CAPILLO-TRACTAGE

Le 2 janvier débarquera dans nos salles le remake franco-américain du mythique MANIAC de William Lustig. Vu l’aura de son prédécesseur, on reconnaîtra un certain courage au film de Franck Khalfoun. Faute de lui accorder une vraie pertinence.

32 ans après sa sortie, le MANIAC de William Lustig est toujours l’œuvre jusqu’au-boutiste qu’elle était à l’époque et continue de s’imposer comme une référence incontournable dans le genre du psycho-killer movie craspec et dérangeant, à ranger aux côtés de PSYCHOSE et SCHIZOPHRENIA. À cela plusieurs raisons : la mise en scène frontale et immersive de Lustig (qui culminait dans la terrifiante scène des toilettes du métro), mais aussi et surtout Joe Spinell. Auteur du scénario et interprète habité du frappadingue Frank Zito, l’acteur italo-américain avait mis beaucoup de lui-même dans le film, lui conférant ainsi un caractère très vivant et d’autant plus angoissant. Ayant bien conscience du statut de ce film à part, Alexandre Aja, Grégory Levasseur et Franck Khalfoun ont décidé de s’en émanciper en adoptant des choix narratifs pour le moins radicaux, mais qui finissent hélas par desservir l’impact du film. Déjà, en choisissant de transposer l’action dans un Los Angeles contemporain, beaucoup plus clean et spacieux que la Big Apple du début des eighties, le film gagne en sophistication mais perd tout le côté organique, glauque et suintant de son modèle. Même topo pour le choix de l’acteur principal : Elijah Wood, dans un contre-emploi un peu trop voyant, joue la carte de l’ambigüité dérangeante en capitalisant sur sa gueule d’ange là où le physique imposant et le visage ravagé de Spinell ne laissaient aucune échappatoire au spectateur (on était bel et bien en présence d’un type très dangereux). Mais plus que tout, c’est le parti pris de mise en scène principal qui, paradoxalement, amoindrit considérablement le ressenti d’un film d’horreur qui se voulait extrémiste.

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En décidant de filmer son tueur à la première personne, Khalfoun, en plus d’économiser sur le temps de présence à l’écran de la star Elijah Wood (d’où un tout petit budget de 6 millions de dollars), comptait sans doute immerger son spectateur dans la subjectivité malade de son personnage. Problème : passée une scène d’ouverture très efficace (en particulier dans la manière dont la victime est tuée et dans la façon dont apparaît à l’écran le regard du tueur – on en dira pas plus, le plan étant vraiment surprenant), le procédé finit par imposer son artificialité, surtout dans les moments où le visage du tueur approche une surface réfléchissante et où l’on guette logiquement l’apparition de la star qui l’interprète. Chaque scène de meurtre, dont la conclusion – en général centrée autour du scalp de la victime – est systématiquement filmée à la troisième personne, entérine cet effet d’immersion contrarié qui aboutit finalement au contraire de ce qu’il visait : on saisit l’idée (la mort de la victime extrait l’assassin de ce moi qu’il déteste, d’où son besoin de tuer compulsif) mais on perd du même coup le lien physique et viscéral qui devait nous rattacher au spectacle. Certes, cela n’empêche pas le film de proposer un visuel particulièrement chiadé pour un film aussi peu cher ainsi que quelques scènes horrifiques bien crades qui pourront ponctuellement réjouir les amateurs (comme le meurtre sordide et très gore de la quinquagénaire dans son appartement), mais dans l’ensemble, tout cela manque de chair (!) et semble trop pensé pour réellement secouer son spectateur. Avec sa mise en scène travaillée mais dépourvue de gimmick, Lustig avait réussi à nous faire fusionner avec la psyché déliquescente de son héros, à nous la rendre d’une intimité insupportable. Le film de Franck Khalfoun, lui, joue la carte de la démonstration visuelle au détriment de son sujet. Comme le dit souvent Florent-Emilio Siri, « la mise en scène, ce n’est pas de l’ordre du concept. C’est de l’ordre du senti ».

RÉALISATION Franck Khalfoun
SCÉNARIO Alexandre Aja, Grégory Levasseur, C. A. Rosenberg, d’après le scénario original de Joe Spinell
CHEF OPÉRATEUR Maxime Alexandre
MUSIQUE Rob
PRODUCTION Alexandre Aja, Grégory Levasseur, Thomas Langmann et William Lustig
AVEC Elijah Wood, Nora Arnezeder, Liane Balaban, America Olivo, Sammi Rotibi…
DURÉE 93 mn
DISTRIBUTEUR Warner Bros France
DATE DE SORTIE 2 janvier 2013

2 Commentaires

  1. Fest

    Bien tenté quand même…

  2. koff machine

    ouiche ouiche je vois bien ce que tu dis, cher arnaud de la bordasserie, et j’ai beaucoup entendu cela autour de moi, mais le fait est que je suis TOTALEMENT entré dans le film, comme dans un gros clip d’indus-transe, et j’ai ultra jubilé à la projo.
    donc je serais pas aussi tiède. Car ce que le film perd un peu en côté poisseux (rapport au lustig), il le gagne en scope.
    Je dirais que selon l’état dans lequel on est, on peut totalement se laisser envelopper par le film ou y assister de manière indifférente. Pour ma part j’ai pris une claque totale et je conseille vivement aux gens de le voir en salle, et par sur un divix tout pourri… Car pour le coup je pense que le film a nettement moins de sens sur un piti écran.

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