AU VOLEUR !

Près de dix ans après le précédent opus, la série THIEF connaît les honneurs d’un reboot quelque peu forcé, repris par l’équipe d’Eidos Montréal. Pourquoi forcé ? Parce qu’après cinq ans de développement chaotique, ce nouveau jeu semble avoir été sorti en catastrophe pour limiter la casse.

Même si elle n’a pas l’aura d’un METAL GEAR SOLID (pour évoquer le mètre-étalon du jeu d’infiltration), la série des THIEF possède son public, du moins à l’époque de son actualité, de 1998 à 2004. Changement d’époque et de mœurs oblige (le jeu d’aventure de cette trempe a migré sur consoles), le personnage de Garrett n’a pas connu de suites sur la génération Xbox 360/PS3 et débarque aujourd’hui à temps pour la prochaine génération. Est-ce une bonne nouvelle ? Si une alternative est toujours bonne à prendre au milieu des mastodontes de l’infiltration, il faut malheureusement reconnaître que l’équipe d’Eidos Montréal n’a pas su remettre la licence au goût du jour. Passons sur l’histoire plutôt nébuleuse qui semble d’ailleurs jouer avec l’absence prolongée de Garrett sans jamais creuser l’idée, afin de s’appesantir sur les problématiques de design trop approximatives pour convaincre. Le propre même d’un jeu d’infiltration est d’imposer certaines règles au joueur et de le laisser les contourner avec plus ou moins d’agilité, en jouant sur un contraste entre l’ombre et la lumière, pour lui permettre d’agir au moment le plus opportun afin de ne pas se faire repérer par ses ennemis. De fait, plus que sur n’importe quel autre genre, la concordance entre l’agencement des niveaux, la qualité de l’intelligence artificielle et la maniabilité du personnage jouable est essentielle afin de garantir au joueur le sentiment de puissance qui émane d’une telle expérience.

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Problème : ces règles ne sont jamais clairement établies dans THIEF, et le joueur sera bien en peine de mesurer s’il va se faire repérer par l’ennemi, à plus forte raison quand certaines actions sont implémentées de manière hasardeuse dans le décor (on pense notamment à la possibilité de jeter un coup d’œil derrière des caisses pour préparer son coup, alors que certaines d’entre elles donnent sur… un mur !). De plus, les quelques notions inaltérables du gameplay (se déplacer dans le noir sans se faire repérer) volent en éclats selon le bon vouloir des développeurs, lors d’un combat contre un boss par exemple ! Enfin, la rigidité du level design est telle que le joueur peut facilement se perdre dès lors qu’il sort du chemin tracé par le déroulement des missions principales, ce qui peut s’avérer très problématique dans un genre qui lui demande d’avoir un certain contrôle sur son environnement. C’est d’autant plus dommage que les développeurs tentent régulièrement de se renouveler durant la progression du solo, en proposant des endroits variés et originaux (un asile abandonné, un bordel clandestin, une usine à viande), à défaut de proposer des missions qui proposent de mettre en avant les capacités de voleur exceptionnel du personnage principal (en dehors de faire les poches de ses adversaires). Il faut ajouter à cela que les versions next-gen (et notamment la version Xbox One) accusent des défaillances techniques très embarrassantes, avec des baisses de framerate à intervalles réguliers, qui plus est dans des moments inopportuns comme une course contre l’environnement (lorsque le joueur doit se sortir d’un immeuble en flammes) ou un boss contraignant. Avec de telles carences, autant dire que les développeurs sabordent la véritable bonne idée de leur jeu, qui propose au joueur de configurer sa propre difficulté en calibrant les diverses options possibles. De quoi rendre l’expérience encore plus frustrante en somme !

TITRE ORIGINAL Thief
GENRE Infiltration
ÉDITEUR Square Enix
DÉVELOPPEUR Eidos Montréal
CONSOLE Xbox 360 / PS3 / Xbox One / PS4 / PC
DATE DE SORTIE 28 février 2014

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