COUP DE FOUDRE ET CONSÉQUENCES

Après le succès faramineux et inattendu du premier TED en 2012, sa suite mord la poussière au box-office américain. Mais est-ce que l’intérêt particulièrement relatif de TED 2 est vraiment la seule cause de cet échec finalement moins étonnant qu’il n’y paraît ?

Comme tous les projets initiés par Seth MacFarlane, le premier TED favorisait déjà l’instant gag, le bon mot qui fait mouche, la référence qui tue ou la situation susceptible de provoquer un éclat de rire au détriment du reste. De fait, il n’y a pas vraiment d’intrigue dans le premier TED, qui se repose volontiers sur la force de son concept, à savoir la bromance entre Ted (Seth MacFarlane lui-même) et John (Mark Wahlberg), deux meilleurs potes qui vont grandir et se déchirer la tête ensemble. Les deux hommes pourraient être frères, si ce n’est que Ted est en fait un ours en peluche qui prend vie après avoir été frappé par la foudre. Et il faut croire que ce simple pitch a suffit à stimuler les spectateurs américains, qui ont assurés le carton inattendu du film, même si celui-ci bouffait à tous les râteliers (bromance, comédie romantique, humour trash, chronique, stoner comedy) sans jamais aller au bout de l’irrévérence promise, se vautrant même dans une étrange logique de fable morale à la Capra dans son final déroutant. Quoi qu’il en soit, il est certain que l’humour expéditif de TED a conforté son insolent succès auprès d’une frange du public, les fratboys et jeunes adolescents étant à même de comprendre la logique interne de certains gags qui fonctionnent de manière instantanée, d’autant qu’ils se reconnaissent probablement dans les frasques puériles des deux protagonistes principaux.

Image de prévisualisation YouTube

Le souci, c’est qu’un tel succès appelle directement une suite et que celle-ci ne peut plus se reposer sur le même concept, à plus forte raison quand la caractérisation des dits personnages a à peine été esquissée dans le premier film. Plutôt qu’une intrigue à proprement parler (TED 2 adopte finalement le même modèle narratif ou presque), Seth MacFarlane et son équipe de scénaristes ont du trouver un véritable prétexte pour justifier cette suite : cette fois, Ted doit juridiquement démontrer qu’il est bel et bien une personne et non un bien aux yeux de la loi américaine, afin de pouvoir justifier son mariage et faire un enfant à sa femme Tami-Lynn. Le risque d’un tel parti-pris revient à exposer la logique interne du premier film, qui ne remettait jamais en question l’existence même de sa star : au contraire, la source de la plus grande partie des gags venait même de là, quand le film montrait un ours en peluche en train de mater du porno ou se fumer un gros spliff de manière totalement naturelle, ce qui le rendait tangible comme n’importe quel autre être humain. Et c’est précisément le problème dans TED 2, puisque le spectateur en vient à se demander comment les protagonistes secondaires peuvent remettre en question ce qui a toujours été acquis et présenté comme une évidence jusqu’ici, y compris au quotidien puisque Ted est un travailleur actif et même une ancienne célébrité. En d’autres termes, la remise en question induite dans cette suite est finalement celle d’une franchise toute entière, et Seth MacFarlane peut bien tenter de noyer le poisson en cumulant les caméos de vedettes (Liam Neeson, Tom Brady, Jay Leno) et les petits sketches plus ou moins trashs qui ne font jamais avancer l’intrigue (comme ce passage sur une scène de stand-up comedy), il n’est pas étonnant que les spectateurs ne cherchent plus vraiment à être convaincus de ce qui leur est raconté. Bien sûr comme le premier film, TED 2 dispense ici et là quelques moments amusants (le running gag de Google et des bites noires) et une grosse louche de vannes pour initiés (les personnages de Patrick Warbuton et Michael Dorn se déguisent au comic-con comme leurs personnages dans les séries THE TICK et STAR TREK : NEXT GENERATION) mais même sur ce terrain-là, la logique méta de la franchise semble déjà dépassée en 2015, surtout si on le compare à l’abattage monstrueux d’un 22 JUMP STREET par exemple, qui drague plus ou moins le même public. De là à dire que la franchise TED est « so 2012 », il n’y a qu’un pas… Qui a dit que la foudre ne frappait pas deux fois au même endroit ?

TITRE ORIGINAL Ted 2
RÉALISATION Seth MacFarlane
SCÉNARIO Seth MacFarlane, Alec Sulkin & Wellesley Wild
CHEF OPÉRATEUR Michael Barrett
MUSIQUE Walter Murphy
PRODUCTION Jason Clark, John Jacobs, Seth MacFarlane & Scott Stuber
AVEC Mark Wahlberg, Seth MacFarlane, Amanda Seyfried, Jessica Barth, Giovanni Ribisi, Morgan Freeman, Sam J. Jones, Patrick Warburton…
DURÉE 115 mn
DISTRIBUTEUR Universal Pictures International France
DATE DE SORTIE 05 août 2015

1 Commentaire

  1. Moonchild

    On peut certes y trouver un petit côté balisé, calculé, mais ça reste quand même un vrai moment de fraîcheur (avec quelques moments drôles et osés) ; donc, pas envie de faire la fine bouche et j’encourage chacun à aller le voir …

Laissez un commentaire