comme autant de codes issus ou dérivés de l’esthétique du cartoon. En l’état, le film ne transcende clairement pas son concept et l’on peut se prendre à rêver de ce qu’aurait pu donner un tel projet entre les mains d’un cinéaste comme le regretté Tony Scott, mais pour autant, PREMIUM RUSH n’en constitue pas moins un sympathique film d’été auquel il n’est pas interdit de prendre un certain plaisir. Ni plus, ni moins.

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3 Commentaires

  1. Jerome M.

    Voici un article qui m’eclaire enfin sur ce film-ovni dans la filmo de David Koepp, scenariste (et realisateur) rigoureux et applique.
    Partout, on lit qu’il s’agit d’un film d’action, ok. Mais je me doutais qu’avec Koepp a la barre, il devait bien y avoir un petit qq chose dans la maniere d’approcher le concept qui rendrait le projet digne d’interet.
    merci Arnaud d’avoir mis le doigt dessus!

    Petite remarque perso sur la filmo de Koepp: j’aime la maniere dont il a su recycler certains themes de l’inconnu Trigger Effect (deja produit par Spielberg) pour son scenar de La Guerre des Mondes, comme les liens de la cellule familiale sur fond de catastrophe (presque) naturelle, ou les dangers d’une arme a feu dans un monde sans foi ni loi.

  2. jp koff

    Alors là pas d’accord, j’ai pris mon métier de manière totale, personnellement, et je te suis pas dans le « ni plus ni moins ». c’est cette légèreté assumée qui donne toute sa force au film, et qui fait d’autres films soit disant creux comme SPEED ou LE MARIN DES MERS DE CHINE des sortes d’objets cinématographiques purs, complètement formalistes et jubilatoires.
    casting, lumière, cadre, rythme, scénario, personnages, mouvements de caméra, musique, mixage : j’ai trouvé tout superbement fait, ficelé. C’est un pur film jouet, génial.
    Et je vois pas le rapport avec Tony Scott : il aurait fait quelque chose de très différent, plus frime, moins sobre, certes plus viscéral, mais c’est aussi le côté tintin qui m’a plus dans le film : il est léger parce qu’il a besoin de l’être, parce qu’il a beaucoup de choses à montrer visuellement. Et les poursuites sont très, très belles, et il y a quelques plans hallucinants, dignes des meilleurs jackie chan (je pense aux travellings latéraux où l’on suit les vélos de profil avec les voitures qui foncent vers nous).
    enfin voilà je trouve le film tellement riche, travaillé, super découpé, hyper rigoureux, et je trouve qu’il est beaucoup plus, que « ni plus ni moins ».

  3. jp koff

    « pied », pas métier. désolé j’aurais pu me relire, la honte.

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