BON FLIC MAUVAIS FLIC

L’arrivée d’un nouveau développeur sur une licence est rarement vu d’un bon œil, mais permet toutefois d’aborder le matériau en proposant un peu de nouveauté. C’est assurément le cas sur BATTLEFIELD HARDLINE, qui a été confié aux artisans de Visceral Games (DEAD SPACE). Mais ce n’est pas parce que la formule a été revue et modifiée qu’elle fonctionne pour autant !

La narration « serialesque » d’une série télé est-elle soluble dans le gameplay d’un FPS guerrier ? Si l’on en croit les développeurs de BATTLEFIELD HARDLINE, c’est le cas étant donné que c’est la forme qu’ils décident d’aborder pour le mode solo de leur jeu. Conçu sur une dizaine d’épisodes et interprété par des vedettes du petit écran (Kelly Hu, Adam Harrington, Nicholas Gonzalez…), le solo de BATTLEFIELD HARDLINE opte cependant pour un changement de genre, passant des champs de bataille habituels aux rues mal famées de Miami et Los Angeles. Nous sommes désormais dans un FPS policier, et le changement est notable. Pas tellement en termes graphiques (le moteur Frostbite 3 commence d’ailleurs à accuser le coup), mais plutôt en matière de gameplay justement. En effet, BATTLEFIELD HARDLINE ne vous demande pas de ruer dans les brancards, mais au contraire de la jouer fine pour pouvoir avancer dans l’intrigue. Concrètement, même si le solo réserve un ou deux passages bourrins par épisodes, cela signifie que le joueur doit principalement évoluer de manière furtive et privilégier les arrestations en flashant son badge à l’ennemi, étrangement coopératif. En prime, il s’agit également d’accomplir un travail de fin limier grandement facilité par l’emploi d’un gadget qui scanne les indices et d’un scénario qui tire les conclusions de l’enquête pour vous, une fois que les différents collectibles ont été regroupés. On le voit, ce n’est pas tant la narration qui se plie aux exigences du gameplay et de la licence, mais plutôt l’inverse. Il est évidemment possible de tirer sur tout ce qui bouge, mais le joueur est davantage récompensé en matière d’expérience (ce qui lui permet de débloquer des armes qu’il n’utilise pas !) lorsqu’il agit comme un policier responsable et qu’il arrête tout ce beau monde.

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On pourrait croire que tout ceci est finalement assez cohérent en termes de connexions au changement de genre de l’IP et pourrait même donner lieu à un gameplay intrigant dans d’autres circonstances, si ce n’est que ce mode solo n’a pas vraiment d’intérêt à s’inscrire dans la logique d’une licence guerrière comme BATTLEFIELD, puisqu’il ne joue jamais la carte de la guérilla urbaine. De plus, l’intrigue elle-même se moque de la cohérence, lorsque le protagoniste principal (incarné par le joueur) est faussement accusé de corruption et incarcéré pour ses actions. Après une évasion spectaculaire, celui-ci est donc considéré comme un fugitif mais son badge fonctionne toujours à merveille quand il s’agit de faire peur à des malfrats armés jusqu’aux dents. De toute évidence, l’écriture privilégie les rebondissements sans queue ni tête jusqu’à un final totalement invraisemblable, et il est difficile de parler de créativité lorsque certains comédiens employés reprennent plus ou moins le rôle qui les a fait connaître (comme c’est le cas de Benito Martinez, qui interprète ici un ersatz du capitaine Aceveda, son personnage dans THE SHIELD). Comme à l’accoutumé, c’est le mode multijoueur qui prime évidemment dans un BATTLEFIELD, mais là encore, il s’avère que les règles de gameplay tendent généralement à s’accommoder du contexte et non l’inverse, comme nous l’expliquait d’ailleurs Matthieu dans une preview qui date de quelques mois avant la sortie du jeu.

C’est indéniable, BATTLEFIELD HARDLINE propose quelques éléments intrigants et tente vraiment de casser un moule qui tend à rendre chaque nouveau jeu similaire au précédent. Mais aucune de ses tentatives ne semblent prendre en compte l’expérience initiale propre à un BATTLEFIELD, puisque ses nouvelles idées ne sont poussées à l’extrême, probablement de peur de s’aliéner les fans de la licence. En matière de changement d’optique réussie et même de mode solo plutôt étonnant, on préfèrera donc toujours BATTLEFIELD : BAD COMPANY (qui date tout de même de 2008) et ses pieds nickelés autrement plus attachants que ces flics qui nous obligent à suivre le règlement à la lettre !

TITRE ORIGINAL Battlefield Hardline
GENRE FPS
ÉDITEUR Electronic Arts
DÉVELOPPEUR Visceral Games
CONSOLE Xbox 360 / Playstation 3 / Xbox One / Playstation 4
DATE DE SORTIE 19 mars 2015

1 Commentaire

  1. Atraxiify

    Après la déception du quatrième opus, j’espère que celui-ci retrouve l’esprit de ces prédécesseurs … En tout cas il ne fait pas l’unanimité, au niveau de la stabilité du multijoueur notamment …

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