BAROUD DE DÉSHONNEUR

Il n’y pas si longtemps que ça, Tony Jaa était encore l’une des rares stars du cinéma d’arts martiaux dont les films pouvaient bénéficier d’une sortie en salles par chez nous. Aujourd’hui, L’HONNEUR DU DRAGON 2 débarque directement dans les bacs vidéos. Que s’est-il passé entretemps ? Retour sur une carrière en dents de scie.

Les histoires de « Rise & fall » nous l’ont appris : une ascension météoritique s’accompagne bien souvent d’une descente brutale. Le parcours de Tony Jaa n’a pas dérogé à la règle. Son entrée fracassante sur la scène internationale avec ONG-BAK reste encore dans les mémoires, qu’importe si le film n’avait au fond comme seule qualité que de servir de bande démo aux extraordinaires capacités physiques de sa star. Ces dernières étaient suffisamment impressionnantes pour valoir à Tony Jaa de se faire (trop) rapidement couronner comme « le nouveau Bruce Lee » par des aficionados ravis de voir débarquer une relève potentielle à une arrière-garde vieillissante. Un statut lourd à porter et qui, combiné avec sa gloire soudaine, sera monté à la tête de la vedette en devenir. Autopropulsé réalisateur sur le tournage de ONG-BAK 2, Tony Jaa plante la production et disparaît pendant deux mois. Si le film est finalement achevé grâce à l’intervention du chorégraphe Panna Rittikrai (qui nous a quittés cette année), la star se retrouve en bisbille avec sa société de production, et écope d’une obligation contractuelle qui prendra la forme d’un troisième ONG-BAK en partie conçu avec des chutes du second film. En 2010, Tony Jaa finit par se retirer complètement de l’industrie cinématographique de son pays et décide de devenir moine bouddhiste pendant un temps. Autant dire qu’à ce stade, les carrières de Bruce Lee et de Tony Jaa ne se rejoignent que dans leur brièveté.

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L’HONNEUR DU DRAGON 2 est la suite de l’autre film emblématique de la carrière de Tony Jaa et pouvait faire office de véhicule à comeback susceptible de démontrer que la star avait encore sa place au panthéon de la baston filmée. Pas étonnant de constater que le film joue la carte de la sécurité à tous les niveaux : retour de Prachya Pinkaew derrière la caméra, participation des autres vedettes de l’écurie Sahamonkgol comme Jeeja Yanin ou Dan Chupong et décalque éhonté du film original, à tel point que cette suite finit par ressembler à un remake. Le vague argument scénaristique prétexte à enfiler la baston est ainsi repris à l’identique, et Tony Jaa se retrouve à nouveau à quitter sa cambrousse pour la grande ville à la recherche de son éléphant kidnappé. Le recyclage concerne également les scènes d’action, reprises quasiment à l’identique du premier film : Tony Jaa se retrouve poursuivi par des assaillants motorisés, se bastonne dans une pièce en flammes et utilise son éléphant comme une arme. Aussi ratées soient-elles, les suites de ONG BAK avaient au moins le mérite de tenter une approche différente dans la narration et l’action. L’HONNEUR DU DRAGON 2 n’a même pas cette excuse et se vautre dans la facilité et le cynisme consistant à resservir la même soupe réchauffée au spectateur censé n’y voir que du feu. Même l’ajout d’une vague intrigue d’assassinat politique sur fond de guerre civile n’empêche à aucun moment d’éviter le sentiment de redite.

Soyons cependant honnêtes en admettant que le cinéma d’action thaï n’a jamais brillé par la qualité de ses intrigues. Son intérêt principal réside dans les exploits insensés de ses cascadeurs visiblement inconscients et toujours prêts à jouer avec leur vie pour exécuter des prouesses physiques hors du commun et prendre part à des combats comportant un maximum d’os brisés et de coups de genoux dans la tronche. Problème de taille : L’HONNEUR DU DRAGON 2 ne parvient même plus à assurer le minimum syndical à ce niveau-là. Les concepteurs du film décident d’aller à l’encontre même de ce qui a fait la petite réputation de leur cinéma en truffant le film de cascades assistées par ordinateur, même lorsqu’il s’agit simplement de montrer Tony Jaa passer d’un toit à l’autre en courant le long d’un panneau. Foireuse sur le papier, l’idée est plombée par l’exécution des CGI qui renvoient aux pires moments numériques du cinéma de Hong Kong des années 90. Un choix révélateur d’un projet auquel personne ne semble croire, à commencer par sa propre vedette. Visiblement fatigué, Tony Jaa traverse le film comme un fantôme, paraît doublé dans les plans larges et ne fait pas montre d’une once du charisme martial qui lui avait valu son succès éclair, au point de se faire piquer la vedette par le second couteau Marrese Crump. À 38 ans, il est peut-être encore un peu trop tôt pour se la jouer comme Steven Seagal, non ? Et lorsqu’arrive un climax où les bruitages des coups sont ceux des sabres lasers de STAR WARS et où on tente de nous faire croire que le méchant joué par RZA (après BRICK MANSIONS, le rappeur est décidément dans tous les bons coups cette année) pourrait tenir tête à Tony Jaa, on se dit que tout le monde a définitivement lâché la rampe.

En guise de comeback, L’HONNEUR DU DRAGON 2 offre plutôt à Tony Jaa un enterrement de première classe en entérinant l’idée que la carrière du bonhomme en tête d’affiche tient plus du feu de paille qu’autre chose. Tony Jaa lui-même en est peut-être conscient, puisqu’il partage désormais le haut de l’affiche avec d’autres vedettes (Dolph Lundgren dans SKIN TRADE) et joue les guests de luxe (dans FAST & FURIOUS 7) sur ses prochains projets. Reste à voir si son indéniable talent saura mieux s’exprimer dans ce cadre pour lui permettre de revenir sur le devant de la scène ou s’il se condamne irrémédiablement à une lente descente vers l’anonymat du DTV.

TITRE ORIGINAL Tom Yum Goong 2
REALISATION Prachya Pinkaew
SCÉNARIO Eakasit Thairatana
CHEF OPÉRATEUR Teerawat Rujenatham
MUSIQUE Terdsak Janpan
PRODUCTION Prachya Pinkaew, Panna Rittikrai, Sukanya Vongsthapat
AVEC Tony Jaa, RZA, Petchtai Wongkamlao, Jeeja Yanin, Marrese Crump…
DURÉE  105 min
ÉDITEUR Metropolitan Video
DATE DE SORTIE  1er octobre 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
Making-of
Bandes annonces

1 Commentaire

  1. Banana split screen

    « le rappeur est décidément dans tous les bons coups »
    Les mauvais en fait.

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