COUP DE POMPE

Qui dit nouvelle année, dit nouveau film avec Jason Statham. Après tout, HOMEFRONT n’est que le quatrième film du gaillard (en comptant son caméo dans FAST & FURIOUS 6) qui sort sur nos écrans depuis le mois d’avril. Le déplacement est-il de rigueur ?

Sur le papier, HOMEFRONT a de sérieux atouts : un roman éponyme signé Chuck Logan qui s’inscrit dans une grande tradition littéraire du western moderne, une adaptation pour l’écran plutôt solide menée par Sylvester Stallone (avec tout ce que cela comporte d’implication émotionnelle de la part du bonhomme), un casting plus inspiré que la moyenne de ce genre de productions (James Franco, Winona Ryder, Clancy Brown, Kate Bosworth et même la petite Izabela Vidovic sont parfaitement employés) et un Jason Statham qui, contrairement au mauvais CRAZY JOE, devrait cette fois être dans son élément, à plus forte raison puisque Sly a retaillé sur mesure un script autrefois prévu pour un éventuel RAMBO V. Seule véritable ombre au tableau, la présence du yes-man Gary Fleder (PAS UN MOT, LE COLLECTIONNEUR), qui n’a jamais fait preuve d’un quelconque sens du panache, malgré sa volonté de concocter des thrillers dramatiques intenses (mais pas trop). À cause de sa direction parfois hasardeuse, HOMEFRONT n’atteint donc jamais son potentiel.

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Cette fois, Jason Statham interprète Broker, un ancien agent de la DEA qui décide de se mettre au vert après avoir infiltré un gang de bikers qu’il réussit à mettre derrière les barreaux. Recherché pour avoir causé la mort du fils du chef de gang Danny T, il s’installe dans une petite ville de Louisiane et tente d’y élever sa jeune fille Maddy, après la disparition de sa femme. Un simple accident à l’école, et tout dérape : élevée dans la maîtrise du « self defense », Maddy met à terre une brute qui lui cherche des bricoles dans la cour de récré. Cassie (Kate Bosworth), la mère de ce dernier, décide alors d’en référer à son frère Gator (James Franco), un dealer local qui fait sa loi comme bon lui semble. Ce dernier découvre la véritable identité de Broker et compte bien avertir Danny T, afin de l’échanger contre un deal de distribution élargi à toute la Louisiane. Broker ne va évidemment pas se laisser faire. Sorte de western moderne avec une approche très « roman de gare » (comment une simple dispute entre locaux débouche sur des conséquences plus dramatiques), HOMEFRONT tourne autour des notions d’auto-défense liées à la constitution américaine, sans jamais vraiment les aborder de plein fouet. Et c’est toute la problématique du film, tel qu’il a été tourné : chaque élément impliquant du scénario est constamment tempéré, qu’il s’agisse des relations troubles entre Gator et sa sœur (qu’il maintient dans son addiction à la drogue), du comportement de la police locale vis à vis de son trafic de drogue et même des relations entre Broker et sa fille, qui ne sont jamais vraiment touchantes alors que le Stallone scénariste y accorde tout de même une certaine importance sur le papier.

Il faut malheureusement y voir une certaine incapacité (ou plutôt un manque de volonté) de la part de Jason Statham à jouer la peur (même l’inquiétude cela nous suffirait, on est pas difficile), notamment lorsque sa fille est en danger, mais ce n’est pas tout. La distance dont Gary Fleder fait preuve de manière générale dans sa mise en scène prend des proportions catastrophiques lorsqu’il s’agit de filmer des séquences d’action un tant soit peu engageantes. La scène d’ouverture (le raid contre les bikers) est brouillonne, la baston contre Cyrus Hanks (excellent Frank Grillo, totalement sous employé), l’homme de main de Danny T venu éliminer Broker, est filmée derrière des fougères (littéralement) et la fameuse séquence d’auto-défense qui justifie le titre du film et du roman (ce moment où les hommes de mains de Danny T viennent à la porte de Broker) est bazardée par l’un des pires montages aperçu dans un actioner de récente mémoire. Bref, le souci d’HOMEFRONT est bien là : alors que son intrigue requiert clairement une prise de position et une implication émotionnelle de la part du spectateur, celui-ci est constamment mis de côté par l’approche timorée du sujet. Dans le temps, un cinéaste comme John Flynn se serait régalé avec un tel projet, mais faute de pouvoir revenir à cette époque, on aurait quand même préféré que Sylvester Stallone, à défaut de jouer dans le film, se charge de le réaliser, afin que ses intentions soient préservées à l’écran. C’est vrai après tout, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

À lire également, notre critique de CRAZY JOE.

TITRE ORIGINAL Homefront
RÉALISATION Gary Fleder
SCÉNARIO Sylvester Stallone
DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE Theo Van De Sande
MUSIQUE Mark Isham
PRODUCTION Kevin King Templeton, Sylvester Stallone, John Thompson & Les Weldon.
AVEC Jason Statham, James Franco, Kate Bosworth, Clancy Brown, Winona Ryder…
DURÉE 100 mn
DISTRIBUTEUR SND
DATE DE SORTIE 8 janvier 2014

1 Commentaire

  1. Zhibou

    Voilà qui est rageant.
    Mais sans doute pas aussi rageant que le premier Expendables où j’attendais un vrai film de bande avec une vrai qualité d’écriture. J’attendais les qualités de Rambo IV dans ce gros potentiel gâché en défouloir bas du front.
    Seul reste du projet que j’aurai rêvé voir : la scène où Mickey Rourke raconte son passé…. totalement désamorcé par le ton de l’ensemble.

    Et je parle même pas de la suite qui se réfugie encore plus dans la facilité et le je-m’en-foutismse rigolard.

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