AUX ARMES CITOYENS !

En salles dès aujourd’hui, MEA CULPA renferme en son sein beaucoup plus que les promesses conjointes de POUR ELLE et À BOUT PORTANT. C’est la consécration d’un réalisateur français, dont la volonté principale est de ramener l’action, donc l’émotion, au centre du débat cinématographique. C’est un noble combat qui n’aura jamais lieu dans les papiers des critiques réfractaires, mais dans une salle de cinéma près de chez vous.

Avant de parler du film, parlons d’abord de sa réception critique. Si vous lisez ici et là que MEA CULPA ne propose aucun scénario, que ses scènes d’action sont invraisemblables, que les personnages de Vincent Lindon et Gilles Lellouche sont caricaturaux ou je ne sais quelle autre ânerie, vous pouvez fermer le journal en question, zapper sur l’émission suivante ou encore fermer la fenêtre du site Internet concerné et continuer votre petit bonhomme de chemin, en maintenant fermement votre intention d’aller voir le troisième film de Fred Cavayé sur les promesses tenues de POUR ELLE et À BOUT PORTANT. Après tout, demander à la critique française installée – celle qui prend des petits airs outrés à chaque mouvement de Steadicam – de parler de cinéma d’action revient clairement, pour reprendre l’expression consacrée, à mettre une poule devant un couteau : elle n’a absolument aucune idée de ce que c’est, mais ça ne l’empêche pas de caqueter dans le vide !

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Si MEA CULPA a quelques défauts, ce sont bien ceux de ses qualités. Car l’écriture du film n’est pas seulement ambitieuse au regard des standards français (avec des personnages qui se définissent dans l’action et des péripéties sans temps morts) mais également en matière de finition pure, avec environ 70 versions du scénario recensées par les auteurs. Comme sur À BOUT PORTANT, ces nombreuses repasses ont pour but d’épurer l’intrigue afin d’en extraire l’émotion pure, mais elles ont également tendance à faire ressortir certains des ressorts narratifs qui font avancer l’intrigue à proprement parler. À de rares moments, la mécanique devient alors apparente, mais ce n’est rien en regard de ce que Fred Cavayé parvient à accomplir par ailleurs avec MEA CULPA. Contrairement à la structure d’À BOUT PORTANT, portée par les agissements de ses excellents seconds rôles, l’accent est désormais mis sur deux personnages principaux (et leurs proches) pour contenir les enjeux et les faire littéralement exploser au moment des nombreuses scènes d’action du film. Il est vrai que dans l’idée ces passages n’ont rien d’extraordinaire, si ce n’est qu’il est encore rare de nos jours de voir une production française proposer une poursuite dans un train à grande vitesse, ce que les Américains peuvent concevoir dans la moindre série télévisée. Par contre, ce que Cavayé propose ici, peu de productions peuvent se targuer de l’obtenir, faute de pousser le processus d’identification jusqu’à son paroxysme avec le risque d’épuiser le spectateur : non seulement le réalisateur parvient à magnifier l’ordinaire français sans jamais perdre de vue les repères familiers du décor (nous sommes clairement dans la France d’aujourd’hui, et pas dans une vision de carte postale digne des productions Besson), mais ces moments forts sont surtout habités par une tension à couper au couteau. Ici, chaque élément constitutif de la séquence, des enjeux simples mais puissants (sauver son fils, épauler son ami, etc.) à la ténacité des personnages principaux en passant par la mise en images dynamique, participe à impliquer le spectateur dans l’action, et le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas à pousser la logique de chaque séquence jusqu’à sa limite. Rares sont les cinéastes français susceptibles de maintenir en haleine le spectateur avec un simple jeu de cache-cache dans un entrepôt, ou un échange de feu nourri dans un train arrêté au beau milieu de la province française. C’est ce que Fred Cavayé accomplit admirablement bien avec MEA CULPA.

Ceci établi, il convient de dire que le processus d’identification et l’immersion du spectateur dans l’intrigue qu’il est censé suivre sont impossibles sans un travail fouillé sur la caractérisation des personnages. Sur ce point, l’écriture de Cavayé et de son scénariste Guillaume Lemans est probablement plus subtile qu’il n’y paraît, puisque les notions de culpabilité et de rédemption nourrissent clairement le parcours des protagonistes principaux, en même temps qu’elles affectent les liens qu’ils tissent avec ceux qui les entourent. Une seconde vision du film est plus à même de révéler l’apport inestimable de ce travail méticuleux, car il s’agit encore une fois de créer des personnages qui se définissent par leurs actions, et non dans la façon d’exprimer leurs états d’âmes en déclamant leur amour pour Sartre. Mais une chose est certaine, cette caractérisation presque à rebours représente le cœur même de MEA CULPA (le film ne porte pas son titre par hasard), dans le sens où elle enrichit considérablement la narration du film. Il serait criminel d’en dévoiler plus, mais disons que si MEA CULPA ne livre pas tous ses secrets dès le début, le film déborde d’une humanité qui n’a rien de factice ou de calculé. C’est le Graal de tout bon film d’action qui se respecte, un élément primordial mais tellement rare et fragile qu’on imagine sans peine qu’il a pu passer au dessus de la tête des grands penseurs de notre époque. Ne reste plus qu’à compter sur l’intelligence émotionnelle du public : vous savez donc ce qu’il vous reste à faire aujourd’hui !

TITRE ORIGINAL Mea Culpa
RÉALISATION Fred Cavayé
SCÉNARIO Fred Cavayé & Guillaume Lemans
DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE Danny Elsen
MUSIQUE Cliff Martinez
PRODUCTION Cyril Colbeau-Justin, Jean-Baptiste Dupont & Sidonie Dumas.
AVEC Vincent Lindon, Gilles Lellouche, Nadine Labaki, Max Baissette de Malgaive, Gilles Cohen, Velibor Topic, Cyril Lecomte…
DURÉE 90 mn
DISTRIBUTEUR Gaumont Distribution
DATE DE SORTIE 05 février 2014

1 Commentaire

  1. Mola Ram

    Je vais y aller, mais houlala que l’affiche est râtée, que c’est mal vendu…

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