COMPLÈTEMENT STONE

En salle aujourd’hui, SAVAGES, le nouveau film d’Oliver Stone, marque le retour aux affaires d’une grande gueule quelque peu en retrait ces dernières années. Pas un retour fracassant, loin de là, mais un petit retour appréciable qui a au moins le mérite de lui ressembler.

Fille de riche au prénom shakespearien, Ophelia est en ménage avec Ben, un ex-universitaire en botanique, et Chon, un ancien Navy Seal qui a fait l’Afghanistan. Tous trois, tout en s’aimant, dirigent une florissante petite entreprise californienne ayant pour particularité de proposer à ses clients la meilleure marijuana de la planète. Tout va pour le mieux, jusqu’au jour où le cartel des trafiquants de drogue mexicains, kidnappe Ophelia dans le but de convaincre Ben et Chon de s’associer à eux. Mais ces deux-là sont décidés à ne pas se laisser faire. Voici donc la trame principale de SAVAGES. On le voit, rien de bien original dans cette histoire qui nous raconte l’éternel conflit entre le gros négociant et le petit épicier, entre Goliath et David.

Qu’on les considère ratés ou réussis, ALEXANDRE et WORLD TRADE CENTER avaient pour eux leur caractère inattendu. Car force est de constater que l’on n’attendait pas forcément Oliver Stone sur une fresque antique, ni sur un survival dramatique à hauteur d’homme (d’autant plus avec un sujet comme les attentats du 11 septembre 2001 entre les mains). L’échec de ces films a-t-il miné le cinéaste plus qu’on ne l’aurait pensé ? En tout cas, les longs-métrages qui ont suivi marquent, chez Stone, un net recul au niveau de la prise de risques puisqu’il a enquillé un nouveau biopic de président républicain va-t-en-guerre, une suite à l’un de ses plus gros succès et maintenant un thriller criminel haut en couleurs à personnages multiples. Bonne nouvelle : conscient ou pas de l’empâtement dont il a fait preuve sur ses derniers films et de ses conséquences dommageables sur son cinéma, qui a toujours été caractérisé par une énergie bouillonnante et donc une certaine imprévisibilité, Stone met néanmoins tout en œuvre pour que SAVAGES surprenne son spectateur, tout du moins sur le plan narratif. Des premières phrases en voix off de son héroïne (qui énonce, en gros, que ce n’est pas parce qu’elle nous parle qu’elle sera vivante à la fin de l’histoire) jusqu’à son final en trompe-l’œil, en passant par le choix de ses trois acteurs principaux (tous des jeunes premiers pas encore starifiés) qui facilite le sursis potentiel des personnages qu’ils interprètent, tout est fait pour que le spectateur s’installe dans un petit tour de montagnes russes à l’aveugle.

Image de prévisualisation YouTube

Film de personnages, et donc film d’acteurs, SAVAGES se plaît également à malmener les archétypes de manière assez jouissive : l’impitoyable baronne de la drogue est une mère fière que sa fille veuille s’éloigner de son univers criminel, le porte-flingue en chef du cartel finit par en avoir marre d’être le chien fidèle de sa patronne et le ripou des stups est un père de famille touchant confronté à la maladie de sa femme. Dans ces rôles respectifs, il faut signaler que Salma Hayek, Benicio Del Toro et John Travolta sont tout simplement formidables et qu’on ne les avait pas vu prendre autant de plaisir à l’écran depuis fort longtemps. Malgré la durée du film, il n’y a pas vraiment de relâchement dans le tempo, le film avançant au rythme d’une bande son fun et tapageuse ainsi que d’un montage aux petits oignons, qui booste constamment les enjeux dramatiques. Comme souvent chez Stone, c’est à ce stade-là de la production que le film se fait vraiment, qu’il prend corps à travers les choix de son metteur en scène, quitte à ce que ces derniers soient parfois extrêmes. Ainsi, le fait de virer la mère d’Ophelia du montage final (alors qu’elle était quand même interprétée par Uma Thurman) a sans doute beaucoup joué dans le rapprochement entre le personnage de Blake Lively, riche héritière qui essaie d’échapper à sa condition sociale, et celui de Salma Hayek, matrone criminelle rejetée par sa progéniture. Bref, si l’on excepte un final qui, à trop vouloir jouer avec son spectateur, finit par désamorcer quelque peu la charge émotionnelle du film, SAVAGES est un petit film plaisant et bien fait. Pas révolutionnaire pour un sou mais bien fait. En attendant qu’Oliver Stone se décide à nous balancer à nouveau dans les mirettes une grenade dégoupillée du niveau de L’ENFER DU DIMANCHE (qui commence un peu à dater), on se contentera de ça avec une certaine satisfaction.

RÉALISATION Oliver Stone
SCÉNARIO Shane Salerno, Don Winslow et Oliver Stone
CHEF OPÉRATEUR Daniel Mindel
MUSIQUE Adam Peters
PRODUCTION Moritz Borman et Eric Kopeloff
AVEC Blake Lively, Taylor Kitsch, Aaron Taylor-Johnson, Benicio Del Toro, John Travolta, Salma Hayek…
DURÉE 131 mn
DISTRIBUTEUR Pathé Distribution
DATE DE SORTIE 26 septembre 2012.

1 Commentaire

  1. jean pierre of the koff

    Perso j’ai eu un peu de mal avec les ricains suréquipés, surcools, surintelligents et surbeaux qui défoncent les sales mexicanos tous crétins qui torturent les gens et tirent comme des vieux allemands dans un James Bond de la « grande » époque…
    Même si je reconnais les qualités de metteur en scène de Stone, cinéaste ultra viscéral, le film m’a un peu mis mal à l’aise…
    Et hop, je retourne me taper TROUPE D’ELITE, qui va quand même un peu plus loin en terme de fond…

Laissez un commentaire