BIENVENUE DANS L’ÂGE INGRAT

Avec BATMAN : ARKHAM ASYLUM, les anglais de Rocksteady avaient accompli un exploit non négligeable, en livrant un jeu qui rendait enfin justice au Caped Crusader, après des décennies de titres tantôt sympathiques, mais souvent foireux. Un exploit réitéré par sa suite, BATMAN : ARKHAM CITY, que l’on n’hésitera pas à classer dans les toutes meilleures œuvres consacrées à Batman. Ces réussites, et l’engouement qu’elles ont suscité, font qu’il n’est guère surprenant de voir Warner chercher à capitaliser sur la franchise avec un nouveau titre pour cette fin d’année. Jamais deux sans trois ?

Rocksteady étant occupé sur un mystérieux projet (sans doute à venir sur next-gen), la responsabilité de ce BATMAN : ARKHAM ORIGINS incombe donc au tout jeune studio Warner Bros Montreal, qui signe là sa première production. Une succession pas forcément évidente pour des nouveaux venus, ce que le creative director Ben Mattes avoue bien volontiers lorsqu’il évoque la pression énorme qui pesait sur les épaules des développeurs. Et il faut bien admettre qu’il y avait de quoi être sceptique quant au projet, qui partait avec un certain nombre de handicaps, que ce soit l’absence de collaborateurs clés (pas de Kevin Conroy ou de Mark Hamill au doublage, et surtout pas de Paul Dini à l’écriture) ou l’utilisation du principe souvent malheureux de la préquelle. On ne s’étonnera donc pas que les petits nouveaux aient cherché à minimiser la prise de risques, en s’appuyant au maximum sur le travail prestigieux de leurs aînés. BATMAN : ARKHAM ORIGINS reprend ainsi à la lettre la formule de gameplay mise en place par Rocksteady, qui mélange combat et exploration de l’open-world, leur empruntant même une carte reproduite quasiment à l’identique (seuls les intérieurs à explorer et un quartier supplémentaire marquent que nous avons affaire à un nouveau jeu). La démarche ne manque pas de sens, en ce qu’elle permet au jeu de s’appuyer sur des bases ayant largement fait leur preuve pour aboutir à une expérience à minima solide. Et certains des apports de Warner Montréal s’avèrent bienvenus, comme par exemple l’utilisation du Batwing comme outil de fast travel. Comme souvent cependant, le diable est dans les détails et à l’usage, on s’apercevra que s’il propose un succédané correct du gameplay des jeux de Rocksteady, BATMAN : ARKHAM ORIGINS n’est pas aussi abouti sur ce point. Ainsi, le combat s’avère souvent beaucoup moins précis et il ne sera pas rare de perdre son combo par la faute d’un input répondant moins bien ou d’une caméra qui peine à cadrer les combattants proprement. Sachant que le système de combat de la franchise repose moins sur sa technicité que sur la capacité à donner au joueur la sensation de surpuissance du vigilante masqué, on comprendra qu’il y a là comme un souci. Un problème de finition s’étendant d’ailleurs au jeu dans son ensemble, qui souffre de nombreux bugs absents des précédents épisodes et qui témoigne d’un cycle de développement sans doute hâtif afin de sortir le jeu pour la période cruciale de la fin d’année.

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Ce constat qui voit Warner Montreal suivre Rocksteady à la trace sans parvenir à les égaler peut d’ailleurs s’impose également pour la narration. À la base, BATMAN : ARKHAM ORIGINS s’appuie pourtant sur un concept intéressant, en choisissant de représenter un Batman débutant (il n’en est qu’à sa deuxième année sous le costume) dont la tête est mise à prix par Black Mask et qui se retrouve traqué à la fois par huit assassins et par les forces de l’ordre de Gotham menées par un commissaire Gordon ne faisant pas encore confiance au héros. Avec un postulat de départ pareil, on aurait pu imaginer un intéressant renversement des rôles, Batman se retrouvant dans le rôle de la proie plutôt que dans celui du chasseur. Hélas, les développeurs n’exploitent jamais leur concept, les assassins en question n’intervenant que lors de combats de boss classiques (dont aucun n’atteint l’inventivité à l’œuvre dans l’affrontement contre Mr Freeze dans ARKHAM CITY), quand ils ne sont pas tous simplement relégués aux quêtes additionnelles. Et alors que la présence de Black Mask comme bad guy central laissait espérer une orientation scénaristique permettant au jeu de se différencier, il finit par en revenir à l’éternelle confrontation entre le héros et sa némésis le Joker, sans forcément apporter un regard neuf sur l’antagonisme entre les deux personnages alors que BATMAN : ARKHAM CITY la poussait courageusement dans ses derniers retranchements. Et là où ce dernier savait construire un crescendo narratif jusqu’à son climax explosif, BATMAN : ARKHAM ORIGINS donne souvent l’impression de manquer de rigueur, jusque dans son final particulièrement abrupt. Quant au fait qu’il s’agisse d’une préquelle, on peinera à trouver un apport quelconque, le Batman moins expérimenté ne marquant pas de différence flagrante avec celui de ses aventures ultérieures et le principe charriant avec lui le lot habituel de contradictions avec l’évolution future du personnage. Reste cependant une bonne idée, celle d’avoir exploré plus avant la relation unissant Batman avec Alfred, quelque peu oubliée par Rocksteady.

En marchant à ce point sur les traces de Rocksteady, Warner Montreal ne se sera au final pas rendu la tâche plus aisée, la comparaison permanente tournant en général en sa défaveur. On n’ira pas forcément les blâmer pour cela, d’autant plus qu’on peut se douter que derrière eux se tenait un éditeur les encourageant à changer le moins de choses possibles. Mais un peu plus de prises de risques n’aurait pas été un mal. La preuve : le temps d’une séquence, BATMAN : ARKHAM ORIGINS se permet un basculement de perspective inattendu et vient rendre un beau double hommage au KILLING JOKE de Moore et Bolland et au MAD LOVE de Dini et Timm. Une brève étincelle de créativité qui laisse entrevoir que le jeu aurait pu dépasser le stade du simplement compétent. À charge maintenant pour Rocksteady de faire à nouveau évoluer la franchise.

TITRE ORIGINAL Batman : Arkham Origins
GENRE Action-Aventure
ÉDITEUR Warner Bros Interactive Entertainment
DÉVELOPPEUR Warner Bros Games Montreal
CONSOLE PC / Playstation 3 / Xbox 360 / WiiU
DATE DE SORTIE 25 Octobre 2013

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