BELLE ÉPOQUE

La sortie en DVD et Blu-ray de MEN IN BLACK III nous permet de revenir sur le film de Barry Sonnenfeld pour constater, au-delà de son intrigue spatio-temporelle, qu’il s’agit définitivement d’un blockbuster d’un autre temps. Et paradoxalement, c’est probablement ce qui fait sa fraîcheur, à défaut de faire sa réussite !

À la vision de MEN IN BLACK III, il semble évident que Barry Sonnenfeld et Will Smith tentent de se racheter une conduite après l’échec artistique relatif de MEN IN BLACK II, voici maintenant dix ans. Relatif, car cette suite pouvait rassurer sur la collaboration entre les deux hommes après le catastrophique WILD WILD WEST, mais il était permis de parler d’échec quand même, étant donné que les éléments constitutifs de MEN IN BLACK II tenaient plus de la suite forcée – avec les clins d’œils appuyés – que de l’histoire qui méritait d’être racontée. À défaut de retrouver l’équilibre comique du premier film, Sonnenfeld et Smith semblent néanmoins avoir concentré leurs efforts dans l’intrigue de MEN IN BLACK III, afin de la rendre suffisamment consistante et cohérente au sein de la franchise. Aussi ludique soit-il, le prétexte de voyage dans le temps employé dans ce troisième épisode sert surtout à faire évoluer la relation entre les personnages principaux, tout en fortifiant la franchise, en lui apportant quelques éléments supplémentaires, comme un méchant digne de ce nom par exemple, et pas une pin-up anorexique. Logique dans le cadre d’un buddy-movie, même mâtiné de science-fiction ? Peut-être, mais c’est tout ce que MEN IN BLACK II n’avait même pas cherché à faire !

C’est déjà un petit miracle en soi, étant donné que le premier MEN IN BLACK fête ses quinze ans cette année, et que la tendance est plus que jamais aux coups de coudes forcés, surtout quand il s’agit de se remémorer la gloire du passé. Mais ce que les suppléments de cette édition DVD / Blu-ray ne disent pas forcément, c’est que cet exploit – que nous n’aurions même pas forcément remarqué il y a tout juste dix ans de cela – a été accompli dans une logique de production quelque peu cauchemardesque, où le tournage du film a été lancé en prévoyant un hiatus obligatoire, afin de recoller les morceaux du scénario en cours de route, puisque celui-ci n’était pas encore finalisé. Ce n’est pas le seul risque pris par la production, puisque le cœur du film – à savoir la relation entre J et K, Will Smith et Tommy Lee Jones – n’est pas seulement remise en cause par le biais de l’intrigue spatio-temporelle, mais également par le choix de faire jouer le rôle de K par un autre acteur, en l’occurrence Josh Brolin. L’interprète de NO COUNTRY FOR OLD MEN est formidable dans sa performance d’un jeune Tommy Lee Jones, et son interprétation est certainement pour beaucoup dans la surprenante humanité révélée par le projet en cours de route. Mais il n’empêche que sa prestation est suffisamment subtile pour créer un K alternatif à celui interprété par Tommy Lee Jones ici et dans les deux premiers films, et c’est certainement ce petit élément déroutant qui constitue l’une des qualités rafraichissantes de MEN IN BLACK III. Comme si, après la bourde du deuxième épisode, il fallait impérativement revenir en arrière, à la source même, pour retrouver l’essence de la franchise.

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Ceci étant dit, MEN IN BLACK III et son petit cœur qui bat détonne clairement dans un Hollywood qui favorise les « fous-moi-là » à la narration décadente comme BATTLESHIP et autres AVENGERS, mais ses quelques mérites ne sont-ils pas contextuels avant tout ? C’est probable, car le premier film sert ici de béquille affective au spectateur, et il faut reconnaître par ailleurs que cette suite n’est jamais aussi drôle qu’elle promet de l’être – et c’est évidemment un comble pour une comédie de ce type. Mais sans jouer la carte de la nostalgie déplacée, et sans forcer la sympathie, MEN IN BLACK III nous rappelle ici et là pourquoi nous avons tant aimé le premier film, voici 15 ans, et à la façon dont les suites sont conçues de nos jours, ce n’est pas un petit mérite.

RÉALISATION Barry Sonnenfeld
SCÉNARIO Etan Cohen
PRODUCTION Laurie MacDonald & Walter F. Parkes
CHEF OPÉRATEUR Bill Pope
MUSIQUE Danny Elfman
AVEC Will Smith, Tommy Lee Jones, Josh Brolin, Jemaine Clement…
DURÉE 194 mn
ÉDITEUR Sony Pictures Home Entertainment
DATE DE SORTIE En salles en France : le 23 mai 2012. En Blu-ray : le 24 septembre 2012
BONUS
– « Partenaires dans le temps » : le tournage de MIB³
– Bêtisier
– Clip : « Back in Time » de Pitbull
– Jeu : « Trouve l’extra-terrestre »
– « L’évolution du cool : MIB en 1960 vs. aujourd’hui »
– « Au-delà du suréel » : la création des effets spéciaux
– « Scènes d’enquêtes »
– Prévisualisations

2 Commentaires

  1. David Bergeyron

    Salut, juste pour dire que le poisson blob du resto existe réellement. De son nom scientifique « Psychrolutes marcidus », le blob fish est un poisson abyssal qui vit à environ 1200m de profondeur du côté de l’australie. Il est d’ailleurs en voie de disparition (faut dire que vu sa gueule, il ne doit pas faire fureur auprès des femelles du coin).

    Voilà. C’était la minute Animalière du professeur Bergeyre 😉

  2. elzecchio

    Pas une réussite c’est sûr, mais un film effectivement loin d’être antipathique (Smith on dirait qu’il est tout le temps à deux doigts de fondre en larmes, ça en devient rigolo)

    Capture Mag best of the best, merci pour ces articles de qualité !

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