CARNAGE À LA GRECQUE !

Mars 2007. Dernier baroud d’honneur d’une PS2 sur le point de définitivement céder la place à ses petites soeurs next-gen, GOD OF WAR II avait autant ravi les joueurs qu’ils les avaient frustrés, en se terminant sur un cliffhanger monumental et annonciateur d’un final en apothéose : Kratos escaladant le Mont Olympe à dos de Titan, bien décidé à mettre un point (dans la gueule) final à sa vengeance en allant directement chatouiller les dieux sur leur propre terrain. Trois ans plus tard, le chapitre final de la trilogie est enfin entre nos petites mimines avides d’en découdre enfin une bonne fois pour toutes avec le panthéon grec. Accrochez-vous, ça va trancher !

Toujours développé par le studio Sony Santa Monica, avec encore une fois un nouvelle tête en charge du projet en la personne de Stieg Assmussen, directeur artistique des précédents volets(rappellons que Cory Barlog, game director de GOD OF WAR II et successeur de l’inénarrable David Jaffe est parti bosser sur un futur jeu MAD MAX avec George Miller en personne, rien que ça), on attendait essentiellement de GOD OF WAR III qu’il vienne apporter à la trilogie une conclusion à la hauteur de la démesure de ses prédécesseurs. Qu’il propose, puissance de la next-gen oblige, une expérience de jeu épique repoussant les limites du spectaculaire. Qu’il boucle la boucle scénaristique de manière satisfaisante. Bref, on attendait un GOD OF WAR à la puissance 1000, et c’est très exactement ce que nous offre le jeu. C’est sa force, mais c’est aussi quelque part sa limite. Evacuons d’emblée l’évidence : GOD OF WAR III ne se contente pas de repousser les limites de ce que le terme « épique » peut signifier. Non, il serait plus juste de dire qu’il les attrape par le colback, les démastique et les uppercute dans la stratosphère. On a tout bonnement jamais vécu ça manette en main. Certes, en surface, le jeu ne fait rien d’autre que de raffiner une formule dont il avait été un pionnier (on ne compte plus aujourd’hui les jeux qui proposent des affrontements contre des boss titanesques haut comme des buildings), mais le sens consommé de la mise en scène et de la démesure des développeurs viennent faire toute la différence. La série des GOD OF WAR s’est depuis le début distinguée de la concurrence sur le terrain du beat them up 3D par des choix précis destinés à constamment mettre en avant la cinégénie du jeu (ainsi les angles de caméra fixe et souvent assez distant de l’action sont une conséquence directe d’une volonté affichée de mettre le décor, et non le personnage, au centre de l’action, afin d’accentuer le gigantisme et le sens de l’épique du jeu), et ce troisième épisode poursuit sans surprise dans cette voie, mais en la poussant à son paroxysme.

Dans cet épisode, mise en scène et gameplay tendent en effet à ne plus être séparés mais à se fondre l’un dans l’autre, avec pour résultat de démultiplier le spectaculaire des situations. Un état de fait particulièrement prégnant lors des affrontements contre Poseïdon (qui vient jouer ici après l’Hydre et le Colosse de Rhodes le rôle de la traditionnelle séquence d’ouverture en fanfare) ou Cronos, le jeu ne s’interrompant jamais même lors d’un mouvement de caméra embrassant l’espace pour modifier la situation de jeu (comprendre qu’on continuera à pouvoir latter du squelette lors même que la caméra recule au point que Kratos ne soit plus qu’un point sur l’écran). Loin de créer la confusion, de tels effets viennent au contraire renforcer la puissance visuelle dégagée par le jeu, pour un résultat qui flirte avec le jamais vu. Ce sens de la démesure se retrouve par ailleurs sur tous les aspects du jeu, et notamment sa violence, encore plus graphique que dans les opus précédents (il faut voir Kratos arracher une tête à mains nues, scier lentement les jambes d’Hermès ou littéralement éviscérer un titan pour le croire !). Jouer à GOD OF WAR III, c’est l’assurance de voir sa mâchoire se décrocher une fois tous les quart d’heure et de pousser en permanence des petits rires d’incrédulité, régulièrement assortis d’un bon vieil « Holy Shit » des familles ! Parler d’expérience « viscérale » et « jouissive » peut paraitre complètement galvaudé, mais croyez-nous, si un jeu mérite bien ces qualificatifs, c’est celui-là. En poussant un peu le bouchon, on pourrait même considérer GOD OF WAR III comme une forme ultime de la « catharsis » chère à Aristote, tant il est difficile de ressentir une quelconque émotion négative après avoir laissé s’exprimer toute la rage de notre héros grec préféré (après Stéphane Moïssakis bien sûr). Au delà de son aspect épique et de son système de combat solide (qui se voit ici enfin largement amélioré par de nombreux apports, le moindre n’étant pas des armes secondaires enfin utiles), l’intérêt des GOD OF WAR réside aussi dans sa manière de réinterpréter les mythes grecs. L’adaptation est certes très libre et l’angle bourrin propre à faire s’étrangler les puristes, mais on ne saurait retirer aux scénaristes une vraie connaissance des mythes et une capacité à toujours les intégrer de manière cohérente et ludique à leur récit. Cela reste le cas dans cet épisode, laconfrontation avec les dieux de l’Olympe mettant en lumière une excellente compréhension de la spécificité du panthéon grec, en ce que leur face à face avec Kratos vient mettre en lumière le côté terriblement humain des divinités comme des héros. Zeus est ainsi un monarque effrayé par la perspective de perdre son trône, Héra une mégère désabusée, Héphaïstos une coquille brisée par la perte de son enfant, ou Hercule un héros jaloux et amer. Si l’on ira pas forcément jusqu’à prétendre qu’il s’agit là d’une extrême finesse dans la caractérisation, les personnages ayant généralement droit à une présence assez brève à l’écran avant que Kratos ne s’en débarasse de fort brutale manière, il est appréciable de constater que les scénaristes ont tout de même cherché à conférer une certaine épaisseur à leurs antagonistes, surtout face à un Kratos relativement monolithique.

