BRÛLE MON COSMOS

Au grand dam des nombreux fans du manga et de la série animée, SAINT SEIYA aura toujours été le parent pauvre des adaptations vidéoludiques de fleurons de la japanimation. Là où des DRAGON BALL, GUNDAM, MACROSS ou plus récemment NARUTO auront eu droit à leurs lot de réussites, ceux qui ne jurent que par Seiya et ses potes chevaliers n’auront eu jusque là à se mettre sous la dent que des foirages, qu’il s’agisse du piteux RPG sorti il y a bien des lunes sur NES ou des deux hybrides beat them all/baston 2D de l’ère PS2, qui adaptaient les sagas du Sanctuaire et d’Hadès et dont on gardera un souvenir peu reluisant. La licence faisant malgré tout toujours recette, Bandai revient à la charge et livre une nouvelle tentative, toujours réalisée sous l’égide du studio Dimps (composé on le rappelle de transfuges venus de chez SNK et Capcom). Cette fois-ci sera t’elle enfin la bonne ?

L’affaire n’était pourtant pas bien engagée. Nos plus fidèles lecteurs se souviendront que notre premier contact avec le jeu lors de la dernière Paris Games Week ne nous avait pas franchement laissé sur une note positive, l’impression dominante étant que ce SAINT SEIYA : LA BATAILLE DU SANCTUAIRE ressemblait fortement à un simple upgrade du premier volet sur PS2. Une impression qui se confirme d’ailleurs au premier contact avec la version finale. Certes, le choix (flemmard) de se contenter d’adapter une nouvelle fois l’arc du Sanctuaire opposant les chevaliers de Bronze aux chevaliers d’or facilite la comparaison, mais Dimps ne se fait aucune faveur en allant carrément jusqu’à reprendre les cinématiques de la version PS2 et en ne cherchant pas franchement à bousculer la formule établie. Comme son prédécesseur, cette version PS3 mélange ainsi des phases de beat’em all de masse évoquant les DYNASTY WARRIORS pour les ascensions entre les différentes maisons, et des affrontements façon jeu de combats en versus pour les duels face aux chevaliers d’or, avec pour différence notable que ces dernières se déroulent cependant cette fois en vraie 3D. Et si celles-ci parviennent dans l’ensemble à retranscrire les dynamiques des combats tels que présentés dans l’œuvre d’origine (avec quelques entorses compréhensibles dues à la spécificité du média), les premières n’échappent pas à la répétitivité inhérente au genre dont elle s’inspire, ce malgré une tentative louable de différencier les styles de chaque chevalier de bronze afin de les rendre conforme à leur représentation première. Si l’on ajoute à ça un aspect technique un peu cheap (décors assez vides et cinématiques ne déployant jamais réellement l’aspect épique que l’on attend d’elles) et une difficulté franchement mal dosée, il y aurait largement de quoi penser que l’on a affaire à un énième ratage.

Et pourtant, contre toute attente, un certain charme finit par se dégager du jeu et on vient petit à petit à y prendre du plaisir, presque à notre corps défendant. Sans aucun doute parce que, le jeu restant, à l’inverse de ses aînés, toujours au minimum jouable malgré les défauts énumérés plus haut, le facteur nostalgie réussit à opérer. Soyons clair, la qualité intrinsèque d’un jeu ne peut en aucun cas dépendre de sa simple capacité à évoquer chez le joueur un souvenir quelconque. Mais force est d’avouer que dans le cas présent, qui aura biberonné au Club Dorothée ne manquera pas d’éprouver un petit pincement au cœur face à un déroulement suivant à la lettre l’arc scénaristique original, des animations et super attaques restituant très fidèlement celles de la série animée, des armures superbement modélisées et une esthétique pour les personnages évoquant les vieilles figurines Bandai. Probablement conscient que cet aspect nostalgique est ce qui fonctionne le mieux dans le titre, Dimps met d’ailleurs le paquet sur le fan service en permettant aux joueurs de débloquer un paquet de bonus, allant de missions annexes permettant d’incarner les chevaliers d’or ou d’argent à des galeries dans lesquelles on pourra admirer les modèles en 3D du jeu ou les superbes figurines Myth Cloth produites plus récemment. Seule ombre à ce tableau, à l’exception du générique « Pegasus Fantasy », les musiques originales de la série manquent à l’appel, remplacées par des compositions passe-partout qui peinent à dynamiser l’action qu’elles illustrent. SAINT SEIYA : LA BATAILLE DU SANCTUAIRE n’est donc toujours pas le grand jeu que mérite l’œuvre originale, mais tout moyen qu’il soit, il parvient sans peine à s’élever au-dessus de la mêlée en sachant savamment aller titiller le cœur des fans et s’avère donc in fine largement plus recommandable que les précédents essais. Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, et on aimerait quand même bien un jour que soit rendu justice vidéoludique au travail de Masami Kurumada et du regretté Shingo Araki. L’espoir fait vivre…

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