Le scénario de ce nouvel opus souffre en effet partiellement des mêmes défauts que celui de son prédecesseur direct, à savoir une certaine linéarité, là où le premier jeu faisait de Kratos un personnage plutôt tragique, motivé avant tout dans sa quête par la volonté de rédemption et d’expiation quant au meurtre de sa famille, parvenant par là même à susciter chez le joueur l’empathie pour un type qui, pardonnez nous l’expression, est quand même une belle enflure. Hors, en faisant de la quête de Kratos une vengeance dans laquelle le personnage ne poursuit que son intérêt personnel, les suites échouent globalement à recréer cette empathie. La progression dans les jeux se fait ainsi plus par une volonté de voir ce que la prochaine set-piece va bien pouvoir nous balancer à la gueule que par une véritable implication émotionnelle dans l’aventure du héros. GOD OF WAR III réussit cependant à renverser la vapeur à l’approche de la conclusion, en recentrant les enjeux à un niveau presque intimiste, et en renversant la mécanique du jeu via un Kratos qui se voit amené à devoir protéger un personnage jusqu’à en devenir presque altruiste. De façon surprenante, le jeu en vient même à se terminer sur une note introspective en plongeant littéralement à l’intérieur de la psyché du héros (on vous laisse découvrir la forme que ça prend à l’écran). Un revirement inattendu et sur le fond assez culotté qui, couplé à une fin de parcours d’une logique implacable pour le personnage, permet à la trilogie de s’achever en beauté, et de manière même presque émouvante.

On pourrait facilement résumer GOD OF WAR III en parlant de changement dans la continuité. In fine, le jeu s’inscrit dans la droite lignée de ses aînés, sans jamais bouleverser la formule établie mais en l’affinant au maximum pour offrir une expérience de jeu et des sensations optimales. Et alors que la fantasy épique au cinéma est moribonde post-LOTR à force de sous produits, GOD OF WAR III vient brillamment reprendre le flambeau et prouver, s’il en était encore besoin, que le jeu vidéo est bien le plus sérieux concurrent du cinéma. Coïncidence amusante, la sortie du jeu précède de peu celle du remake du CHOC DES TITANS, lui aussi une réinterprétation sur le mode actioner de la mythologie grecque. Pas dit que le blockbuster sorte gagnant de l’affrontement.

8 Commentaires

  1. David bergeyron

    On est tout a fait d’accord la dessus Mathieu.
    God of war 3 est un grand jeux !

  2. David bergeyron

    Par contre, Moïssakis c’est le Dieu de quoi dans la Grèce anthique ?

  3. De la moussaka 😀

  4. Stéphane MOÏSSAKIS

    C’est le Dieu du blog, alors faites gaffe à vos miches !

  5. David BERGEYRON

    Pfffff et c’est quoi ton pouvoir Divin Dieu du Blog ?
    Tu arraches l’âme des membres dont tu saisis le nom sur ton clavier de feu ?
    Nan mieux … une souris maudite dont le Clic transforme les membres de ton Blog en Moussaka en pierre ^^

  6. Stéphane MOÏSSAKIS

    THE ALMIGHTY KICK BAN, tu connais ? ^^

  7. David BERGEYRON

    Quelle banalité ! Tous les Dieux de Blogs possèdent un pouvoir « ALMIGHTY KICK BAN » …

  8. Le jeu le plus badass de tout les temps! A faire jouir les adorateurs de Conan digne de ce nom.

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